Allemagne : Une ex-membre de Daesh écope de dix ans de prison pour avoir laissé mourir une fillette yazidie

VERDICT Cette femme, âgée à l’époque de 24 ans, a laissé la petite fille de 5 ans mourir de soif en plein soleil alors qu’elle l’avait réduite en esclavage en Irak

M.F avec AFP
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Un groupe d'enfants yazidis, minorité kurdophone persécutée et asservie par les jihadistes à partir de 2014.
Un groupe d'enfants yazidis, minorité kurdophone persécutée et asservie par les jihadistes à partir de 2014. — Delil SOULEIMAN / AFP

C’est l’un des premiers procès au monde à poursuivre un crime de guerre contre les Yazidis. Ce lundi, la justice allemande a condamné à dix ans de prison une ex-membre de Daesh accusée d’avoir laissé mourir de soif une fillette. Réduite en esclavage en Irak, la petite appartenait à communauté yazidie, une minorité kurdophone persécutée et asservie par les djihadistes à partir de 2014. Après deux ans et demi de procédure, cette Allemande accusée notamment de crime de guerre et meurtre, Jennifer Wenisch, 30 ans, encourait la prison à vie.

Originaire de Lohne, en Basse-Saxe (nord-ouest), elle s’était rendue en Irak pour rejoindre « ses frères », comme elle l’a expliqué à la barre du tribunal de Munich. Pendant plusieurs mois, elle y a patrouillé, armée, au sein de la police des mœurs à Falloujah et Mossoul. Cette force veillait notamment au respect des règles vestimentaires et de comportement fixées par les djihadistes.

Morte attachée à une fenêtre en plein soleil

A l’été 2015, elle et son mari d’alors, Taha Al-Jumailly, actuellement jugé à Francfort dans une procédure parallèle, ont acheté parmi un groupe de prisonniers une fillette de 5 ans et sa mère, issues de la minorité yazidie, afin de les exploiter en tant qu’esclaves, selon l’accusation.

Après de nombreuses maltraitances, la petite fille a été « punie » par le mari de l’accusée pour avoir uriné sur un matelas, puis attachée, par des températures autour de 50 °C, à une fenêtre à l’extérieur de la maison. La fillette est morte de soif tandis que sa mère, Nora T., avait été contrainte de rester au service du couple.

« On va faire de moi un exemple »

Le parquet reprochait à Jennifer Wenisch d’avoir laissé son compagnon faire sans intervenir. Interrogée lors du procès sur sa passivité, elle a, lors de l’une de ses rares déclarations, affirmé avoir « eu peur » qu’il « ne [la] pousse ou l’enferme ». Ses avocats, comme ceux de Taha Al-Jumailly, ont tenté de suggérer que la fillette, emmenée plus tard dans un hôpital de Falloujah, n’était peut-être pas décédée, un fait invérifiable. Ils ont plaidé la prison avec sursis pour leur cliente, arguant qu’elle n’avait que « soutenu » Daesh.

Une version contestée par la mère de l’enfant, Nora T., qui vit désormais cachée en Allemagne. Témoin clé, la survivante a livré sa version lors des procès des ex-époux. « On va faire de moi un exemple pour tout ce qui s’est passé sous l’EI. Il est difficile d’imaginer que cela soit possible dans un État de droit », s’était défendue Jennifer Wenisch lors de l’une des dernières audiences, selon des propos rapportés par le Süddeutsche Zeitung.

De nombreux Yazidis réfugiés en Allemagne

Elle avait été arrêtée par les services de sécurité turcs en janvier 2016 à Ankara puis extradée vers l’Allemagne. Mais elle n’a été placée en détention qu’en juin 2018, après avoir été arrêtée en tentant de rejoindre avec sa fille de 2 ans les territoires que Daesh contrôlait encore en Syrie. C’est au cours de cette tentative qu’elle a raconté sa vie en Irak à son chauffeur. Ce dernier était en réalité un informateur du FBI qui la conduisait dans une voiture équipée de micros. Le parquet a utilisé ces enregistrements pour l’inculper.

En octobre 2020, une Germano-Tunisienne, épouse d’un djihadiste, avait été condamnée par un tribunal allemand à trois ans et demi de prison pour avoir notamment contribué à réduire à l’état d’esclave une jeune Yazidie lorsqu’elle séjournait en Syrie.

La petite minorité ethnoreligieuse yazidie a été particulièrement persécutée par les djihadistes, qui ont réduit ses femmes à l’esclavage sexuel, enrôlé de force des enfants-soldats et tué des hommes par centaines. Irakiens non arabes et non musulmans, de nombreux Yazidis ont trouvé refuge en Allemagne, notamment dans le sud-ouest du pays, où des femmes et leurs enfants, victimes de viols répétés, ont été pris en charge et soignés.