Lyon : Un « Dalton » refuse d’être extrait de sa cellule, le procès renvoyé au 22 décembre

COMPARUTION IMMEDIATE Deux membres présumés des « Dalton » devaient être jugés ce lundi en comparution immédiate pour avoir lancé des tirs de mortiers et filmé la scène, en marge d’un direct de CNews à la Guillotière

Caroline Girardon
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Il faudra finalement patienter jusqu'au 22 décembre.
Il faudra finalement patienter jusqu'au 22 décembre. — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES
  • Le procès de deux « Dalton », qui ont lancé des tirs de mortier le 24 novembre dans le quartier de la Guillotière, a été renvoyé au 22 décembre puisque le plus âgé a refusé d’être extrait de sa cellule.
  • L’audience a toutefois permis d’en savoir plus sur le profil des prévenus.
  • L’un, soupçonné d’avoir tiré, n’avait jamais eu de démêlés avec la police. L’autre, qui a filmé la scène, est resté en détention au regard de son casier judiciaire.

Ils devaient être jugés en comparution immédiate ce lundi pour avoir lancé des tirs de mortiers et filmé la scène, en marge d’une manifestation contre la tenue d’un direct de la chaîne télévisée CNews au cœur du quartier de la Guillotière à Lyon. Finalement, il faudra patienter jusqu’au 22 décembre pour connaître le sort que la justice leur réservera.

L’un d’eux, âgé de 23 ans, a refusé d’être extrait de sa cellule. Les magistrats du tribunal correctionnel ont préféré ne pas disjoindre les deux affaires, décidant ainsi de reporter l’audience de trois semaines. Une déception pour l’avocate du premier prévenu, venu se présenter penaud à la barre du tribunal.

Keny, 18 ans, n’en mène visiblement pas large. Mardi dernier, le jeune homme s’est présenté dans un bar de la rue Béchevelin, à visage découvert, avec trois autres complices. Ils ont pris le temps d’enfiler leurs costumes de bagnards « à l’abri des regards » avant de se diriger rue de Marseille et tirer à distance, en direction des manifestants et des forces de l’ordre. Quelques minutes plus tard, le prévenu a été repéré, agenouillé en train de dissimuler les trois costumes sous une voiture.

« Je crois que la leçon a été comprise »

Face aux magistrats, le jeune majeur reste mutique, répondant la plupart du temps, d’un signe de tête comme un gamin apeuré. La détention ? « Ça se passe mal », lâche-t-il d’une voix tremblante et à peine audible. « Il n’a pas le profil. Ce ne sont pas dans ses habitudes », appuie son avocate, Amandine Fabregue, soulignant qu’il n’avait jamais eu de démêlés avec la police ou la justice jusque-là.

« Il a vécu son premier placement en garde à vue, son premier défèrement devant la justice, sa première détention. Une avalanche s’est effondrée sur sa tête. Il est abasourdi par le déroulé de la procédure et ce qui lui arrive », poursuit-elle, « persuadée » que la personnalité de son client ne « justifie pas une peine assortie d’un mandat de dépôt ». « Je crois que la leçon a été comprise », insiste-t-elle. Des arguments qui ont convaincu les magistrats.

Tenant compte de son absence de casier judiciaire, ils ont décidé de le libérer et de le placer sous contrôle judiciaire. Le jeune homme, plaquiste de formation, va résider chez sa grand-mère à Vénissieux. En attendant l’audience du 22 décembre, il devra pointer une fois par semaine au commissariat. Il a également l’interdiction de se rendre à Lyon, sous peine de retourner directement derrière les barreaux.

« Voué à faire le buzz »

Ryan, manutentionnaire en intérim de 23 ans, restera par contre en détention. Lui est soupçonné d’avoir filmé ses camarades et d’avoir ensuite diffusé la vidéo sur les réseaux sociaux. Lors de son audition en garde à vue, il s’est présenté comme chanteur, « membre historique » des Dalton et a reconnu que le label « était voué à faire le buzz ». Son casier judiciaire n’a pas plaidé en sa faveur : trois condamnations entre 2019 et septembre 2021 pour vol, conduite sous l’emprise de stupéfiants et récidive de conduite sous l’emprise de stupéfiants.

« Au XXIe siècle, on se retrouve en détention pour avoir filmé », s’indigne David Metaxas, son avocat, déplorant pour autant le refus de son client de comparaître ce lundi. Et d’ajouter : « Il n’aurait pas dû se rendre à cette invitation d’aller défier Morandini et la chaîne CNews. Il s’est contenté de filmer. C’est ça le dossier, rien de plus. »

Quant aux autres larrons, âgés de 17 ans, ils sont soupçonnés d’avoir eux aussi lancé les tirs de mortiers. Le premier se revendiquant du groupe des « Daltons » et justifiant son comportement comme « une forme d’expression », sera jugé ultérieurement devant le tribunal des enfants. Le second n’a pas été interpellé.