Attaque du Capitole : Une « cellule de crise » dirigée par des conseillers de Trump, au centre de l’enquête

ETATS-UNIS Des réunions ont eu lieu dans un hôtel de luxe à Washington avant et après l’assaut meurtrier du siège du Congrès

M.F avec AFP
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Une "cellule de crise" dirigée par des conseillers de Donald Trump, dont Steve Bannon, depuis un hôtel de luxe de Washington est désormais au centre de l'enquête parlementaire sur l'attaque meurtrière contre le Capitole le 6 janvier.
Une "cellule de crise" dirigée par des conseillers de Donald Trump, dont Steve Bannon, depuis un hôtel de luxe de Washington est désormais au centre de l'enquête parlementaire sur l'attaque meurtrière contre le Capitole le 6 janvier. — Andrew Harnik/AP/SIPA

Le 6 janvier dernier, alors que des milliers de partisans de Donald Trump prenaient d'assaut le Capitole pour empêcher les élus de valider la victoire du démocrate Joe Biden à la présidentielle, des réunions secrètes se tenaient non loin de là, dans un hôtel de luxe de Washington. Les avocats Rudy Giuliani et John Eastman, ainsi que Steve Bannon, proche allié de l’ex-président, se sont retrouvés au Willard InterContinental, tout près de la Maison Blanche, avant et après l’assaut sur le siège du Congrès.

Cette « cellule de crise » est aujourd’hui au cœur de l’enquête parlementaire sur l’attaque meurtrière. En effet, les membres de ces réunions sont suspectés avec d’autres responsables républicains, d’avoir fait la liaison entre la Maison Blanche et des groupes ayant participé à la grande manifestation « Stop the steal » («Stop au vol » des élections).

Steve Bannon soupçonné d’avoir « participé aux événements »

La commission d’enquête spéciale de la Chambre des représentants qui veut poursuivre Steve Bannon pour avoir refusé de témoigner. Les explications de l’ancien conseiller de 67 ans, l’un des artisans de la victoire de Donald Trump en 2016, sont considérées comme essentielles pour comprendre ce que faisait l’hôte de la Maison Blanche le jour de l’assaut.

Steve Bannon est soupçonné par les parlementaires d’avoir joué un rôle « dans l’opération de communication de la campagne "Stop au vol" qui a motivé l’attaque » du Capitole, et d’avoir « participé aux événements ce jour-là » depuis la cellule de crise de l’hôtel Willard.

La valse des proches de Trump à l’hôtel

Depuis 1847, l’élégant hôtel accueille une clientèle aisée, des responsables politiques et des dignitaires visitant la capitale américaine ou la Maison Blanche. Le terme « lobbyiste » semble d’ailleurs avoir été popularisé à Washington pour désigner ceux qui fréquentaient le hall d’entrée (lobby, en anglais) de l’hôtel Willard en espérant approcher le président Ulysses Grant, habitué des lieux.

Dans la période précédant le 6 janvier, des dizaines de proches de Donald Trump impliqués dans la tentative de renverser la victoire électorale de Biden ont à leur tour visité l’établissement, selon le journaliste indépendant Seth Abramson. Sur son site internet Proof, Seth Abramson cite notamment le conseiller politique conservateur Roger Stone, l’ancien porte-parole Jason Miller, le conseiller de campagne Boris Epshteyn et l’ex-directeur de la police de New York Bernard Kerik. La commission d’enquête veut déterminer leurs responsabilités, et celle de l’ancien président lui-même, dans l’attaque.

Donald Trump a appelé au moins une fois la « cellule de crise » le 5 janvier

L’hôtel Willard est également cité dans le livre Peril, des journalistes du Washington Post Bob Woodward et Robert Costa, qui raconte les dernières semaines du mandat de Donald Trump. Selon eux, l’avocat John Eastman aurait élaboré un argumentaire juridique inédit permettant au vice-président Mike Pence de bloquer la certification par le Congrès des résultats de l’élection présidentielle en arguant de fraude – des accusations martelées par le camp Trump mais qui n’ont jamais été prouvées.

Le 5 janvier, Donald Trump avait annoncé à ses partisans que Mike Pence avait accepté de bloquer le vote. Mais selon les auteurs de Peril, le vice-président avait refusé cette option lors d’une rencontre le soir même. Après l’entrevue, Donald Trump a appelé au moins une fois la « cellule de crise » de l’hôtel Willard pour « coordonner cette tentative visant à parler à la place » de son vice-président, a expliqué lundi Robert Costa sur MSNBC. A qui a-t-il parlé ? Que se sont-ils dit ? La commission d’enquête parlementaire souhaiterait obtenir les relevés téléphoniques des échanges liés aux événements du 6 janvier, et interroger d’autres personnes présentes dans l’hôtel.

Les opérations au Willard n’étaient pas un secret

Selon Peril, Steve Bannon a encouragé en décembre Donald Trump à utiliser les prétendues fraudes électorales pour empêcher le vote du 6 janvier. Dans un podcast du 5 janvier, il prédisait la « victoire » de cette stratégie le lendemain. « Tout converge et c’est le moment d’attaquer », affirmait-il. Les opérations au Willard n’étaient pourtant pas un secret.

En mai, John Eastman mentionnait sur une radio de Denver cette « cellule de crise de l’hôtel Willard (qui) coordonnait toutes les communications ». Les échanges entre la Maison Blanche et les occupants de l’hôtel Willard auront en tout cas été déterminants pour l’attaque du lendemain, a estimé Bob Woodward lundi sur MSNBC. Steve Bannon et Donald Trump « ont réalisé que c’était le moment de tout faire péter, et c’est exactement ce qu’ils ont fait », a-t-il dit.