Aix-en-Provence : Magistrats « à l’idéologie gauchiste », pouvoir des juges « ouverture à la dictature », Maryse Joissains ne digère pas sa condamnation

CORRECTIONNEL Maryse Joissains a définitivement été condamnée début novembre à 3 ans d’inéligibilité et huit mois de prison avec sursis pour détournement et prise illégale d’intérêts

Alexandre Vella
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Maryse (au c.), Sophie (second rang) et Alain (à d.) Joissains lors des élections municipales de 2014 à Aix-en-Provence
Maryse (au c.), Sophie (second rang) et Alain (à d.) Joissains lors des élections municipales de 2014 à Aix-en-Provence — Rigaud / Sipa
  • Maryse Joissains a été maire d’Aix-en-Provence pendant près de 20 ans.
  • Réélue en 2020, elle a démissionné en septembre dernier, peu avant d’être condamnée à une peine d’inéligibilité.
  • Dans une tribune publiée sur le magazine municipal de la ville dont sa fille est à présent maire, elle s’en prend avec virulence à la justice.

Maryse Joissains, définitivement condamnée depuis le rejet de son pourvoi en cassation début novembre à trois ans d’inéligibilité et huit mois de prison avec sursis pour détournement et prise illégale d’intérêts, s’est fendue d’une tribune incendiaire envers la justice.

Dans le magazine municipal d' Aix-en-Provence, ville dont elle a été maire pendant près de vingt ans jusqu’à sa démission survenue peu avant sa condamnation, Maryse Joissains y dénonce « une justice inspirée à la fois par une idéologie gauchiste, un esprit de corps et une rare incompétence ». Et de conclure sa missive : « Le pouvoir des juges est l’ouverture à la dictature ».

« Cette lettre, c’est le chant du cygne »

Des propos qui, dans les rangs de l’opposition ne surprennent guère mais choquent toujours. Anne-Laurence Petel, députée et conseillère municipale LREM, a envoyé un courrier à Éric Dupond-Moretti, le garde des Sceaux, et au Premier ministre, les enjoignant à « réagir avec la fermeté qui s’impose à l’encontre de l’auteur de cette tribune et du directeur de publication », en l’espèce sa fille et successeur à la tête de la ville, Sophie Joissains.

Il s’agit « d’une diffamation envers l’institution judiciaire venant en plus de quelqu’un qui est condamné », estime-t-elle. Elle considère par ailleurs, sa fille complice de ces faits, celle-ci ayant tardé à transmettre au préfet la lettre de démission de sa mère, dont la décision de justice prévoyait pourtant l’effet « immédiat ». Cette lenteur aurait permis cette tribune dans le magazine municipal en sa qualité d’adjointe.

« C’est outrancier, c’est du Joissains »

Cette « lettre aux Aixois », « est hallucinante », juge Cyril Di Méo, conseiller municipal PS, qui ne s’en étonne pour autant pas plus que ça. « C’est outrancier, c’est du Joissains. Ceci dit, elle est coutumière du fait. Mais normalement elle fait ses sorties dans La Provence. En 78-79 déjà, après la condamnation de son mari [ex-maire également condamné], ils se pensaient comme "victimes des juges" ». « Cette lettre, c’est le chant du cygne », conclut l’élue socialiste.

À 79 ans, gagnée par une maladie qui la prive de sa vue, Maryse Joissains peut toutefois compter sur sa fille, Sophie, qu’elle a mise en selle, pour que se poursuive la saga familiale. Vendredi dernier, Sophie Joissain démissionnait dans cet esprit et avec fracas de sa fonction de vice-présidente en charge de la réforme de la métropole d’Aix-Marseille.