Affaire Heusèle : La famille dénonce une enquête au point mort sur cette mort mystérieuse

ENTRE OMBRES ET SAMBRE Zones d’ombre et enquête contestée continuent de semer le doute dans le dossier judiciaire de la mort mystérieuse de Jacques Heusèle, un assureur d’Arras, dans le Pas-de-Calais

Gilles Durand
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Photo de Jacques Heusèle, trois mois avant sa disparition, en octobre 2008.
Photo de Jacques Heusèle, trois mois avant sa disparition, en octobre 2008. — DR
  • En janvier 2009, le corps de Jacques Heusèle, un assureur d’Arras, dans le Pas-de-Calais, était retrouvé dans la Sambre, près de Charleroi, en Belgique.
  • Depuis treize ans, la famille Heusèle se bat pour faire avancer l’enquête et connaître exactement les circonstances de la mort.
  • De nombreuses zones d’ombre, notamment financières, planent sur cette affaire au point mort depuis plusieurs mois.

Une affaire dramatique aux allures de polar. En janvier 2009, le corps de Jacques Heusèle, un assureur d’Arras, dans le Pas-de-Calais, était retrouvé dans la Sambre, près de Charleroi, en Belgique. Depuis treize ans, la famille se bat pour connaître les circonstances exactes de sa mort, car de multiples zones d’ombre plane toujours sur ce décès. Et la justice ne semble guère presser d’avancer.

« C’est un vrai gymkhana procédural pour trouver la vérité », assure Me Maxime Moulin, avocat de la famille Heusèle. Ainsi deux enquêtes sont en cours : l’une, pilotée à Béthune, concerne l’affaire elle-même et l’autre, dirigée à Lille, est ouverte depuis plus de cinq ans pour « faux en écriture publique ». « Trois témoins auditionnés dans le cadre de l’enquête réfutent leurs propos et ne reconnaissent pas leur signature », précise Arnaud Heusèle, le fils du défunt.

Un film de Claude Chabrol

Car depuis la disparition de Jacques Heusèle, le 17 novembre 2008, les faits troublants se succèdent. Dans ses carnets personnels, l’homme, âgé de 59 ans au moment de sa mort, raconte dans le détail une vie interlope où figurent des rendez-vous politiques, mais aussi avec des adolescentes, dans des lieux insolites. « Vous avez tous les ingrédients d’un film de Claude Chabrol avec un notable qui mène une vie parallèle où s’entremêlent politique et affaires de mœurs », résume Me Maxime Moulin.

De surcroît, d’autres éléments sèment franchement le doute. La montre de la victime, qui n’était pas étanche, affiche la date du 21 novembre, soit quatre jours après sa disparition, le 17 novembre. La page de cette date a d’ailleurs été arrachée de son agenda. La fenêtre arrière de sa voiture, abandonnée sous un pont, près du fleuve, était entrouverte, laissant supposer l’action d’un passager. Jacques Heusèle a aussi été découvert avec un sac à dos transportant un haltère, un mot associé à des prénoms de jeunes filles et qu’il utilisait dans ses agendas comme un code.

Enfin, son corps a été retrouvé à 30 km de cette voiture, parvenant à traverser pas moins de huit écluses. Or, tous ces indices n’ont jamais empêché les enquêteurs de pencher vers la thèse du suicide ou de l’accident. « Il a fallu se battre deux ans avec la justice pour que le corps soit autopsié », ajoute Arnaud Heusèle, lassé par ce combat judiciaire.

« Des centaines de milliers d’euros disparus »

Après un classement sans suite et deux ordonnances de non-lieu dans ce dossier, l’insistance de la famille Heusèle finit quand même par payer. En octobre 2019, la chambre d’instruction de Douai, qui supervise le travail des juges, ordonne des investigations supplémentaires, mais pas sur le volet financier qui semble, pourtant, le nœud de l’intrigue.

Pour preuve, la première enquête, diligentée juste après la disparition de Jacques Heusèle, se concentrait sur un « abus de confiance aggravé ». « Il était question de centaines de milliers d’euros disparus qui auraient pu avoir été détournés, explique Arnaud Heusèle. Mon père se livrait à des virements chaque semaine sur le compte d’une SCI [société civile immobilière]. A qui ? Mystère. Mais très vite, la justice a refusé de vérifier ce compte sous prétexte que ce n’est pas utile à la manifestation de la vérité. »

Résultat, les investigations sont au point mort. « On nous dit que la plainte contre les policiers pour faux n’avance pas car l’enquête n’est pas clôturée, se désole Maxime Moulin. Et l’enquête bloque sur l’aspect financier qui nous semble pourtant un point crucial. C’est comme une pelote pleine de petits bouts qu’on n’arrive pas à rassembler. »