Marseille : « J'en ai pris pour 31 ans déjà »... Au procès du meurtre de Rudy, 15 ans, exécuté en pleine guerre des stups

REGLEMENT DE COMPTES Deux jeunes hommes sont jugés par la cour d'assises d'Aix-en-Provence pour l'assassinat de Rudy, 15 ans, survenu en novembre 2016 sous fond de vengeance et d'affrontements pour le contrôle d'un point de vente de stupéfiants

Alexandre Vella
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La cour d'assise d'Aix-en-Provence, le 6 décembre 2021
La cour d'assise d'Aix-en-Provence, le 6 décembre 2021 — Alexandre Vella / 20 Minutes
  • Le 18 novembre 2016 au matin, un joggeur découvrait dans un massif du nord-est de Marseille le corps de Rudy 15 ans, froidement exécuté et sommairement incendié.
  • En mai 2017, Samir Zerouali et Khadim Thiam, 26 et 28 ans aujourd’hui, étaient interpellés dans cette affaire.
  • Déjà condamnés à 9 ans de prison dans une affaire de séquestration survenue peu après, ils sont actuellement jugés par la cour d’assises d’Aix-en-Provence et clament leur innocence.

18 novembre 2016, sur les hauteurs de Marseille. Un joggeur découvre le corps partiellement incinéré de Rudy, 15 ans, connu pour être une petite main d’un des nombreux réseaux de stupéfiants que compte la ville. L’autopsie conclut rapidement à une froide exécution – il a été abattu, mains liées dans le dos, de deux tirs effectués au fusil de chasse, de haut en bas, à très courte portée. D’abord dans le thorax, puis dans la tête. Cette année-là, avec 29 victimes, le nombre de règlements de comptes établit un sinistre record. Rudy était la plus jeune d'entre elles.

Interpellés sept mois plus tard, Khadim Thiam, 28 ans et Samir Zerouali, 26 ans, comparaissent cette semaine devant la cour d'assises d’Aix-en-Provence pour l’assassinat de Rudy. Des faits qu’ils nient farouchement et pour lesquels ils risquent la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté de 30 ans.

Déjà condamnés dans une même affaire de séquestration

« Je ne suis pas un assassin », s’est présenté Khadim Thiam. « J’ai toujours eu un certain honneur à avouer mes faits, Monsieur le juge », a poursuivi l’accusé, la voix haute et les mains dans le dos. Une première affirmation rapidement mise à mal lorsque le président du tribunal évoque sa dernière condamnation en date, que l’accusé conteste depuis le box, bien qu’il n’en ait pas fait appel : 9 ans de prison, prononcés au printemps 2020 dans une affaire de séquestration survenue un mois après cet assassinat. Une séquestration pour laquelle son coaccusé, Samir Zerouali, a écopé de la même peine. Lui se présente comme un « voleur de nourrices », ces appartements où sont stockés armes et stupéfiants par les réseaux, et tente par là même de justifier l’armement retrouvé à son domicile lors des perquisitions qui ont suivi son arrestation.

L’engrenage sanglant qui a conduit à l’assassinat de Rudy est approché en ce premier jour de procès par le président du tribunal lors de la lecture de l’acte de mise en accusation, qui dure plus d’une heure. Un résumé des faits tels que reconstitués par l’enquête qui brosse la cruelle réalité des affrontements que peuvent se livrer différentes équipes de trafiquants des quartiers Nord. À ceci près que les tueurs s’en sont pris ce soir-là à un adolescent de quinze ans.

Un témoin clef très attendu

Les assassins le suspectaient d’avoir donné le feu vert au lancement, quinze jours plus tôt, d’un précédent règlement de compte ayant pris pour cible une voiture et ses occupants sur le parking d’un fast-food de Plombières. Voiture que les assaillants avaient pris soin de baliser, ce qui laisse à penser que Rudy n’y était pour rien dans cette affaire. La désignation ensuite de Samir et Khadim comme les tueurs par Nourdine, avec qui se trouvait Rudy quelques heures avant son exécution. Son témoignage, prévu jeudi matin, est de fait très attendu. 

« Ce n’est pas que je vous regarde de travers, j’ai problème à un œil », a rapidement glissé à la cour Samir Zerouali lors de sa présentation. « Je suis innocent (…) Je suis là pour nettoyer mon nom ». Et d’ajouter quelques minutes plus tard, alors que les échanges avec le président du tribunal se tendent : « J’en ai pris pour 31 ans déjà, une peine de plus, ça change rien pour moi. Je vous le dirais, sinon. »

Trente-et-une années, c’est ce que représente le cumul de ses peines, à commencer par la dernière prononcée en janvier de cette année : 8 ans pour sa participation à une tentative de règlement de compte en mars 2017. Trente ans incompressibles, c’est ce que les avocats tâcheront d'éviter aux deux accusés, dans cette affaire où les éléments matériels ne sont pas légion. Les débats sont prévus pour durer jusqu’à la fin de semaine.