Vaccination à Toulouse : Comment opérait le trafic très lucratif de « vrai-faux » pass sanitaires ?

ENQUETE Au moins 140 personnes, parmi lesquelles des soignants, ont bénéficié de pass sanitaires sans être vaccinées près de Toulouse. Ce trafic démantelé par les gendarmes partait d’un centre de vaccination

Hélène Ménal
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Pour l'heure, les gendarmes ont identifié 140 personnes qui ont bénéficié d'un pass sans avoir été vaccinées. Illustration.
Pour l'heure, les gendarmes ont identifié 140 personnes qui ont bénéficié d'un pass sans avoir été vaccinées. Illustration. — Raphael Bloch - Sipa
  • Deux jeunes gens sont soupçonnés d’avoir organisé un trafic de « vrai-faux » pass sanitaires depuis un centre de vaccination situé à Muret, près de Toulouse. Ils doivent être mis en examen ce vendredi.
  • Les gendarmes ont établi que les sésames étaient revendus entre 100 et 380 euros.
  • Parmi les 140 bénéficiaires identifiés à ce jour, il y a des professionnels de santé, des aides-soignantes et un kiné notamment.

Des aides-soignantes d’un centre pour personnes handicapées, un employé d’Ehpad, un kiné et même le patron d’une entreprise spécialisée dans la désinfection Covid-19. Voici un échantillon des quelque 140 « bénéficiaires » du trafic de « vrai-faux pass sanitaires » pour lequel 17 personnes, dont 14 « acheteurs », ont été placées en garde à vue depuis mercredi par la brigade de recherches de la gendarmerie de Muret, près de Toulouse.

Qui a donné l’alerte ?

Tout a commencé le 6 octobre quand des membres du personnel médical du centre de vaccination de Muret ont constaté des anomalies sur l’enregistrement des patients. « Ainsi plusieurs noms figuraient sur la liste des patients vaccinés de la journée, alors que les praticiens ayant procédé aux vaccinations n’en avaient pas le souvenir », explique Samuel Vuelta Simon, le procureur de la République de Toulouse, dans un communiqué. Après vérifications, il est aussi apparu que les lots de vaccins figurant dans les dossiers de ces patients, qui n’habitaient pas le secteur, ne correspondaient pas à ceux utilisés dans le centre. En fait, les personnes à qui ont été délivrés les fameux pass n’ont jamais reçu d’injection.

Qui sont les organisateurs présumés de ce trafic ?

C’est en recoupant les heures auxquelles les noms suspects avaient été enregistrés dans le système informatique que les enquêteurs sont remontés jusqu’à « une opératrice » du centre. Agée de 19 ans, elle est considérée pour l’heure comme l’instigatrice du trafic. C’est le cas aussi d’un ami à elle, du même âge, soupçonné d’avoir fait la promotion des vrai-faux sésames sur Snapchat, Les investigations ont établi que les deux complices présumés revendaient les pass « entre 100 et 380 euros pièce ».

Et « l’enquête se poursuit désormais sous la direction du juge d’instruction en vue d’identifier les autres auteurs, coauteurs ou complices du trafic et l’ensemble des bénéficiaires », précise le procureur.

Quelles suites judiciaires ?

Les deux principaux suspects ont été déférés ce vendredi matin devant le juge en vue de leur mise en examen pour « escroqueries par personne chargée d’une mission de service public et complicité d’escroqueries ». Le parquet a requis leur placement en détention provisoire.

Les 14 professionnels bénéficiaires qui ont pu être entendus notamment « pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui » seront aussi poursuivis assure le procureur de la République. « Avec une attention particulière donnée à ceux qui ont contourné l’obligation vaccinale en raison de leur emploi dans le secteur de la santé », ajoute-t-il.