Attentats du 13-Novembre : « Nous ne savions pas où, quand et comment ils allaient nous frapper », insiste François Hollande

PROCES Entendu comme témoin par la cour d’assises spéciale, l’ancien chef de l’État a affirmé que si la menace terroriste était à son comble en 2015, il ne disposait pas d’élément sur un risque spécifique ce soir-là

Caroline Politi
— 
Un dessin de François Hollande, à la barre lors du procès des attentats du 13-Novembre
Un dessin de François Hollande, à la barre lors du procès des attentats du 13-Novembre — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Au 42e jour du procès des attentats du 13-Novembre, François Hollande a été longuement entendu comme témoin ce mercredi.
  • Cité à la demande de l’association Life for Paris, sa venue ne fait pas l’unanimité, notamment sur les bancs de la défense.
  • Le soir des attentats, il assistait au match France-Allemagne au Stade de France puis a rejoint la cellule de crise du ministère de l’Intérieur.

A la cour d’assises spécialement composée, à Paris,

« A la deuxième explosion, je n’ai plus eu de doute. » Ce 13 novembre 2015, il n’a fallu que quelques instants à François Hollande pour comprendre qu’une attaque terroriste venait de se produire aux portes du Stade de France. A peine a-t-il passé la porte du PC sécurité que déjà, son directeur de la sécurité l’informe : des fusillades sont en cours sur des terrasses parisiennes.

La soirée, pourtant, avait commencé sous les meilleurs auspices : apprenant que son « ami » le ministre des Affaires étrangères assistait à la rencontre France-Allemagne, il avait décidé au dernier moment de l’y rejoindre. « Je n’avais pas d’appréhension particulière, même si j’étais toujours sur mes gardes », insiste l’ancien chef de l’État dont la citation comme témoin à ce procès a fait l’objet d’un vif débat. Droit comme un « i » à la barre, s’appuyant parfois de quelques notes, il n’a éludé aucune question pendant les quatre heures qu’a duré son audition.

« Chaque jour nous étions sous la menace. Le 12 comme le 14 »

Particulièrement pédagogique, le président de la cour d’assises, Jean-Louis Périès, a pris soin de reprendre toutes les interrogations formulées par les parties civiles, à commencer par l’état de la menace. A-t-elle été sous-estimée ce soir-là ? Un tel drame aurait-il pu être évité ? « Chaque jour nous étions sous la menace. Le 12 comme le 14. Nous savions qu’il y avait des opérations qui se préparaient, que des individus s’étaient placés dans le flux de réfugiés pour tromper la vigilance. Mais nous ne savions pas où, quand et comment ils allaient nous frapper », a insisté l’ancien président.

Certes, à l’automne 2015, la dangerosité d’Abdelhamid Abaaoud, l’un des organisateurs des attaques, était connue, comme la volonté de l’État islamique de frapper la France, mais « aucune information décisive » ne permettait d’empêcher les attaques. « La veille ou l’avant-veille, nous n’avons pas eu d’alerte », insiste-t-il.

« Si ça n’avait pas été le Bataclan, ils auraient pris une autre salle »

Quid d’un risque spécifique pesant sur le Bataclan ? En 2009, au détour de l’enquête sur l’attentat du Caire, des éléments faisant état d’une menace concernant cette salle avaient été découverts. Mais faute d’éléments probants, l’enquête a été classée. En août 2015, le djihadiste Reda Hame, recrue d’Abdelhamid Abaaoud, dévoile lors de sa garde à vue qu’une attaque contre un « concert de rock » est envisagée, sans pour autant préciser de salle ou même de date. Des éléments pris très au sérieux, mais insuffisants pour « justifier de mettre en place un dispositif particulier ». « Leur mission était de tuer, tuer et tuer encore, insiste François Hollande. S’il avait fait froid le 13-Novembre, ils auraient visé autre chose que les terrasses. Et si ça n’avait pas été le Bataclan, ils auraient pris une autre salle. »

Sous le regard attentif des accusés, et notamment de Salah Abdeslam qui a « justifié » les attentats par l’intervention française en Syrie, François Hollande, aussi à l’aise devant la cour d’assises spécialement composée qu’en meeting, est longuement revenu sur ces opérations militaires. « Ce groupe nous a frappés, non pas pour nos modes d’action à l’étranger mais pour nos modes de vie ici même. » Et l’ancien chef de l’État de rappeler que les premières frappes françaises en Syrie ont eu lieu le 27 septembre 2015, soit un mois et demi avant les attentats. « Le commando s’était organisé bien avant que je décide de frapper la Syrie », martèle-t-il. Les investigations ont en effet permis de démontrer que les préparatifs ont débuté à la fin de l’année 2014.

Prenant soin de répondre aux accusations de Salah Abdeslam, qui a notamment déclaré « que les avions français qui bombardent l’État islamique ne font pas de distinctions entre les hommes, les femmes et les enfants », François Hollande a affirmé qu’il s’agissait en réalité de frappes ciblées. « Nous frappions des populations armées, en aucune façon des civils », a-t-il martelé.

Il a expliqué ne pas regretter ce choix géopolitique. « Je ferais exactement la même chose parce que c’est la France, parce que nous le devons, aussi, aux populations massacrées, égorgées, décapitées. » Alors que l’audition s’achève, Salah Abdeslam, qui s’est distingué depuis l’ouverture du procès par plusieurs coups d’éclat, se lève pour prendre la parole. Une tentative immédiatement douchée par le président. « Si vous avez des questions, passez par vos conseils », martèle-t-il, avant de suspendre l’audience.