Affaire Hélène Pastor : Le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti n’a pas trahi le principal accusé, selon des lettres

PROCES L’actuel ministre de la Justice n’a pas trahi Wojciech Janowski, accusé du meurtre d’une milliardaire, lorsqu’il avait plaidé coupable en son nom au premier procès

20 Minutes avec AFP
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Le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti à l'Elysée, le 27 octobre 2021
Le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti à l'Elysée, le 27 octobre 2021 — Jacques Witt/SIPA

Coup de théâtre ce mercredi au procès en appel de l’assassinat d’une milliardaire monégasque : des lettres ont indiqué que l’avocat Eric Dupond-Moretti, actuel ministre de la Justice, n’avait pas trahi le principal accusé lorsqu’il avait plaidé coupable en son nom au premier procès.

En 2018, Wojciech Janowski, ancien consul honoraire de Pologne à Monaco avait été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commandité les assassinats en 2014 de sa belle-mère, la milliardaire monégasque Hélène Pastor, et de son homme de confiance, Mohamed Darwich.

Janowski criait au complot

A l’ouverture de ce nouveau procès devant la cour d’assises d’appel des Bouches-du-Rhône, il avait crié au « complot », clamant son innocence et assurant que son ancien avocat, Me Dupond-Moretti, l’avait « trahi » en plaidant coupable contre son gré à la fin du premier procès.

Des accusations « graves » pour le président de la cour Patrick Ramaël qui avait saisi de façon tout à fait exceptionnelle le Premier ministre Jean Castex pour lui demander à pouvoir entendre le Garde des Sceaux en qualité de témoin.

183 lettres dévoilées

C’était sans compter un incroyable rebondissement. Mardi, un ami du principal accusé avait glissé au détour de son témoignage avoir chez lui 183 lettres échangées avec M. Janowski depuis le début de l’affaire. Saisissant la balle au vol, le président de la cour a immédiatement demandé que ces lettres soient saisies. Et mardi soir les gendarmes se rendaient sur les hauteurs de Nice pour procéder à la mise sous scellé de ces courriers. Mercredi après-midi, ce scellé est arrivé à l’audience. Une interprète polonaise a été convoquée et a commencé à traduire en direct les courriers écrits juste après le premier procès.

Le 21 octobre 2018, Janowski dit à son ami : « Je suis innocent. Pour éviter la perpétuité, mes avocats ont décidé de dire que je suis coupable mais en partie ». Il détaille ensuite la stratégie de défense et ajoute : « Les avocats m’ont informé et j’étais d’accord ». « Vous avez dit "mes avocats m’ont trahi" et là vous écrivez que c’était une stratégie avec votre accord, pas contre vous », l’interpelle le président. « Je vous confirme : mes avocats m’ont trahi », maintient l’accusé aujourd’hui âgé de 72 ans. Mais pour les avocats sur les bancs des parties civiles, il ne fait qu’aucun doute qu’il ment, lui qui a déjà changé plusieurs fois de positions dans ce dossier.

Dupond-Moretti ne passera pas à la barre

« C’est un menteur… Il faut arrêter de faire semblant de le croire », a déclaré Me Dominique Mattei, avocat de son ex-compagne, Sylvia, la fille d’Hélène Pastor. « On ne peut pas sous prétexte de vouloir se défendre dire n’importe quoi sur les avocats » surtout quand ils sont dans des fonctions gouvernementales, a tempêté Me Thierry Herzog, un des avocats du fils d’Hélène Pastor, Gildo.

En conséquence, le président a annoncé renoncer à la convocation du Garde des Sceaux qui « n’a plus l’objet d’être » et a demandé la traduction par écrit pour mardi d’une partie de ces courriers afin qu’ils soient versés au dossier.

Janowski désemparé

De son côté, le Conseil des ministres avait rejeté mercredi la requête initiale du président tout en ouvrant la voie à une éventuelle déposition écrite, selon des sources gouvernementales. Dans le box, Wojciech Janowski, d’habitude combatif, semblait désemparé. Plus tôt dans la journée, il avait écouté avec une grande attention la déposition pendant plus de trois heures de son ancienne compagne, Sylvia Ratkowski-Pastor, avec qui il a eu une fille.

Elle a décrit ce « tsunami » qui a bouleversé sa vie et celle de ses filles. Et elle a raconté la brève entrevue qu’elle a eue avec son ex-compagnon avant qu’il ne soit mis en examen en juin 2014 : « J’étais excessivement furieuse (…). Il me dit que c’est lui qui a commandité. Je lui dis "pourquoi ?". Il me dit : "C’est pour te sauver" ». Lui pleurait lors de cette scène. Elle raconte s’être évanouie après cette entrevue. Ce procès, où sont rejugés quatre autres accusés, doit durer jusqu’au 19 novembre.