Meurtre de Mireille Knoll : Qui a tué l’octogénaire juive ? Les accusations mutuelles des deux mis en cause

PROCES Deux hommes sont jugés à partir de ce mardi et pour trois semaines pour le meurtre de Mireille Knoll. A l’issue des investigations, le caractère antisémite du crime a été retenu

Caroline Politi
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L'affaire Mireille Knoll — 20 Minutes
  • Le corps calciné de Mireille Knoll a été découvert dans son appartement, lardé de 11 coups de couteau, en mars 2018.
  • Les deux principaux suspects s’accusent mutuellement mais une pièce versée au dossier la semaine dernière pourrait donner une autre tournure à l’affaire.
  • Les deux accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Il n’a fallu que quelques instants aux pompiers, ce 23 mars 2018, pour comprendre que l’incendie sur lequel ils étaient en train d’intervenir servait à maquiller un crime. Celui de Mireille Knoll, une octogénaire de confession juive, rescapée de la Shoah, tuée de onze coups de couteau sur son lit, dans son appartement du 11e arrondissement de Paris. Plus de trois ans après, deux hommes sont jugés pour « meurtre sur personne vulnérable, commis en raison de la religion de la victime », un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité. La mère de l’un d’entre eux comparaît également pour « destruction de preuve », soupçonnée d’avoir nettoyé le couteau taché de sang.

Presque immédiatement, les soupçons s’étaient portés sur le fils d’une voisine de Mireille Knoll : Yacine Mihoub, aujourd’hui âgé de 32 ans. Plusieurs membres de la famille de la victime l’ont vu le jour du drame, chez elle, buvant du porto dès le matin. Une présence qui les inquiète, non seulement à cause de son comportement, mais également en raison du passif entre eux. Ce dernier, très défavorablement connu de la justice, a été condamné en 2017 pour une agression sexuelle commise chez Mireille Knoll, sur la fille de son aide ménagère. Mais ses proches conviennent que la vieille dame ne manifeste aucun signe d’inquiétude et semble plutôt contente d’avoir de la compagnie.

Deux versions contradictoires

Rapidement, les enquêteurs acquièrent également la conviction qu’Alex Carrimbacus, 25 ans, un copain de détention, sans domicile fixe, l’a rejoint chez Mireille Knoll dans le courant de l’après-midi. Tout au long de l’instruction, les deux hommes n’ont eu de cesse de s’accuser mutuellement. Si Yacine Mihoub reconnaît avoir fait venir son ami, il assure que c’est ce dernier qui a pris l’initiative du cambriolage, demandant si l’octogénaire était « blindée », puis qui l’a poignardé avant de tenter de mettre le feu. Alex Carrimbacus affirme l’inverse : selon sa version, Yacine Mihoub l’a fait venir chez Mireille Knoll en lui faisant miroiter un petit boulot avant de lui faire comprendre qu’il s’agissait d’un cambriolage.

Lui, soutient que son ami était en colère contre la vieille dame estimant qu’elle l’avait « dénoncé » dans l’affaire de l’agression sexuelle. Il affirme avoir entendu Yacine Mihoub s’écrier « elle a payé pour ce qu’elle a fait » après que ce dernier lui a asséné plusieurs coups de couteau à la gorge tout en criant « Allahou Akbar ». « On parle de onze coups de couteau, un acharnement, alors que mon client ne la connaissait pas », insiste Me Karim Laouafi, le conseil d’Alex Carrimbacus. Ni la confrontation, ni la reconstitution n’ont permis de déterminer les rôles de chacun. « A vrai dire, depuis bien longtemps déjà mes clients se sont fait une idée assez précise de qui est le patron dans cette affaire, confie Me Gilles-William Goldnadel, l’avocat de la famille Knoll. Mihoub est décrit, y compris par sa famille, comme un homme mythomane et violent. »

L’arme du crime découverte ?

D’autant qu’une nouvelle pièce versée la semaine dernière a donné une tout autre tournure au dossier avant l’ouverture du procès. En novembre 2020, Mohamed Mihoub, le frère aîné de Yacine, a rapporté à la police un long couteau qu’il venait de retrouver derrière sa machine à laver, alors qu’il réparait une fuite d’eau. Or, l’arme du crime n’a jamais été retrouvée. S’il est acté dans le dossier qu’après la mort de Mireille Knoll, Yacine Mihoub a passé la nuit chez son frère, ni les analyses de l’ADN ni celles des deux traces de sang décelées sur la lame n’ont cependant été concluantes. « Il faut quand même s’interroger : pourquoi le frère d’un des accusés a estimé que la découverte d’un couteau, chez lui, pouvait avoir un lien avec cette enquête, ce n’est pas anodin », insiste le conseil d’Alex Carrimbacus. Les avocats de Yacine Mihoub n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Le mobile du crime sera également au cœur de ces trois semaines de procès. En juillet 2020, les deux juges d’instruction ont retenu le caractère antisémite du meurtre, s’appuyant notamment sur les déclarations d’Alex Carrimbacus. Ce dernier a indiqué avoir entendu Yacine Mihoub déclarer que les juifs avaient « des moyens financiers et une bonne situation ». Des expertises sur l’ordinateur familial ont révélé que quelques jours avant le drame, le suspect avait consulté des sites évoquant Israël, la Palestine ou la charia islamique. En janvier 2015, après les attentats contre Charlie Hebdo et l’HyperCacher, des surveillants ont découvert dans sa cellule des livres sur Ben Laden, Mohammed Merah ou le djihad ainsi que des inscriptions « les frères Kouachi ne sont pas morts pour rien », « A Coulibaly RIP »… « On n’est pas dans un antisémitisme intellectuel mais plutôt crapuleux », estime Gilles-William Goldnadel.