Procès des attentats du 13-Novembre : Pourquoi François Hollande est-il appelé à témoigner ce mercredi ?

TERRORISME L’ancien président de la République, en poste au moment des attaques des terrasses et du Bataclan, est entendu comme témoin à la demande de l’association Life for Paris

Caroline Politi
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Le président François Hollande près du Bataclan après l'assaut donné par la police contre les assaillants de la salle de spectacle, le 14 novembre 2015
Le président François Hollande près du Bataclan après l'assaut donné par la police contre les assaillants de la salle de spectacle, le 14 novembre 2015 — MIGUEL MEDINA AFP
  • Au 42e jour du procès des attentats du 13-Novembre, François Hollande sera longuement entendu comme témoin ce mercredi.
  • Cité à la demande de l’association de victimes l’association Life for Paris, sa venue ne fait pas l’unanimité, notamment au sein de la défense.
  • Il sera vraisemblablement longuement entendu sur le contexte politique et militaire de ces attaques.

« On ne comprend pas très bien ce que ce témoin pourrait apporter à la manifestation de la vérité. » Le 10 septembre, alors que la cour d’assises spécialement composée procède au traditionnel appel des témoins – exercice ô combien fastidieux dans un procès de l’ampleur de celui des attentats du 13-Novembre –, soudain, un nom retient l’attention. « Hollande François. » Sur les bancs de la défense, l’agacement est palpable, notamment chez Me Raphaël Kempf, l’un des avocats de Yassine Atar, jugé pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. « Peut-être que la partie civile pourrait nous éclairer pour qu’on puisse préparer l’audition de cet individu… », commente l’avocat.

L’ancien président de la République, auditionné ce mercredi après-midi, a été cité par l’association de victimes Life for Paris. « Il était au moins sur l’un des lieux des attentats, le Stade de France, il pourra donner des éléments sur un certain nombre de thématiques », précise un de leurs avocats. Ce soir-là, le chef de l’État assistait au match de football entre la France et l’Allemagne lorsque la première détonation, point de départ de cette funeste soirée, a retenti devant l’une des portes du stade. Evacué, il s’est immédiatement rendu dans la cellule de crise du ministère de l’Intérieur, d’où il donne notamment son feu vert pour un assaut armé au Bataclan.

Une omniprésence depuis l’ouverture du procès

Pas de quoi satisfaire Me Christian Saint-Palais, le second avocat de Yassine Atar, qui rappelle que selon l’article 331 du code de procédure pénale, « les témoins déposent uniquement, soit sur les faits reprochés à l’accusé, soit sur sa personnalité et sur sa moralité ». Or dans ce cas, la déposition de François Hollande s’inscrira probablement plus sur le contexte politique et militaire de l’époque. Un tel drame aurait-il pu être évité ? La menace terroriste a-t-elle été sous-estimée ? Son témoignage pourrait également permettre de répondre aux questions soulevées par certaines parties civiles, notamment le choix fait de se rendre devant le Bataclan alors que les secours sont encore à pied d’œuvre.

La prise de parole de François Hollande ce mercredi est d’autant plus attendue que depuis deux mois, son ombre plane sur les audiences. Une semaine après l’ouverture du procès, Salah Abdeslam, alors qu’il était interrogé sur son positionnement par le président de la cour d’assises, a justifié l’attaque terroriste en mettant en cause la politique extérieure du précédent gouvernement. « On a visé la population, des civils, mais on n’a rien de personnel à leur égard. On a visé la France et rien d’autre », a-t-il lancé à la cour, avant de préciser : « François Hollande a dit que nous avons combattu la France à cause de ses valeurs, mais c’est un mensonge. Mais quand il a pris la décision d’attaquer Daesh, il savait très bien que sa décision comportait des risques […]. Il savait que des Français et des Françaises allaient rencontrer la mort. »

Le précédent Hidalgo

Des propos qui font écho aux témoignages de nombreuses victimes du Bataclan : à la barre, beaucoup ont raconté que leurs bourreaux avaient revendiqué leurs actes au nom de la politique étrangère de François Hollande. Des propos confirmés par la diffusion d’un enregistrement sonore de l’attaque. « Vous ne pouvez vous en prendre qu’à votre président François Hollande, c’est lui qui vous a mêlé à ce massacre », « vous avez votre président Hollande, remerciez-le », « l’heure de la vengeance a sonné », crient les terroristes à leurs otages. Les investigations ont, en réalité, mis en lumière que les préparatifs des attaques ont débuté fin 2014, bien avant l’intervention française en Syrie : ce n’est qu’à la mi-septembre 2015 que l’ancien chef de l’État a jugé « nécessaire » les frappes françaises contre l’État islamique.

Reste également à savoir quel accueil sera dévolu à François Hollande. L’an dernier, lors du procès des attentats de janvier 2015, la citation d’Anne Hidalgo avait provoqué des remous, tant sur les bancs de la défense que des parties civiles. Le jour de son audition, les avocats de la défense avaient quitté la salle. Il y a peu de chances qu’une telle scène se reproduise ce mercredi, mais dans quelles conditions se fera son témoignage ? Les regards se porteront notamment sur Salah Abdeslam qui, depuis l’ouverture du procès, s’est déjà distingué par plusieurs prises de parole impromptues.