Assassinat de Jamal Khashoggi : Imbroglio autour de l’identité de l’homme arrêté à Roissy

ERREUR Le parquet général a annoncé ce mercredi que l’homme interpellé hier est un homonyme et n’a donc aucun lien avec le commando qui a tué le journaliste saoudien

Caroline Politi
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Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi a été assassiné à Istanbul
Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi a été assassiné à Istanbul — MOHAMMED AL-SHAIKH / AFP

Qui est l’homme interpellé mardi matin à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle ? Un membre du commando qui a participé à l’assassinat, en 2018, du journaliste saoudien Jamal Khashoggi​, comme le soupçonnaient les autorités françaises ou un simple ressortissant saoudien, ainsi que l'assurait l’ambassade d’Arabie saoudite à Paris ? Après 24 heures de doute et de vérification, le procureur général a finalement indiqué, ce mercredi en début d’après-midi, que ce dernier était un simple homonyme. « Les vérifications approfondies relatives à l’identité de cette personne ont permis d’établir que le mandat ne s’appliquait pas à elle », a indiqué, dans un communiqué, Rémy Heitz, précisant qu’il avait été remis en liberté.

Khalid al-Otaibi s’apprêtait à embarquer à bord d’un vol pour Riyad lorsque les vérifications d’usage de son passeport ont déclenché, vers 9h20, une « notice rouge » d’Interpol lié à un mandat d’arrêt et d’extradition délivré par la Turquie. Son homonyme est en effet soupçonné d’être un ancien membre de la Garde royale qui a participé à l’assassinat du journaliste, détracteur du régime, alors qu’il se trouvait au consulat d’Istanbul. Selon un rapport de l’experte de l’ONU, Agnès Callamard, publié en 2019, cet agent se trouvait dans la résidence consulaire au moment des faits. Si les investigations ont permis d’établir que le journaliste avait été assassiné au sein même du consulat, son corps, qui n’a jamais été retrouvé, a vraisemblablement été démembré puis dissous dans la soude dans cette résidence.

Où est le réel Khalid al-Otaibi ?

A l’activation de la notice d’Interpol, le passager a donc immédiatement été placé en rétention de sûreté à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle en attendant de faire la lumière sur son identité. Mais rapidement, les premiers doutes ont émergé. A commencer par cette question : pourquoi un homme se sachant recherché aurait-il voyagé sous sa vraie identité avec son propre passeport. Mardi soir, l’ambassade d’Arabie Saoudite à Paris a indiqué dans un court communiqué que « le citoyen (…) qui a été arrêté n’a aucun lien avec l’affaire », appelant les autorités françaises le relâcher. Une source appartenant aux services de sécurité saoudiens a également affirmé à l’AFP que des « centaines de Saoudiens portent ce même nom », assurant par ailleurs que « le véritable Khaled al-Otaibi et tous les accusés dans cette affaire sont emprisonnés au sein du royaume » saoudien.

Cette dernière information pourtant est sujette à caution. Après avoir fermement nié une quelconque implication, Riyad a fini par dire que l’assassinat avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls​. A l’issue d’un obscur procès en Arabie saoudite, en 2019, trois Saoudiens ont été condamnés à des peines de prison et cinq autres à des peines de mort, d’ores et déjà commuées en peines de détention. Reste que selon le rapport de l’experte onusienne, Khalid al-Otaibi ne figurait pas parmi la liste des onze accusés qu’elle s’est procurée auprès de diplomates étrangers et n’a donc jamais été jugé pour ces faits. Il serait donc, à l’heure actuelle, libre de ces mouvements dans le royaume.