OL – OM : L’auteur du jet de bouteille sur Payet condamné à six mois de prison avec sursis

JUGEMENT L’homme de 32 ans était jugé pour des faits de « violence avec arme par destination dans une enceinte sportive »

Caroline Girardon
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Dimitri Payet après avoir reçu une bouteille d'eau sur la tête lors du match OM-OL dimanche 21 novembre.
Dimitri Payet après avoir reçu une bouteille d'eau sur la tête lors du match OM-OL dimanche 21 novembre. — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Wilfried, supporter de l’OL a été condamné ce mardi à 6 mois de prison avec sursis pour avoir jeté dimanche soir, une bouteille d’eau sur Dimitri Payet, lors de la rencontre OL-OM.
  • Une peine plus bien légère que les 6 mois de prison ferme réclamés par le ministère public souhaitant « une peine exemplaire ».
  • Frappé d’une interdiction de stade pendant cinq, le livreur de 32 ans devra indemniser les parties civiles à hauteur d’un euro symbolique.

Au tribunal correctionnel de Lyon

Six mois de prison avec sursis ont été prononcés ce mardi à l’encontre de Wilfried, supporter de Lyon « depuis une quinzaine d’années ». Ce père de famille de 32 ans, qui n’appartient pas à aucun kop, était jugé en comparution immédiate pour avoir jeté une bouteille d’eau sur Dimitri Payet lors du match de football opposant, dimanche soir, l'OL à Marseille. Une peine, assortie d’une interdiction de stade de cinq ans, au final bien plus clémente que celle réclamée par le ministère public.

Béatrice Moure, procureure de la République, avait pourtant demandé une « peine exemplaire ». « Ce n’est pas le procès des supporters ou du football en tant que tel. Est-ce que l’on doit transformer les stades en forteresse, monter des grillages ou des filets de protection ? Est-ce que le sport que l’on veut montrer à nos enfants ? Dans les stades, le risque zéro n’existe pas. Mais la tolérance zéro, oui », lance-t-elle à l’intention des magistrats. Et d’enfoncer le clou : « Il faut dire stop aux violences dans les stades ».

« Je n’ai rien contre Dimitri Payet, c’est un joueur que j’aime bien »

Dans le box, le bedonnant livreur baisse la tête et rentre les épaules comme s’il cherchait à se camoufler derrière son tee-shirt à l’effigie du Bayern Munich. Ses explications peinent à convaincre l’auditoire. Longs moments de silence, phrases guère audibles, l’homme ânonne les mêmes réponses à chaque question posée par le tribunal : « Je ne voulais pas le viser », « Je regrette, c’était une connerie », jure-t-il, les mains croisées dans le dos. Et d’ajouter : « Je ne suis pas anti-Marseillais. Je n’ai rien contre Dimitri Payet, c’est un joueur que j’aime bien ». De quoi interloquer la procureure de la République.

« C’était un acte intentionnel », le reprend-elle de volée, s’appuyant en cela sur la projection des vidéos enregistrées dans le stade. « Vous remettez votre capuche avant d’armer votre bras et de prendre le temps de viser le joueur. On vous voit préparer votre geste et ensuite il y a ce sentiment de satisfaction quand votre ami vous tape dans le dos et vous donne l’accolade, souligne-t-elle. Lors de votre audition en garde à vue, vous avez indiqué que vous vouliez mettre la pression sur le joueur. »

« La violence est consubstantielle de ce sport »

« J’ai agi dans l’euphorie du truc. Je ne voulais pas le toucher, je n’avais pas l’intention de provoquer un incident », se défend ce fan de l’OL « depuis une quinzaine d’années », précisant n’avoir jamais imaginé que la rencontre serait suspendue deux heures avant d’être définitivement annulée. « La violence est consubstantielle de ce sport », appuie son avocat David Metaxas, pour qui le prévenu a agi par « un acte réflexe absolument stupide ».

« On n’a pas de préjudice physique aujourd’hui [Dimitri Payet ne s’est vu délivrer aucun jour d’ITT] mais le projectile aurait pu échouer vers l’œil ou dans le visage. Les conséquences auraient pu être plus dramatiques », rappelle Béatrice Moure. Les magistrats ne l’ont finalement pas suivi, à la satisfaction de David Metaxas.

« Six mois de prison ferme c’était incompréhensible et disproportionné. L’exemplarité n’est jamais une bonne chose, commente-t-il à la sortie du tribunal. J’ai le sentiment que des intérêts économiques commandaient les poursuites. Heureusement, les magistrats du siège sont souverains et indépendants. Ils viennent encore une fois à Lyon de le prouver. »

Par ailleurs, Wilfried devra indemniser à hauteur d’un euro symbolique, Dimitri Payet, l’OM et la Ligue de football professionnel (LFP). « Il s’en tire bien. C’est dégu… », lâche dépité Djamel, un supporter qui s’était constitué partie civile et qui avait réclamé le remboursement de ses deux places en loges, à savoir 500 euros. « On était 56.000 personnes à lui en vouloir. Il a gâché notre soirée… »