Affaire Omar Raddad : Trente ans après le meurtre de Ghislaine Marchal, l'ultime espoir de l'ancien jardinier d'être innocenté

JUSTICE Condamné en 1994 pour le meurtre de Ghislaine Marchal, Omar Raddad a toujours clamé son innocence. Partiellement gracié par Jacques Chirac, il espère un nouveau procès qui le blanchirait totalement

Caroline Politi
Omar Raddad, le 25 novembre 2021 à Paris.
Omar Raddad, le 25 novembre 2021 à Paris. — ALAIN JOCARD / AFP
  • Omar Raddad, condamné en 1994 pour le meurtre de Ghislaine Marchal, a déposé une nouvelle requête pour obtenir un procès en révision. La décision sera rendue ce jeudi par la justice.
  • L'ancien jardinier, partiellement grâcié par Jacques Chirac, a toujours clamé son innocence.
  • De nouvelles analyses ADN ont fait évoluer le dossier.

Jusqu’au dernier moment, Omar Raddad a hésité à prendre le train pour monter à Paris ce jeudi et se rendre, à 14 heures, devant la Cour de cassation. L’homme à la silhouette longiligne, cheveux blancs et traits creusés, condamné en 1994 pour le meurtre de Ghislaine Marchal avant d’être partiellement gracié, s’inquiétait de sa réaction si la décision de la commission d’instruction ne lui était pas favorable. Comment faire face publiquement si sa requête pour obtenir un procès en révision venait à être refusée ? Que répondre aux journalistes venus recueillir sa réaction après cet ultime rebondissement ? « Il a finalement décidé de ne pas venir, il se sent trop fragile », confiait mercredi soir son avocate, Me Sylvie Noachovitch.

Cette dernière est pourtant relativement « sereine » après l’audience, qui s’est tenue à huis clos fin novembre. « Nous avons apporté des éléments tellement décisifs, édifiants même, que je n’imagine pas un refus pur et simple [de la requête en révision]. » L’avocate a notamment présenté à la justice les conclusions d’un rapport d’expertise qui analyse sous un nouveau jour les traces d’ADN découvertes en 2015 sur les portes sur lesquelles figuraient les célèbres inscriptions « Omar m’a tuer » et « Omar m’a t » tracées avec le sang de la victime.

35 traces d’ADN masculin sur l’une des inscriptions

A l’époque, quatre empreintes génétiques distinctes – deux totalement exploitables et deux partielles – appartenant à quatre hommes avaient été isolés. Mais ni la comparaison avec l’entourage de la victime, ni celle avec le fichier national des empreintes génétiques n’avaient permis d’identifier ces individus. Seule certitude : ces empreintes ne correspondent pas à celles d’Omar Raddad.

Mais c’est une expertise de 2019 qui pourrait faire peser la balance : cette fois, l’expert a relevé la présence de 35 traces d’un seul et même ADN masculin, complet, sur l’une des deux inscriptions « Omar m’a t ». Encore une fois, il ne s’agit pas de celui d’Omar Raddad. Surtout, l’expertise conclut au dépôt de ces empreintes génétiques au moment du meurtre et non d’une « contamination » par un intervenant extérieur après les faits. Un élément déterminant puisqu’il met à mal la théorie selon laquelle ces inscriptions auraient été écrites par la victime, agonisante, pour dénoncer son meurtrier. A l’inverse, il renforce l’hypothèse selon laquelle elles auraient été inscrites par un homme cherchant à désigner un bouc émissaire.

Lorsque le corps de Ghislaine Marchal est découvert, gisant dans la cave de sa propriété de Mougins, sur les hauteurs de Cannes, l’enquête s’était immédiatement orientée vers Omar Raddad, son jardinier de nationalité marocaine. Malgré de nombreuses zones d’ombre dans ce dossier, l’homme sera condamné, en 1994, à 18 ans de réclusion criminelle. Deux ans plus tard, le président d’alors, Jacques Chirac, lui accorde une grâce partielle à la demande du roi du Maroc, ramenant sa peine à quatre ans et huit mois de prison. Un allègement de peine qui n’est pas pour autant une reconnaissance de son innocence.

Une première requête déjà refusée

En 2002, une première requête pour obtenir un procès en révision est déposée, déjà à la faveur des progrès de la science. A l’époque, deux graphologues désignés par la commission de révision de la Cour de cassation mettent en doute l’identité de l’auteur de l’inscription. « Il n’est pas sûr que ce soit Mme Marchal qui ait écrit "Omar m’a tuer" », écrivent-ils dans leur rapport. Par ailleurs, un ADN masculin « en très faible proportion » est identifié sur l’inscription accusatrice, ADN qui ne correspond pas à celui d’Omar Raddad. Malgré cette découverte, la Cour de révision rejette la demande, considérant qu’il est « impossible de déterminer à quel moment, antérieur, concomitant ou postérieur au meurtre, ces traces ont été laissées. »

Mais depuis 2014, la législation pour entamer des procédures de révision a été assouplie. « Avant, il fallait presque des certitudes pour rouvrir un dossier. Désormais des doutes suffisent », précise Me Sylvie Noachovitch. Pour autant, Omar Raddad ne sera pas fixé sur son sort ce jeudi. La commission peut en effet soit rejeter sa demande, soit ordonner un supplément d’information – ce qui se traduirait par de nouvelles expertises –, soit transmettre le dossier à la Cour de révision, laquelle sera alors amenée à se prononcer à l’organisation d’un nouveau procès, une procédure rarissime en France. « Compte-tenu de la teneur des éléments au dossier, j’aurais du mal à comprendre qu’ils ne réclame pas, au minimum de nouvelles expertises », insiste l’avocate d’Omar Raddad. Réponse en début d’après-midi.