A son procès, François Fillon dénonce « quarante ans d’engagement politique effacés par une enquête à charge »

AUDIENCE Au deuxième jour du procès des époux Fillon, l'ancien Premier ministre a une nouvelle fois nié les faits pour lesquels il a été condamné en première instance. Son épouse a eu du mal à expliquer ce qu’elle faisait lorsqu’elle travaillait pour lui

Thibaut Chevillard
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François Fillon est rejugé pour des soupçons d'emplois fictifs concernant l'emploi de son épouse comme assistante parlementaire entre 1998 et 2013, par lui et celui qui était alors son suppléant, Marc Joulaud.
François Fillon est rejugé pour des soupçons d'emplois fictifs concernant l'emploi de son épouse comme assistante parlementaire entre 1998 et 2013, par lui et celui qui était alors son suppléant, Marc Joulaud. — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • François et Penelope Fillon ont été été jugés en mars 2020 pour « détournement de fonds publics » et « abus de biens sociaux ». Penelope Fillon est arrivé soupçonnée d’avoir occupé un emploi fictif de collaboratrice à ses côtés lorsqu’il était député.
  • L’ancien Premier ministre a été condamné à cinq ans d’emprisonnement dont deux ferme, 375.000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité. Son épouse avait écopé de trois ans de prison avec sursis, 375.000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité.
  • Au deuxième jour du procès en appel, ce mardi, Pénélope Fillon a tenté mardi d’expliquer à la cour ce qu’elle faisait lorsqu’elle travaillait comme assistante parlementaire pour son mari.

A la cour d’appel de Paris,

« C’était beaucoup trop long. » Le président, François Reygrobellet, vient de terminer la lecture de son rapport résumant les « grands axes » du « Penelopegate » lorsque François Fillon demande à prendre la parole. Avant que les débats n'entrent dans le vif du sujet, l’ancien Premier ministre a demandé à la cour d’appel l’autorisation de lire une « déclaration liminaire ». « Mon épouse a travaillé à mes côtés, c'est incontestable », insiste-t-il à la barre, ce mardi après-midi.

Embauchée comme assistante parlementaire, Pénélope Fillon l’a « assisté dans le cadre de [s]on engagement politique ». « Elle a été rémunérée pour son travail comme des centaines d’autres conjoints l’ont été pour un travail strictement semblable », ajoute-t-il, soulignant que lorsqu’il a été élu à l’Assemblée nationale, en 1981, « plus de la moitié des députés employaient un conjoint ou un membre de leur famille comme collaborateur parlementaire ».

Elu « huit fois » à l’Assemblée nationale, François Fillon assure ne pas avoir été un « député fictif préoccupé essentiellement par l’argent ». « C’est ce qui me blesse le plus dans le procès qui m’est fait aujourd’hui », poursuit-il. Avant de fustiger Le Canard enchaîné qui avait révélé l'affaire courant 2017. « Quarante ans de vie politique, quarante ans au service d’une ville, d’une région, d’un pays. Quarante ans d’engagement effacés par un article d’un journal satirique et une enquête à charge s’affranchissant de toutes les précautions nécessaires quand on touche à la démocratie. »

Costume sombre et masque noir, il exprime ensuite une série de « regrets ». Pour le pays « qui a été privé en 2017 du débat démocratique auquel il avait droit », pour sa « famille politique, sortie affaiblie » de cette affaire, et « pour ses enfants, sa famille, qui ont souffert du procès instruit par les médias ».

Un travail « discret »

« Mais j’ai surtout des regrets pour mon épouse, parce qu’elle a été marquée à vie dans cette affaire, répète le prévenu. Son nom a été jeté en pâture à l’opinion, par des médias sans déontologie. » Et l’ancien député de la Sarthe et de Paris de conclure en s’adressant à la cour : « Quelle que soit votre décision, rien ne pourra jamais effacer la violence de ce qu’elle a subi avec une dignité exemplaire. » 

Invitée à répondre aux questions du président, son épouse, Penelope Fillon, a pourtant bien du mal à expliquer précisément ce qu’elle faisait lorsqu’elle travaillait pour lui ou pour son suppléant, Marc Joulaud, à compter de juin 2002. Un travail « discret » qui consistait essentiellement à relire les discours de son mari à qui elle donnait son « appréciation », et à traiter le courrier envoyé par des « gens en situation de grande détresse ».

« Vous n’avez jamais été, Madame, à l’Assemblée Nationale », remarque le magistrat. « Je n’avais pas besoin d’y aller, j’étais en circonscription », répond Penelope Fillon qui, dit-elle, travaillait depuis leur domicile dans la Sarthe. « De 1998 à 2002, Penelope est ma seule collaboratrice sur le terrain », complète François Fillon. « Quand même, si vous aviez été à l’Assemblée nationale, cela aurait changé les termes du débat... », observe le président. Lorsque son mari est nommé au gouvernement, en 2002, elle travaille comme assistante parlementaire pour son suppléant, Marc Joulaud, également présent sur le banc des prévenus. « Il ne connaissait pas les habitants », explique Penelope Fillon. Le président s’étonne que sa rémunération – qui a été augmentée – ait été négociée par son mari. « C’est quand même surprenant qu’un contrat soit signé dans ces conditions-là ! »

Des confessions embarrassantes

Surtout, rappelle-t-il à plusieurs reprises, aucun témoin ne s’est rappelé, au cours de l’instruction, que Penelope Fillon occupait ces fonctions. Quant aux « traces écrites » prouvant qu’elle a bien effectué une activité justifiant son salaire, elles font cruellement défaut dans le dossier. « Je n’ai rien dissimulé du tout, explique Pénélope Fillon. Mais je n’allais pas vers les gens en disant : " Bonjour, je suis assistante parlementaire". » Pourtant, remarque une nouvelle fois François Reygrobellet, Penelope Fillon avait confié à une journaliste du Sunday Telegraph : « Je n’ai jamais, en fait, été son assistante ou quoi que ce soit de ce genre. »

Suivez le procès en direct sur le compte Twitter de notre journaliste @tibochevillard