Affaire de la sextape de Valbuena : « Arrêtez de nous faire croire que vous êtes mère Teresa ! »

PROCES Quatre hommes, jugés pour une tentative de chantage sur Mathieu Valbuena, ont expliqué qu’ils ne voulaient pas obtenir d’argent du footballeur, après avoir obtenu une vidéo de ses ébats sexuels

Thibaut Chevillard
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Les quatre prévenus écoutent Mathieu Valbuena parler à la barre du tribunal
Les quatre prévenus écoutent Mathieu Valbuena parler à la barre du tribunal — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Karim Benzema et quatre hommes comparaissent à partir de mercredi devant la 7e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Versailles dans l’affaire dite de la sextape de Mathieu Valbuena.
  • L’attaquant du Real Madrid est suspecté d’avoir aidé ses coprévenus à faire pression sur son ancien coéquipier pour qu’il paie, en échange de la non-diffusion d’une vidéo de ses ébats sexuels.
  • Karim Benzema était absent lors du premier jour du procès. Les autres prévenus ont livré des explications qui n’ont, semble-t-il, pas convaincu le président du tribunal.

Au tribunal judiciaire de Versailles

Autour des footballeurs, gravite souvent une faune d’individus peu recommandables prêts à tout pour prendre un peu d’argent. Les quatre hommes jugés depuis mercredi au tribunal de Versailles (Yvelines) pour une tentative de chantage sur Mathieu Valbuena en sont un parfait exemple. L’un d’eux, Axel Angot, a récupéré, en 2014, une vidéo de l’ancien milieu de l'équipe de France​ en pleins ébats sexuels et s’est dit qu’elle pouvait lui servir pour régler une dette de 25.000 euros. A l’époque, ce Marseillais de 45 ans était une sorte de concierge de luxe pour joueurs. Il prétend avoir eu jusqu’à 200 clients qui l’appelaient pour réserver des billets d’avion ou gérer des problèmes informatiques. Parmi eux, Valbuena, qu’il connaît depuis son passage à l’ OM, lui accorde sa confiance et le contacte un jour pour transférer les données d’un BlackBerry vers un nouvel appareil.

En découvrant la vidéo le montrant en plein adultère, Angot a l’idée de la conserver, conscient qu’elle pourra « certainement » lui être utile un jour. D’autant qu’avec l’un de ses amis, Mustapha Zouaoui, surnommé « Sata », il a contracté une dette auprès d’un autre joueur, Nicolas Marin. Ce dernier leur avait confié des montres de luxe pour les vendre. Mais le duo les a perdues et voilà les deux hommes contraints de le rembourser. Ils ont une idée : si Valbuena apprend son existence, il demandera sûrement à Angot, « son gars de confiance », de faire le nécessaire pour récupérer cette vidéo. Le joueur, rassuré, aurait pu alors lui donner « une récompense ». N’est-ce pas la définition même du chantage, lui demande le procureur ? « Indirectement c’est la même chose, reconnaît-il. Mais ce n’est pas moi qui ai contacté Mathieu et aucune somme d’argent ne lui a été demandée. »

« Foot et luxe, ça fait sens »

« Sata » en parle à Younes Houass, l’une de ses connaissances, rencontré à la Commanderie, le centre d’entraînement des joueurs de l’OM. Ce dernier est chargé de contacter anonymement le joueur de 37 ans qui évolue désormais en Grèce, à l’Olympiakos. Ce qu’il fera à plusieurs reprises. Le prévenu affirme qu’il n’a pas fait ça pour l’argent. A l’en croire, cet « amateur de football » voulait simplement aider Valbuena à sauver sa carrière et à préserver sa famille. « Arrêtez de nous faire croire que vous êtes mère Teresa ! » lui lance le président, Christophe Morgan, agacé par les explications souvent capillotractées des quatre hommes.

Mais Valbuena ne prend pas Younes Houass au sérieux. Il faut trouver autre chose. Zouaoui prend alors attache avec Karim Zenati, qui est un ami d’enfance d’un autre joueur de l’équipe de France, Karim Benzema. Lors d’une rencontre à Madrid avec eux, il évoque rapidement l’existence de cette vidéo. Mais, selon lui, la discussion porte essentiellement sur le business de coussins Vuitton customisés par ses soins qu’il comptait lancer. Des pièces « magnifiques, haut de gamme et tout »… et surtout très kitsch. Il espère que l’attaquant du Real, à qui il a offert l’une de ses créations, l’aidera à les proposer à d’autres joueurs ou présidents de club. Zouaoui convainc Zenati de s’associer à lui. « Foot et luxe, ça fait sens », explique celui qui se présente comme le « frère » de Benzema. « Il avait le produit et moi les futurs clients potentiels. »

« C’était très amusant pour vous, cette conversation »

Mais, très vite, « Sata » lui reparle de la vidéo de Valbuena et lui demande un « service » : il faudrait que Benzema parle à son coéquipier des Bleus, qu’il lui fasse comprendre que cette affaire de vidéo est sérieuse. Et que son ami peut l’aider à gérer la situation. C’est ce qu’il fera dans l’intimité de sa chambre à Clairefontaine, le 6 octobre 2015. Juste après, l’attaquant appelle Karim Zenati pour le débriefer. « Il ne nous prend pas au sérieux », lui dit « KB9 ». Les deux hommes se marrent et se moquent de Valbuena. « C’était très amusant pour vous, cette conversation », note le président. Benzema est lui aussi jugé pour complicité de tentative de chantage. Mais le joueur, qui disputait un match, mardi soir, en Ukraine, était absent ce mercredi à Versailles. Le procès doit se terminer vendredi.