Procès Fillon : L'ex-Premier ministre défend le travail de terrain « irremplaçable » de son épouse Pénélope

AUDIENCE A la barre, l'ancien candidat à la présidentielle a rappelé que la pratique d’embaucher son conjoint était à l’époque courante à l’Assemblée nationale

Thibaut Chevillard
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  • François et Penelope Fillon ont été jugés en mars 2020 pour « détournement de fonds publics » et « abus de biens sociaux ». Penelope Fillon est soupçonnée d’avoir occupé un emploi fictif de collaboratrice à ses côtés lorsqu’il était député.
  • L’ancien Premier ministre a été condamné à cinq ans d’emprisonnement dont deux ferme, 375.000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité. Son épouse avait écopé de trois ans de prison avec sursis, 375.000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité.
  • Ce lundi, François Fillon a défendu devant la cour d’appel le caractère « irremplaçable » des missions qu’auraient exercées sa femme dans la Sarthe.

A la cour d’appel de Paris,

« C’est au tour de Monsieur François Fillon d’aller à la barre », annonce le président de la cour d’appel, François Reygrobellet. Costume bleu nuit, masque noir, l’ancien Premier ministre, aujourd’hui âgé de 67 ans, s’avance et pose des notes sur le pupitre qui lui fait face.

Le magistrat veut notamment l'interroger, ce lundi, sur « les contrats d’assistant parlementaire signés avec [son] épouse », Penelope Fillon. La justice se demande en effet si elle a bien effectué le travail pour lequel elle était rémunérée. « Le rôle principal que je lui avais confié, c’est d’être présente sur le terrain », de « créer ce lien personnel, ce lien de confiance » avec les habitants, répète l’ancien candidat à la présidentielle. « C’est un travail permanent de maillage de la circonscription qui, exercé pendant une longue période, est irremplaçable. »

Le président de la cour souligne que très peu de personnes savaient qu'elle était son assistante parlementaire et note la « forte tonalité immatérielle » de cette « collaboration ». François Fillon est d’ailleurs bien embêté lorsqu’il doit donner des exemples précis de tâches accomplies par son épouse. Lorsqu’il était à Paris, elle le remplaçait aux repas des anciens, recevait des habitants, triait le courrier, lisait les journaux… « Penelope avait une connaissance des situations des communes qui était très utile pour moi », affirme-t-il. Elle lui avait ainsi fait part de la « montée d’une bronca contre un projet que j’avais poussé ». Cette information lui avait permis de régler la situation « lors de manifestations dans des communes ».

« J’avais une chance d’être élu »

Selon le prévenu, embaucher son ou sa conjointe était une pratique courante à l’époque courante à l’Assemblée nationale, « aussi parce que le conjoint incarne la présence du parlementaire sur le terrain, que n’incarne pas un autre collaborateur ». François Fillon concède simplement qu’ils auraient « pu s’y prendre autrement ». L’ancien élu ajoute qu’il avait « pris l’habitude de faire relire par Penelope tous [ses] discours importants » à partir de 1993 pour « qu’elle donne son avis ». « Combien de fois m’a-t-elle fait modifier un point de vue qui était trop techno, trop éloigné de la réalité ? »

Candidat de LR à l’élection présidentielle de 2017, Fillon a profité de son passage à la barre pour à nouveau critiquer une enquête qui « n’aurait jamais dû avoir lieu » dans ce « contexte ». Le « climat de passion exacerbée d’une campagne présidentielle influe sur les témoignages », qui sont chargés « d’arrière-pensées, qu’ils soient positifs ou négatifs », soutient-il. « J’avais une chance d’être élu [à l’Elysée], j’ai pris des positions tranchées qui peuvent avoir heurté, blessé des hommes et des femmes. » Et de citer ses positions sur « la réduction du train de vie de l’Etat ou de la dépense publique ».

« Son rôle devenait de plus en plus essentiel »

Cela n’explique pas pourquoi les journalistes qui travaillaient dans la Sarthe à l’époque des faits ne se souviennent pas de son épouse comme de sa collaboratrice. « On ne déplace le photographe de l’AFP pour Madame Fillon qui assiste à un repas des anciens », insiste-t-il. « Les manifestations dans les communes passent sous les radars de la presse. Au mieux, il y a un correspondant local. Il envoie un petit texte et une photo. C‘est tout. »

Fixée par son mari, la rémunération de Pénélope Fillon était « en limite du montant maximum autorisé », lui fait remarquer le président de la cour d’appel. L’ancien Premier ministre souligne qu’il était dans « ce qui était autorisé » par l’Assemblée nationale. Si elle gagnait de plus en plus d’argent au fil des années, c’est parce que « son rôle devenait de plus en plus essentiel ».

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