Toulouse : Le tribunal ordonne au CHU de Toulouse à faire décrocher la fresque de l'internat de médecine

PORNOGRAPHIE Le tribunal administratif estime que cette fresque pornographique « porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la dignité humaine ». La direction du CHU indique que la fresque sera décrochée ce mercredi

Béatrice Colin
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La fresque installée dans le réfectoire de l'Internat de médecine du CHU de Toulouse suscite la polémique.
La fresque installée dans le réfectoire de l'Internat de médecine du CHU de Toulouse suscite la polémique. — DR
  • Depuis plusieurs semaines, une fresque pornographique accrochée à un mur du réfectoire de l’internat de médecine de l’hôpital Purpan de Toulouse est décriée.
  • Saisi par l’association Osez le féminisme et Sud Santé Sociaux, le tribunal administratif de Toulouse vient d’ordonner son décrochage pour atteinte grave à la dignité humaine.
  • Le CHU de Toulouse a indiqué qu’elle serait décrochée ce mercredi.

Le CHU de Toulouse a 48 heures pour faire décrocher la fresque pornographique présente depuis plusieurs semaines dans le réfectoire de l'internat de l'hôpital Purpan. Passé ce délai, le centre hospitalier sera astreint à payer 100 euros par jour. Cette décision prise en référé par le tribunal administratif​ fait suite à un référé liberté déposé par l’association Osez le féminisme et Sud Santé sociaux.

Un recours au tribunal car leur sollicitation pour faire décrocher cette fresque apparue il y a plusieurs semaines n’avait pas abouti à son retrait. Ce tableau de quatre mètres sur trois représente une version pornographique de La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix mettant en scène des chefs de service de l’hôpital, dans des positions très explicites et obscènes.

Interpellation du gouvernement sur l’esprit carabin

Un tableau dans l’esprit carabin selon certains, mais qui est loin d’être du goût de tout le monde. Et pas du tribunal en l’occurrence, qui estime qu’il « porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la dignité humaine et caractérise une situation d’urgence de nature à justifier l’intervention du juge du référé liberté », indique-t-il dans un communiqué. Et si la fresque a été recouverte depuis par un drap blanc, « compte tenu du caractère aléatoire de son usage », le juge estime que c’est insuffisant.

Pour l’association Osez le féminisme c’est une victoire. « Il y en a partout en France, dans tous les CHU. Il est temps que le gouvernement prenne une circulaire sur le sujet. Il y a une étude qui indique qu’une interne sur quatre est victime de violences sexuelles, et 16 % abandonnent leurs études. Cette fresque démontre qu’il existe une ambiance particulièrement offensante, avec une banalisation du passage à l’acte. C’est un monde pénétré par la culture sexiste. L’esprit carabin n’est en rien de l’humour », assure Lorraine Questiaux, l’avocate de l’association féministe.

La direction va faire retirer ce mercredi les fresques

Lorsque la présence de cette fresque avait été dévoilée, la direction avait demandé par courrier à l’association des internes de retirer la fresque. Une missive sans réel effet. Ce mercredi, elle a indiqué par voie de communiqué qu’elle prenait acte de la décision du juge et que « les tableaux feront l’objet d’un décrochage immédiat ce jour, le 8 décembre 2021, par l’association des internes, conformément à l’ordonnance prononcée ». En plus de cette fresque, d’autres plus anciennes, présentes dans les couloirs de l’internat devraient donc disparaître.

« Le CHU et sa communauté médicale, les facultés de santé et l’association des internes rappellent leur attachement le plus strict à la lutte contre toute forme d’atteinte à la dignité des personnes. Ils conduisent en ce sens depuis plusieurs années une politique de prévention et de lutte contre le harcèlement, notamment le harcèlement sexuel, et la discrimination », rappelle par ailleurs la direction du CHU.

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