Procès du double infanticide de Limonest : « On aurait au moins pu sauver Alya », pleure la tante des fillettes

PROCES Jamila El Rhoufi est jugée depuis mardi devant les Assises du Rhône pour avoir assassiné ses filles âgées de 3 et 5 ans, en juin 2018 à Limonest

Caroline Girardon
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Un avocat au tribunal (illustration)
Un avocat au tribunal (illustration) — Sipa
  • La cour d’assises du Rhône juge depuis mardi, Jamila El Rhoufi, ex-femme de gendarme et accusée de double infanticide.
  • La deuxième journée du procès a été marquée par le témoignage de l’ancienne belle-sœur du couple et tante des petites victimes.
  • Elle a vu Alya vivante, quelques heures avant qu’elle ne soit tuée.

A la cour d’assises du Rhône

Calmement, il a décrit devant les jurés de la cour d'assises du Rhône « le véritable enfer » vécu chez lui. Romain Bourrinet, gendarme de 42 ans, a longtemps parlé de son ex-épouse, Jamila El Rhoufi, jugée depuis mardi  pour l'assassinat de leurs petites filles, en juin 2018. Une femme qu’il « a vraiment aimée », dit-il. Au début. « Elle était très souriante, normale, dynamique, très belle et charmeuse », se remémore-t-il. Elle le « fascine » et lui ne « remarque aucun signe particulier ».

Le couple s’est rencontré en 2011, s’est marié un an plus tard, quelques mois avant la naissance de la petite Alya. « Le point de basculement » de leur relation. La lune de miel vire rapidement au cauchemar. « J’ai tout de suite été écarté », témoigne le gendarme, « exclu de son rôle de père » et déchu de son rôle de mari. Rabroué sans cesse par sa femme. « Traité d’incapable » en permanence. Humilié, brimé.

Une mère possessive, un père « exclu » qui ne « peut pas approcher ses filles »

Les « relations se dégradent », la communication aussi. Le couple sombre, fait chambre à part. Elle, dort avec sa fille. Lui, dans une petite chambre. Lyna naît en 2014. « J’ai même pensé qu’elle n’était pas de moi », poursuit le père de famille. L’arrivée de la seconde fillette ne fera qu’éloigner davantage ses parents, creusant chaque jour un peu plus le fossé entre eux.

Romain ne peut « plus approcher ses filles ». Il a l’interdiction de leur donner le biberon, changer les couches, de les emmener seul au parc ou d’aller les chercher à l’école. « Le soir, elle les mettait au lit avant 19 heures pour ne pas que je les voie en rentrant du travail. Parfois, je pouvais passer une semaine sans voir mes filles alors qu’elles dormaient sous le même toit », raconte-t-il, ému, avant de préciser qu’il avait entamé en secret, une procédure de divorce. C’était juste avant le drame. « Aujourd’hui, elles me manquent. Il n’y a pas un seul jour qui n’est pas difficile pour moi. »

« Romain n’avait pas son mot à dire. Elle parlait de lui comme s’il s’agissait d’un monstre alors que ce n’était pas vrai du tout », confirme Myriam (1), son ancienne belle-sœur. Et d’ajouter : « Jamila était possessive avec ses filles. Romain ne pouvait jamais rester longtemps avec elles car elle venait tout de suite les prendre. » A la barre, la jeune femme livre un puissant témoignage. A l’époque, elle était mariée au frère de Jamila.

« Elle l’a tuée à côté de nous »

Le week-end du drame, le couple s’était rendu chez elle « par surprise ». Myriam, son mari et leur fille faisaient la sieste dans la chambre d’à côté quand Alya a sans doute été étouffée par sa mère. « Elle était vivante quand nous sommes arrivés. Elle était dans le salon, le teint jaune. Elle n’avait pas bougé à la vue de sa cousine, sanglote la témoin. Peut-être que si j’avais vu quelque chose, on aurait pu la sauver. Au moins, elle ». Pour Lyna, le mal était déjà fait. Mais ça, le couple n’en avait pas idée. Jamila leur avait dit que la petite avait veillé tard la nuit et qu’elle dormait encore.

« On s’est bien dit que c’était étrange de dormir autant et de voir que sa mère n’allait pas la réveiller. Et puis, elle a tué Alya à côté de nous. Avec le plus grand sang-froid. Elle était sereine puisqu’elle nous a proposés, comme si de rien n’était d’aller manger des pâtes. » Pour Myriam, l’identité de la coupable ne fait aucun doute. « Je sais depuis le début que c’est elle. Il n’y avait que Jamila dans la maison. Deux enfants qui meurent dans leur sommeil, c’est incohérent, non ? », s’interroge-t-elle avant que l'accusée ne passe aux aveux.

Aujourd’hui, la trentenaire confesse qu’elle a dû mal à trouver le sommeil. « J’ai une peur bleue que ma fille fasse la sieste », ajoute-t-elle, se disant encore « hantée par la vision du corps » des deux fillettes mortes. Depuis le drame, Myriam a épinglé la photo de Lyna et Alya sur son frigo. « Quand ma fille me demande, je lui réponds que ce sont ses cousines, qu’elles sont parties très loin et qu’elle ne peut pas les voir. Mais, quand elle sera grande il faudra que je lui explique la vérité… »

Le verdict est attendu vendredi.

(1) Le prénom a été modifié.