Procès Fillon : « Je me suis sentie parfois humiliée… » Les époux Fillon contestent leur condamnation

AUDIENCE Au premier jour de leur procès, François et Pénélope Fillon ont expliqué pourquoi ils avaient décidé de faire appel du jugement rendu en première instance

Thibaut Chevillard
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Pénélope Fillon, Marc Joulaud et François Fillon
Pénélope Fillon, Marc Joulaud et François Fillon — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Le procès en appel de François et Pénélope Fillon s’est ouvert ce lundi devant la cour d’appel de Paris. L’audience a été en grande partie consacrée à des questions de procédure.
  • François et Penelope Fillon avaient été jugés en mars 2020 pour « détournement de fonds publics » et « abus de biens sociaux ». Penelope Fillon est soupçonnée d’avoir occupé un emploi fictif de collaboratrice à ses côtés lorsqu’il était député.
  • L’ancien Premier ministre a été condamné à cinq ans d’emprisonnement dont deux ferme, 375.000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité. Son épouse avait écopé de trois ans de prison avec sursis, 375.000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité.
  • Le couple a expliqué lundi à la barre pourquoi il contestait la décision rendue en première instance. L’avocat général a fait savoir qu’il comptait demander la « confirmation en grande partie » du jugement rendu il y a un an et demi.

A la cour d’appel de Paris

Costume bleu nuit, masque noir, cheveux poivre et sel, François Fillon a de nouveau pris place ce lundi sur le banc des prévenus. Condamné le 29 juin 2020 à cinq ans d’emprisonnement dont trois avec sursis et deux ferme, 375.000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité, l’ancien Premier ministre, aujourd’hui âgé de 67 ans, est jugé en appel à Paris aux côtés de son ex-suppléant, Marc Joulaud, et de son épouse, Penelope. Pull noir, cheveux gris et masque bleu, elle est la première à prendre la parole à la barre. « J’ai décidé de faire appel car je ne me reconnais pas dans le jugement », explique celle qui a écopé en première instance de trois ans d’emprisonnement avec sursis, 375.000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité.

A l’époque, elle s’était « sentie ridiculisée, même parfois humiliée ». « J’étais tétanisée au point de ne pas pouvoir m’exprimer comme je l’aurais voulu. » Penelope Fillon, 66 ans, espère bien, cette fois, réussir à « convaincre » les juges de son innocence. Son mari prend la parole un court instant pour indiquer qu’il « conteste ce jugement ». Il prévoit de lire une « déclaration liminaire ». Mais « plus tard ». Invité à réagir aux déclarations des prévenus, l’un des deux avocats généraux a fait savoir qu’il comptait demander la « confirmation, en grande partie, de la décision » prononcée en première instance. Chacun reste sur ses positions.

Nullités

La suite de l’audience a été en grande partie consacrée à de techniques questions de procédure. La défense a soulevé deux questions prioritaires de constitutionnalité, déjà plaidées en première instance, relatives à la prescription et au délit de détournement de fonds publics. Après une courte délibération, la cour d’appel a indiqué qu’elle trancherait sur ces questions le 14 décembre. Puis l’avocat de l’ancien Premier ministre, Me Antonin Lévy, a plaidé la nullité de deux pièces de procédure : le réquisitoire introductif pris par le Parquet national financier et « la désignation du magistrat instructeur ».

« [Le juge] Serge Tournaire a été choisi car il était le seul en mesure de prendre une décision grave, celle de convoquer pour le mettre en examen un candidat à la présidentielle », estime l’avocat. « Il y a eu inégalité devant la loi. François Fillon n’a pas reçu le même traitement judiciaire que les autres citoyens », insiste Antonin Lévy. En 2017, son client était le candidat de la droite à l’élection présidentielle. Mais après les révélations du Canard enchaîné en janvier, il avait été mis en examen à six semaines du premier tour dans la course à l’Elysée dont il était finalement sorti éliminé.

Prestations « fictives ou surévaluées »

Désormais retraité, François Fillon a consacré ces derniers mois à préparer ce nouveau procès. Pendant trois semaines, l'ancien député de la Sarthe devra à nouveau s’expliquer sur l’emploi de son épouse comme assistante parlementaire entre 1998 et 2013, grâce à trois contrats signés par lui et par celui qui était alors son suppléant, Marc Joulaud. Des prestations rémunérées 613.000 euros net mais « fictives ou surévaluées », selon l’accusation, qui considère que les activités de Penelope Fillon relevaient du « rôle social » d’une « conjointe d’homme politique » mais pas d’une collaboratrice. Le couple est aussi jugé pour l’emploi de ses deux enfants en tant qu’assistants parlementaires de leur père sénateur entre 2005 et 2007.

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