Marseille : Au procès d'un vaste réseau de stup, des accusés qui feignent l'ignorance

PROCES Onze personnes comparaissent depuis ce mardi au tribunal de Marseille après le démantèlement d’un vaste réseau de trafic de stupéfiants en juillet 2019 à la cité des Oliviers

Alexandre Vella
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200 kg de résine de cannabis, 9 kg de cocaïne et six d'herbe avaient été saisis lors de l'opération en 2019 (Ici une opération en 2020)
200 kg de résine de cannabis, 9 kg de cocaïne et six d'herbe avaient été saisis lors de l'opération en 2019 (Ici une opération en 2020) — CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
  • Onze personnes comparaissent dans le cadre d’un procès voulant lever voile sur un vaste trafic de drogue de la cité des Oliviers à Marseille brièvement démantelé en juillet 2019.
  • Le réseau aurait généré, selon la police, jusqu’à 80.000 euros par jour dans cette cité des quartiers Nord.
  • Mais la tête présumée du réseau, également mise en examen pour assassinat en bande organisée et interpellée en septembre dernier, ne comparaît pas à cette audience.

A écouter les prévenus, personne n’y est pour grand-chose – si ce n’est pour rien – dans cette affaire qui occupe depuis ce mardi la 7e chambre du tribunal correctionnel de Marseille. Reste que les onze personnes citées sont toutes accusées, à l’exception de la compagne d’un des prévenus, d’avoir été un rouage d’un vaste réseau trafic de drogue qui, selon la police, aurait généré jusqu’à 80.000 euros par jour à la cité des Oliviers, dans les quartiers Nord.

Lancée par un renseignement anonyme en janvier 2019, l’enquête avait abouti au début de l’été de la même année à douze interpellations et une saisie record de produits stupéfiants variés. Dans les nombreuses surveillances effectuées par les enquêteurs, il est essentiellement question de transports de sacs cabas « lourds et contenant des pains rectangulaires » d’un bâtiment à un autre de la cité, l’un servant de point de conditionnement, l’autre de stockage.

« Je n’ai jamais cherché à savoir. Je travaillais à la cité, voilà »

Au titre des preuves, des balises GPS sur des véhicules, des filatures et surtout des photos. Ces clichés, plus ou moins réussis, permettent parfois aux prévenus de s’y reconnaître, tel Sofiane A., 30 ans, actuellement en prison et sans antécédent judiciaire. « C’est ma tête », admet celui qui est arrivé en France avec un visa touriste qui ne lui permet pas de travailler. Il reconnaît « avoir porté des sacs, sans avoir connaissance de leur contenu », assure-t-il. « Je n’ai jamais cherché à savoir. Je travaillais à la cité, voilà », soutient-il. « J’ai été exploité », tente maladroitement celui qui dit également avoir fait des travaux de bâtiment dans le secteur. Ces parents le « pensent disparu » : « Je ne leur ai pas dit que je suis en prison. Ça fait plus deux ans qu’ils n’ont plus de nouvelles de moi ».

« Le but de ma cavale, c’était de voir la naissance de ma fille »

Dans d’autres cas, toutefois, ces identifications reposent sur la seule acuité des policiers planqués. « Je serais bien en peine d’identifier quelqu’un », énonce la présidente du tribunal devant une photo prise de nuit supposant impliquer Adel S. dans ce trafic. A 39 ans, il ferait presque figure de vétéran dans « le métier », avec une première condamnation pour la détention de 250 grammes dès 2002. Le presque quarantenaire nie toute implication dans cette affaire. Arrêté comme les autres en juillet 2019 dans ce dossier, il est parti immédiatement en détention afin de purger une peine de trois ans dans le cadre d’une précédente condamnation. « Le but de ma cavale, c’était de voir la naissance de ma fille ». Finalement, il n’a vu sa fille que lorsque celle-ci a atteint l’âge de 6 mois.

Aimé C., lunettes de vue, hoodie gris, et cheveux mi-longs, 25 ans, comparaît, lui, libre. Il est sorti de prison en juin dernier, après l’exécution d’une peine de 30 mois de prison, reliquat d’une précédente condamnation qu’il fuyait. Identifié par les policiers lors de surveillances, notamment au cours d’un week-end, le jeune homme affirme, photos et témoignage d’un ami à l’appui, s’être rendu ces jours-là à Briançon et nie aussi toute participation à ce réseau.

Plane alors l’ombre de Kamel Meziani, cerveau présumé de ce point stup, interpellé et écroué début septembre en banlieue parisienne. Il est soupçonné d’être impliqué dans deux des règlements de comptes de la sanglante série de cet été et il n’est pas bon d’avoir son nom associé au sien pour minorer ou nier son rôle. Il en va ainsi lorsque le tribunal évoque la condamnation à 30 mois d’Aimé C. intervenue dans le cadre d’un « convoi » entre Paris et Marseille mené avec Kamel Meziani. « J’ai été condamné pour avoir conduit une voiture. Je n’ai rien à voir avec lui », s’essaye alors Aimé.

De même, lorsque la présidente du tribunal cuisine Adel S., filé jusqu’à une plage de l’ouest marseillais. Il y avait été aperçu en compagnie de Kamel Meziani et d’Eddy Mendil, l’autre présumé gros bonnet de cette affaire. Ce dernier sera jugé le 6 avril. La justice doit d’abord se prononcer sur des réquisitions déposées par son avocat au sujet de la procédure.

Ce procès des présumés rouages de ce lucratif trafic, dont la présidente du tribunal tente d’éclaircir les rôles, doit se poursuivre jusqu’à jeudi.