Meurtre de Mireille Knoll : Les vies chaotiques des accusés, coincés « dans une spirale autodestructrice »

PROCES Au premier jour du procès du meurtre de l'octogénaire, la cour est longuement revenue sur les vies marquées par la violence des deux principaux accusés

Caroline Politi
— 
Le procès du meurtre de Mireille Knoll s'est ouvert ce mardi
Le procès du meurtre de Mireille Knoll s'est ouvert ce mardi — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Deux hommes sont jugés depuis ce mardi et pour trois semaines pour le meurtre de Mireille Knoll, 85 ans.
  • Tout au long de l'instruction, les deux accusés se sont mutuellement accusés du meurtre. Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

A la cour d’assises de Paris,

Ils ont passé la journée assis côte à côte sans jamais échanger un mot, ni même un regard. A chaque fois que l’un a pris la parole, l’autre a pris soin de fixer attentivement ses chaussures ou les boiseries de la cour d’assises de Paris. Yacine Mihoub, 32 ans dans deux jours, et Alex Carrimbacus, 25 ans, semblent pourtant aussi perdus l’un que l’autre, à l’ouverture du procès pour le meurtre de Mireille Knoll, cette octogénaire de confession juive tuée de onze coups de couteau le 23 mars 2018. Alors qu’ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité, les deux hommes continuent à s’accuser mutuellement du crime. « Je reconnais l’incendie mais pas les faits de vol et de meurtre aggravé », entame d’emblée Yacine Mihoub. « Je reconnais la participation au vol et avoir donné mon briquet, mais pas le meurtre », lui répond en écho son co-accusé.

Mais au premier jour du procès – prévu pour durer jusqu’au 10 novembre – ce n’est pas tant la version des faits de l’un ou de l’autre qui intéresse la cour que le récit de leur vie. Des parcours marqués par la violence et les traumatismes. Les mains jointes dans le box, s’épongeant le front avec un mouchoir toutes les deux minutes, Yacine Mihoub, cheveux courts, lunettes à fine monture, raconte les « patates, coups de poing ou gifles » que lui assénait son père alcoolique, puis le viol qu’il a subi à l’âge de 12 ans par deux élèves de son internat. « Ça a construit une sorte de colère mélangée à de la haine et de l’amertume », insiste-t-il.

« J’étais dans une spirale autodestructrice »

A l’en croire, sa violence ne s’exprime que contre sa famille qui lui reproche sa consommation excessive d’alcool. A la barre, sa mère, Zoulikha K., elle-même poursuivie dans ce dossier pour destruction de preuve, se remémore ce jour où elle dut quitter précipitamment son travail car il menaçait sa sœur avec un couteau. « Je ne suis pas allé chercher le couteau pour l’agresser quand la dispute a éclaté », tente-t-il de minimiser. Sa sœur sera néanmoins blessée au nez. « J’étais dans une spirale autodestructrice, j’ai appris de mes erreurs », insiste-t-il. Son casier judiciaire donne cependant une image différente de celle qu’il tente de présenter. Pendant de longues minutes, le président lit la litanie de ses condamnations : vols, violences, dégradations, fausses alertes à la bombe… La dernière remonte à 2017 : une agression sexuelle commise chez Mireille Knoll, sur la fille de son auxiliaire de vie. Des faits qu’il nie encore aujourd’hui. « Ils n’ont jamais eu lieu », assène-t-il, peinant à masquer son agacement.

C’est lors de cette condamnation qu’il rencontre Alex Carrimbacus. En 2017, les deux hommes, incarcérés à Fleury-Mérogis, se croisent en promenade. Mais même sur cette relation, leurs versions s’opposent en tout point. Yacine Mihoub évoque une amitié entre eux – « sans être dans une démarche de devenir meilleur pote » – scellée autour d’un centre d’intérêt commun : « le shit et l’alcool ». A ces mots, Alex Carrimbacus lève les yeux au ciel, peine à masquer son agacement. Quelques heures plus tard, lorsqu’il sera amené à évoquer leur lien, il parlera d' « une rencontre, sans plus ». Surtout, contrairement à son co-accusé, il affirme qu’ils ne se sont vus qu’une seule fois à leur sortie de prison, la veille du crime, après s’être croisés fortuitement.

Une enfance « semée d’embûches »

Si les deux hommes tiennent sur les faits des versions radicalement opposées, les récits de leurs vies cabossées se font écho. L’air timide mais la voix assurée, Alex Carrimbacus, cheveux ras et yeux perçants, raconte son enfance « semée de plein d’embûches et chaotique ». Placé à l’âge de 8 ans, il grandit en passant de foyers en centres thérapeutiques. Les week-ends, il rentre chez sa mère, subit les coups de son beau-père, les agressions sexuelles d’un de ses demi-frères. « La seule personne qui lui a transmis des valeurs est une assistante maternelle », indiquera l’enquêtrice de personnalité.

Pendant longtemps, son histoire familiale est si lourde qu’il préfère dire à tout le monde que sa mère est morte, brûlée dans un incendie. « Pour pas qu’on m’en parle », confie-t-il. Dès la fin de l’adolescence, Alex Carrimbacus entame une vie d’errance, ponctuée par de multiples séjours en prison – des vols principalement, notamment pour assouvir son addiction au crack – et en hôpital psychiatrique. Combien ?, l’interroge Me Charles Consigny, l’avocat de Yacine Mihoub. « Je ne sais pas, quatre ou cinq, peut-être… » « Vingt-cinq », reprend le conseil. Lui-même le reconnaît, il lui est arrivé d’être « violent à certains moments ». « Par colère et incompréhension », insiste-t-il. Une violence qu’il retourne également contre lui, multipliant les tentatives de suicide ou en se scarifiant « innocent » sur le mollet après avoir été incarcéré dans le cadre de cette affaire.