Affaire de la sextape de Valbuena : Chantage ou volonté de « rendre service à un coéquipier » ? Benzema fixé sur son sort le 24 novembre

PROCES L'attaquant de l'équipe de football était jugé depuis mercredi pour avoir aidé quatre hommes à faire chanter son coéquipier Mathieu Valbuena

Thibaut Chevillard
— 
Lors de la Coupe du monde de 2014, la bromance était encore à l'ordre du jour entre les deux joueurs
Lors de la Coupe du monde de 2014, la bromance était encore à l'ordre du jour entre les deux joueurs — TAAMALLAH MEHDI/VU LAURENT/SIPA
  • Karim Benzema et quatre hommes comparaissent depuis mercredi devant la 7e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Versailles dans l’affaire dite de la sextape de Mathieu Valbuena.
  • L’attaquant du Real Madrid est suspecté d’avoir aidé ses coprévenus à faire pression sur son ancien coéquipier pour qu’il paie, en échange de la non-diffusion d’une vidéo de ses ébats sexuels.
  • Le parquet de Versailles a demandé au tribunal correctionnel de prononcer une peine de dix mois d’emprisonnement avec sursis et 75.000 euros d’amende contre le joueur du Real Madrid. La décision sera rendue le 24 novembre prochain à 9h30.

Au tribunal judiciaire de Versailles,

Dans les couloirs du tribunal judiciaire de Versailles (Yvelines), le bruit courait avec insistance depuis le début du procès. Le président, Christophe Morgan, devait rendre le jugement ce vendredi après-midi, quelques heures seulement après la fin des plaidoiries de la défense. Finalement, le magistrat semble avoir été convaincu par les avocats de Karim Benzema de la nécessité de prendre le temps de la réflexion en mettant sa décision en délibéré. L’attaquant des Bleus et les quatre hommes jugés dans l’affaire dite « de la sextape », à savoir une tentative de chantage sur Mathieu Valbuena, devront attendre le 24 novembre prochain pour être fixés sur leur sort.

Absent lors du procès, le joueur du Real Madrid ne verra pas la dernière ligne droite du vote pour le Ballon d'or parasitée par une décision de la justice. En revanche, si le tribunal suivait les réquisitions du parquet – 10 mois de prison avec sursis, 75.000 euros d’amende – il serait condamné cinq jours avant la remise du prestigieux prix sportif. « Pour nous, oui, c’est important, mais je ne crois pas qu’il y ait vraiment de liens entre les deux événements », a déclaré à la presse Me Sylvain Cormier, l’un des deux avocats du joueur, à la sortie du tribunal. « En tant qu’avocat, je ne suis pas gestionnaire de sa carrière, de ses résultats sportifs. Je suis garant du résultat judiciaire. Ce que nous voulions, c’est qu’il y ait un délai de réflexion raisonnable par rapport aux arguments que l’on a avancés. »

« Ce n’est pas une infraction pénale »

Avec son confrère Me Antoine Vey, il a plaidé au cours de la matinée la relaxe de leur client, dénonçant l’emballement du parquet de Versailles dans cette affaire. Me Veye – l’ancien associé d’Eric Dupond-Moretti, devenu depuis garde des Sceaux – a expliqué au tribunal que seule la rencontre de son client avec Valbuena à Clairefontaine le 6 octobre, puis la conversation qu’il a eue dans la foulée avec son ami d’enfance, Karim Zaneti, l’impliquait dans cette affaire. Mais selon lui, la teneur de ce coup de téléphone ne permet en rien de caractériser l’infraction pour laquelle il a été jugé. Certes, les deux hommes semblent se moquer des mésaventures du joueur de l’Olympiakos. « Ce n’est pas spécialement gentil, mais ce n’est pas une infraction pénale », a souligné le pénaliste.

Le chantage, a-t-il ajouté, c’est la menace « de la révélation d’un fait diffamatoire ». Or, concernant l’attaquant du Real Madrid, « c’est l’inverse ». Il a soufflé à son coéquipier de l’équipe de France qu’il pouvait « faire en sorte, par l’intermédiaire d’un ami de confiance que [la vidéo] ne sorte pas ». Et cela « sans modalité, sans contrepartie ». L’avocat remarque que Mathieu Valbuena, « pendant un mois et demi, ne s’est pas plaint d’une conversation soi-disant menaçante avec Karim Benzema » auprès des policiers. Les deux hommes étaient d’ailleurs « potes », il n’y avait entre eux aucun « climat d’animosité ». Finalement, « ce sont davantage les enquêteurs que Monsieur Valbuena qui ont accusé » la star du football, estime Me Veye.

« Service à un coéquipier »

A la barre, Mathieu Valbuena a raconté avoir eu l’impression, après réflexion, que Benzema « voulait [lui] faire peur ». Benzema « n’a rien fait d’autre que de proposer un numéro de téléphone » pour « rendre service à un coéquipier », a soutenu au contraire Me Sylvain Cormier. Le pénaliste lyonnais a dénoncé une « entreprise de démolition » et un « battage médiatico-judiciaire ». De manière un peu étonnante, il a estimé que Mathieu Valbuena, dans ce dossier, « est victime de sa propre attitude, de ses propres actions ». Car il a filmé « façon selfie » la vidéo qui a servi à le faire chanter. La jeune femme avec laquelle il avait une relation intime « ne sait pas qu’elle est filmée manifestement ». Ce qui constitue, a-t-il dit, une infraction.

Une allégation qui n’a pas manqué de faire réagir l’avocat de Mathieu Valbuena, Me Paul-Albert Iweins, qui a dénoncé, devant les journalistes présents, « une imputation diffamatoire ». « C’est totalement faux, inexact, et ça n’avait pas sa place dans ce débat. Je déplore qu’on ait ainsi attaqué Mathieu Valbuena, et ça prouve qu’on n’avait pas grand-chose à dire.» La justice tranchera le mois prochain.