Marseille : « Il faut les fumer », au procès d'un règlement de compte déjoué in extremis

MARSEILLE La « cible », un certain « Dadino », « patron » de points stups dans les quartiers nord, a finalement été abattu quelques jours plus tard

20 Minutes avec AFP
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Le tribunal de Marseille
Le tribunal de Marseille — Alexandre Vella / 20 Minutes
  • Tout semblait prêt ce 4 juillet 2019 peu avant minuit, dans l’impasse d’une résidence de la cité phocéenne, pour un assassinat en bande organisée.
  • Alerté par un manège de véhicules, un riverain, policier hors service, avait appelé ses collègues de la brigade anticriminalité.
  • Deux kalachnikovs chargées dans le coffre d’une camionnette, des bouteilles d’essence pour incendier les véhicules, deux couches de vêtements pour changer rapidement d’apparence : six hommes étaient jugés mercredi à Marseille

Ils étaient assurément équipés pour une sale affaire. Deux kalachnikovs chargées dans le coffre d’une camionnette, des bouteilles d’essence pour incendier les véhicules, deux couches de vêtements pour changer rapidement d’apparence : six hommes étaient jugés mercredi à Marseille, accusés d’avoir projeté un règlement de compte.

Tout semblait prêt ce 4 juillet 2019 peu avant minuit, dans l’impasse d’une résidence de la cité phocéenne, pour un assassinat en bande organisée. Mais, alerté par un manège de véhicules, un riverain, policier hors service, avait appelé ses collègues de la brigade anticriminalité. A leur arrivée, les policiers repéraient un homme en short, bracelet électronique à la cheville, assis sur un rocher à côté d’une moto et d’un scooter maquillés. Puis ils assistaient à l’arrivée d’un utilitaire blanc.

« Il faut les fumer »

Dissimulé dans un buisson, un policier entendait à deux reprises un des suspects lancer : « Ça, c’est une bonne équipe, il faut les fumer ». Selon un renseignement anonyme, la « cible » était un certain « Dadino », « patron » de points stups dans les quartiers Nord. S’il a peut-être échappé à la mort ce jour-là, il a été tué dans un règlement de compte quelque temps plus tard, et ce dossier n’a toujours pas été élucidé.

Évoquant un « dossier d’association de malfaiteurs en flag », la procureure Sophie Couillaud a appelé le tribunal correctionnel « à prendre la mesure de la gravité des faits préparés par cette équipe très organisée, lourdement armée, composée d’individus tous connus de la justice ».

Les avocats plaident la relaxe, deux suspects en fuite en Tunisie

« Leur projet de meurtre en bande organisée était prêt à être mis à exécution dans l’heure qui suivait, sans l’intervention fortuite des policiers », a-t-elle insisté, en demandant dix ans de prison, avec une période de sûreté des deux tiers, contre Diego Cortes, 40 ans, le chauffeur de l’utilitaire dans lequel se trouvaient les armes. Le prévenu, alors sous le régime de la libération conditionnelle, a expliqué qu’il venait seulement récupérer sa moto.

Huit ans de prison et une amende de 8.000 euros ont été réclamés contre Bilel Boughamni, 27 ans, désigné comme le guetteur. Un homme, qui était parvenu à s’échapper, avait laissé tomber dans sa fuite une cagoule portant l’ADN d’un certain Scander Bouzidi, 35 ans, aujourd’hui réfugié en Tunisie. Douze ans de prison avec une mesure de sûreté des deux tiers ont été requis à son encontre, ainsi qu’un mandat d’arrêt. Deux à cinq ans de prison ont été requis contre les trois autres prévenus. Tout au long de l’enquête, les prévenus ont affirmé que les procès-verbaux des policiers ne reflétaient pas la réalité. Leurs avocats ont plaidé leur relaxe.