Affaire Otom : Un suicide plutôt qu’un féminicide aux Seychelles ? L’enquête en France privilégie la thèse d’une pendaison

ENQUETE Inculpé pour le meurtre de sa compagne dans cet archipel de l’océan indien, le Niçois Thomas Debatisse clame son innocence et des examens menés en France lui permettent d'espérer

Fabien Binacchi
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Thomas Debatisse et Emmanuelle Badibanga étaient invités dans un hôtel des Seychelles (Illustration)
Thomas Debatisse et Emmanuelle Badibanga étaient invités dans un hôtel des Seychelles (Illustration) — David Keyton/AP/SIPA
  • Retrouvée pendue à l’accroche serviette de la salle de bains du Club Med dans lequel ils étaient invités, Emmanuelle Badibanga aurait été victime de violences et d’un étranglement, selon des analyses réalisées sur place.
  • Son compagnon Thomas Debatisse clame son innocence et une enquête réalisée en France pourrait contredire la thèse du féminicide.
  • Des examens anatomopathologiques réalisés à Marseille viennent « confirmer une pendaison et pas de strangulation ».

Incarcéré depuis le 5 mai dans le centre de détention provisoire de Montagne posée, aux Seychelles, à des milliers de kilomètres de chez lui, Thomas Debatisse continue à crier son innocence. Les autorités de cet archipel de l’océan indien ont « formellement inculpé » l’artiste niçois de 35 ans, un graffeur connu sous le surnom « Otom »,pour le meurtre de sa compagne, le soir du 27 avril sur l’île de Sainte-Anne.

Retrouvée pendue à l’accroche serviette de la salle de bains du Club Med dans lequel ils étaient invités, Emmanuelle Badibanga aurait été victime de violences et d’un étranglement, selon des analyses réalisées sur place. Le crime aurait été maquillé en suicide. Une thèse qu’une enquête parallèle ouverte par le parquet de Nice pour « homicide volontaire par conjoint » et des examens effectués en France, cette fois-ci, viennent contredire.

Des examens « confirment une pendaison et pas de strangulation »

« On ne retrouve pas un certain nombre d’éléments qui ont été actés aux Seychelles, indique le procureur de la République de Nice, sollicité mercredi par 20 Minutes. Il faut rester prudent car l’autopsie réalisée en France est intervenue un mois et demi après le décès et le corps a pu se dégrader, mais aucune trace de coups n’a été retrouvée. » Selon leurs premières analyses, les experts hexagonaux sont également moins catégoriques sur les causes de la mort que le médecin légiste intervenu sur place : « Les traces sur le cou ne peuvent ni infirmer ni confirmer une strangulation », précise Xavier Bonhomme.

Plus précis encore, des examens anatomopathologiques réalisés à Marseille, qui démontrent également « qu’il n’y a pas de traces de violences sexuelles », viennent même « confirmer une pendaison et pas de strangulation », explique encore le magistrat.

« Il n’était pas dans la chambre au moment de la mort d’Emmanuelle »

De quoi disculper le street artiste et aller plutôt dans le sens d’un suicide ? La Varoise de 32 ans, cogérante d’une salle de réception à Nice, « était a priori plutôt dépressive », selon des témoignages recueillis par les enquêteurs. Les investigations se poursuivent en France comme aux Seychelles, où le décès est toujours, à ce jour, considéré comme « fortement suspect ». Les deux pays collaborent et échangent en tout cas régulièrement.

« Les conclusions d’un côté et de l’autre sont diamétralement opposées. Et aujourd’hui, tout converge vers l’innocence de Thomas », lâche son avocat à 20 Minutes. « L’analyse des témoignages et des vidéosurveillances du Club Med sont aussi la preuve qu’il n’était pas dans la chambre au moment de la mort d’Emmanuelle », avance aussi Me Richard Sédillot, spécialiste du droit international qui s’est mis en quête de preuves à décharge, la procédure étant de type accusatoire aux Seychelles.

Du côté des proches de la jeune femme, on souhaite simplement que « cette enquête puisse être conduite jusqu’à son terme dans la sérénité », explique à 20 Minutes leur avocat. « Thomas Debatisse se défend et nous ne le déplorons pas, ajoute Me Tewfik Bouzenoune. L’important est maintenant de savoir la vérité. » Savoir ce qui est arrivé ce soir-là dans cet hôtel, très loin de chez elle.