Insalubrité : Visé par une plainte pour homicide involontaire, Paris Habitat riposte

CONFLIT Un résident d'un logement du bailleur social serait décédé d'une septicémie causée par la morsure d'un rat

G. N.
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La morsure d'un rat serait à l'origine du décès du père de la plaignante.
La morsure d'un rat serait à l'origine du décès du père de la plaignante. — BALEYDIER/SIPA
  • Une locataire de Paris Habitat vient de déposer plainte pour homicide involontaire contre le bailleur social.
  • La mère de famille met en cause l’insalubrité de son logement et la présence de rats dont la morsure de l’un d’entre eux aurait causé la septicémie mortelle de son père septuagénaire.
  • Paris Habitat se défend en assurant avoir rénové l’appartement et en dénonçant l’abandon de celui-ci par la locataire.

Paris Habitat est-il, pour partie, responsable de la mort d’Abdel 77 ans, en 2016 ? Salwa, sa fille, en est convaincue. Elle vient ainsi déposer plainte pour homicide involontaire et mise en danger de la vie d’autrui, indique Le Parisien. Le 18 juin 2016, son père, alité dans leur logement du 19e arrondissement après une opération, ressent une vive douleur lors d’une sieste. Une infirmière constate alors « une petite plaie avec deux orifices situés en dessous de la plaie opératoire. La profondeur et la délimitation ressemblent fortement à une morsure de rongeur », rapporte Le Parisien. Malheureusement la plaie s’infecte et le septuagénaire succombe finalement à une septicémie, le 8 octobre.

Pour Salwa, 37 ans et mère d’un enfant d’un an, la présence du rongeur est lié à l’insalubrité de son appartement, géré par le bailleur social Paris Habitat et qui jouxte le local poubelles de l’immeuble. « Niveau hygiène ce n’est pas possible, décrit la jeune femme au quotidien. Malgré les campagnes de dératisation, les rats ou les souris reviennent, c’est dégueulasse, invivable, on ne dort plus. Le moindre bruit me réveille. » Elle réclame donc un nouveau logement, demande à laquelle Paris Habitat ne donne pas suite.

Des travaux de rénovation

En mars 2020, Salwa part dans la famille de son conjoint, en Gironde où elle reste finalement plus longtemps que prévu, en raison du confinement. A son retour en juillet, elle affirme faire face à une « invasion de rongeurs ». En réponse, le bailleur social décide de rénover le logement et de l’héberger gratuitement dans un hôtel en août, le temps des travaux. Mais pour Salwa, le compte n’y est toujours pas. « Je ne pouvais plus réintégrer ce logement, psychologiquement c’était trop dur, en plus je mettais en danger mon enfant, j’ai redit au bailleur qu’il me fallait un autre appartement, affirme-t-elle au Parisien. Je demande juste à vivre dans un endroit sans souris ni humidité, rien de plus. »

Sauf que Paris Habitat ne partage pas vraiment cette version. Interrogé dans l’article du Parisien, le bailleur social s’est également fendu d’un communiqué à la publication du texte pour « préciser un certain nombre de faits omis et leur chronologie ». Il s’interroge notamment sur les cinq ans qui séparent le décès d’Abdel et le dépôt de plainte, tout en assurant qu'« aucun fait tangible ne permettant aujourd’hui d’établir une causalité entre le décès regrettable [d’Abdel] et la supposée morsure par un rongeur ».

Paris Habitat ajoute que si la rénovation de l’appartement n’a pu se faire, c’est en raison des absences répétées de la mère de famille. « Un huissier a établi en date du 23 mars 2021 que le logement est abandonné depuis plusieurs mois […], et dans un état d’abandon avancé, le logement n’étant plus entretenu : papiers peints arrachés, volets clos et fermés, absence d’effets vestimentaires, carcasses de meubles », précise le communiqué. Avant de conclure : « L’entreprise, pas plus que l’huissier dépêché, ne constatent alors, le 29 avril 2021, la présence de souris ni son état d’insalubrité. » En conséquence, précise Le Parisien, « Paris Habitat a entamé une procédure à l’encontre de la mère de famille pour abandon de logement, afin de l’exproprier ». Un long conflit qui ne trouvera, semble-t-il, qu’une issue judiciaire.