Affaire de la sextape de Valbuena : « Benzema n’est pas n’importe qui ! », les sévères réquisitions du procureur

PROCES L’attaquant de l’équipe de France de football est jugé jusqu’à demain pour avoir aidé quatre hommes à faire chanter son coéquipier Mathieu Valbuena. Dans ses réquisitions, le procureur a réclamé dix mois de prison avec sursis à son encontre

Thibaut Chevillard
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Valbuena et Benzema, alors complices, en 2014 (illustration)
Valbuena et Benzema, alors complices, en 2014 (illustration) — AP Photo/Christophe Ena
  • Karim Benzema et quatre hommes comparaissent depuis mercredi devant la 7e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Versailles dans l’affaire dite de la sextape de Mathieu Valbuena.
  • L’attaquant du Real Madrid est suspecté d’avoir aidé ses coprévenus à faire pression sur son ancien coéquipier pour qu’il paie, en échange de la non-diffusion d’une vidéo de ses ébats sexuels.
  • Au deuxième jour du procès de Karim Benzema dans l’affaire de la sextape de Mathieu Valbuena, le parquet de Versailles a demandé au tribunal correctionnel de prononcer une peine de dix mois d’emprisonnement avec sursis et 75.000 euros d’amende contre le joueur du Real Madrid.

Au tribunal judiciaire de Versailles,

La vie est une question de priorité. Jugé pour une tentative de chantage sur la personne de Mathieu Valbuena, Karim Benzema a préféré faire l’impasse sur le procès et se concentrer sur la préparation du match de dimanche qui oppose le Real Madrid au FC Barcelone. L’absence de l’attaquant à l’audience, qui est représenté par ses avocats, n’a pas été du goût du procureur de la République, Julien Eyraud, qui a requis, jeudi après-midi, une peine sévère à son encontre : dix mois de prison avec sursis et 75.000 euros d’amende. Le prévenu « n’est pas n’importe qui », souligne le magistrat. « Il est porteur de plein de choses, d’une image, d’espoir pour les gens, de notoriété, de toutes ces valeurs. »

Pour sa collègue, Ségolène Mares, l’attaquant des Bleus s’est retrouvé impliqué dans cette sordide affaire parce qu’il a voulu aider son ami d’enfance, Karim Zenati. Il ira même « jusqu’à mentir devant la police pour mettre son ami hors de cause », rappelle-t-elle au tribunal. Son rôle consistait à « permettre au maître chanteur d’obtenir la somme qu’ils espéraient auprès de Mathieu Valbuena ». Car, depuis plusieurs mois, Axel Angot et Mustapha Zouaoui, deux margoulins marseillais​, tentaient de convaincre le joueur des Bleus qu’une vidéo intime de lui circulait. Mais les négociations entreprises par l’intermédiaire d’un autre homme qui gravite lui aussi dans le monde des footballeurs, Younes Houass, ont échoué.

Intervention « bienveillante, presque paternelle »

Alors, Mustapha Zouaoui a pris contact avec Karim Zenati, qu’il a rencontré à Barcelone lors d’un déjeuner avec Karim Benzema. Par la suite, les deux hommes se sont associés dans une affaire de coussins très kitchs confectionnés à partir de sacs Louis Vuitton plus ou moins faux. Le but était de les vendre à des prix astronomiques à d’autres joueurs que pourrait leur présenter la star du football. Au final, Zenati « s’est fait avoir [par Zouaoui] dans cette affaire de coussins », explique le procureur. « Mais il savait parfaitement ce qu’il faisait lorsqu’il a impliqué Karim Benzema » dans ce dossier en lui demandant de parler à son coéquipier de l’équipe de France. Ce qu’il fera un soir, dans sa chambre, à Clairefontaine.

Son intervention semblait « bienveillante, presque paternelle », note pour sa part Ségolène Mares. Mais en réalité, cette attitude « faisait partie d’une stratégie ». Benzema n’a pas menacé Mathieu Valbuena. En revanche, il a fait preuve d’une « certaine insistance » pour le convaincre que seul son ami, Karim Zenati, pouvait l’aider dans une situation qui pourrait devenir encore plus compliquée si la vidéo sortait. Il lui a même fait croire « qu’il a vu la vidéo pour crédibiliser les maîtres chanteurs » qui étaient de « gros voyous » et a « juré sur la tête de sa fille que son intermédiaire était sérieux ». Il insiste, il est arrivé la même mésaventure à Djibril Cissé qui, lui, avait payé pour éviter qu’une vidéo intime de lui soit diffusée.

Peu après cette rencontre, il appelle Zenati sans savoir que ce dernier a été placé sur écoute. Les deux copains rigolent et se moquent de Valbuena qui était tout « blanc » et le traitent de « tarlouze ».

« Des manœuvres sordides »

A la suite de cette affaire, les deux hommes n’ont plus joué avec le maillot bleu. « Mathieu Valbuena a perdu ses sponsors, et il n’a pas pu réintégrer l’équipe de France comme Benzema », souffle son avocat, Paul-Albert Iweins. Alors qu’à l’époque, le milieu de terrain « était l’une des stars de cette équipe » et qu’il avait été présélectionné pour participer à l’Euro 2016. « On l’en a privé par des manœuvres sordides », ajoute la robe noire, qui demande 150.000 euros en guise de dommages et intérêts. Les avocats de Karim Benzema plaideront vendredi matin. La décision du tribunal devrait être rendue dans la soirée. Deux jours à peine avant la clôture des votes pour l’élection du Ballon d'or.