Eure : « Violences, insultes, peur. J’étais son objet »... Alexandra Richard jugée en appel pour avoir tué son conjoint

PROCES Elle avait tiré avec un fusil sur son conjoint alors qu’il la menaçait et avait été à plusieurs reprises violent avec elle selon ses dires

M.F avec AFP
— 
Une enseigne de cour d'assises. (illustration)
Une enseigne de cour d'assises. (illustration) — ROMAIN DOUCELIN/SIPA

Alexandra Richard a-t-elle agi par légitime défense ou était-ce un homicide volontaire? La question et le destin de cette femme de 43 ans sont entre les mains des assises de l’Eure. Condamnée à 10 ans de prison en 2020 pour avoir tué avec un fusil de chasse son conjoint violent, son procès en appel s’est ouvert ce mardi matin et durera trois jours. Après avoir déclaré devant la présidente Julie Arzuffi qu’elle ne reconnaissait pas « les faits de meurtre sur conjoint » qui lui sont reprochés, elle a énuméré parfois en larmes les violences qu’elle dit avoir subies de la part de cet homme.

Son quotidien avec la victime ? « Violences, insultes, peur. J’étais son objet », explique depuis son box vitré cette mère de trois enfants interrogée par son avocate Lorraine Questiaux devant la cour d’assises de l’Eure, avant d’ajouter : « Il me violait ». Les violences s’installent « très rapidement dans leur relation », assure l’accusée, faisant le récit de la première agression qu’elle dit avoir subie de la part de celui qui allait devenir le père de son troisième enfant.

« A peine j’étais rentrée, il m’a attrapé les cheveux et jetée au sol, poursuit en larmes la jeune femme. Il avait vu au grenier ses photos de ma vie avec mon ex-mari. Il a été pris d’une rage. Il me frappait fort. Il me jetait les albums photos. Il m’a donné des coups de poing, je suis tombée de l’escalier. Il m’insultait. "Espèce de salope". Il a commencé à mettre le feu à ma robe de mariée. Il l’a déchirée devant moi. »

Menacée de se faire « défoncer la gueule »

Le 16 octobre 2016, Alexandra Richard a tiré sur son conjoint de 36 ans avec un fusil de chasse à leur domicile de Montreuil-en-Caux, alors que celui-ci, en état d’ébriété, venait de se lever de son fauteuil en la menaçant de lui « défoncer la gueule ». Une pétition lancée avant le procès en Seine-Maritime, intitulée « Pas de prison pour Alexandra Richard », recueille encore quotidiennement des signatures. Elle en affichait plus de 44.100 mardi matin.

« Oui c’était un homme violent », avait reconnu l’avocate générale Corinne Gérard devant la cour d’assises de Seine-Maritime​ en novembre 2020, « mais vous ne pouvez pas répondre à la violence par la violence ». L’accusée avait finalement été déclarée coupable de meurtre, alors que le parquet général ne réclamait une condamnation que pour « violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Mais la cour avait suivi la magistrate sur le quantum de la peine.

« Naïve », « peut-être fière » et « empathique »

L’accusée qui se décrit comme « naïve », « peut-être fière » et « empathique », a pourtant été « extrêmement amoureuse ». En 2013, « au début de notre rencontre, Sébastien m’a mis des étincelles dans les yeux. J’étais extrêmement amoureuse de lui. C’était l’homme idéal. Je le trouvais super beau. L’attirance était là. On était un peu comme des ados. Très rapidement, il a changé. Il est devenu violent, il m’a isolé de mes amis », explique-t-elle à la cour.

« Est-ce que vous êtes seule aujourd’hui ? Vous envisagez un projet de couple ? », lui demande la présidente Julie Arzuffi. « C’est hors de question. Je veux être seule. Impossible de redonner ma confiance à un homme », répond l’accusée, chignon noir, chemise noire et blanche. « Je suis perçue comme une femme forte mais en fait pas du tout. Je ne suis pas quelqu’un de fort. J’ai beaucoup de tristesse au fond de moi. J’ai de l’angoisse, du stress. Je me suis repliée un peu sur moi-même en détention », assure-t-elle. L’accusée décrit sa détention comme « horrible ». « Je vois très peu mes enfants. Ma grande fille, je l’ai vue il y a un mois. Depuis 11 mois, je suis séparée des personnes que j’aime le plus au monde. a-t-elle dit. Aujourd’hui, si je tiens encore debout, c’est parce que je pense à mes enfants ».

« Qu’il soit décédé, c’est pas ce que je voulais »

Osez le féminisme a annoncé sa présence au procès. « Nous, on pense qu’Alexandra Richard s’est retrouvée dans une situation de légitime défense », a expliqué jeudi Quentin Dekimpe, un des deux avocats de l’accusée. En 2020, la jeune femme était défendue par Nathalie Tomasini, qui a été le conseil de Jacqueline Sauvage, condamnée pour avoir tué son mari avant d’être graciée fin 2016. Mais elle a depuis changé d’avocat.

Devant les assises de Seine-Maritime, l’accusée avait reconnu avoir chargé le fusil. Mais pour Me Dekimpe, ce geste visait juste à « crédibiliser » son arme. « Qu’il soit décédé, c’est pas ce que je voulais », avait assuré à la barre Alexandra Richard, qui était en couple depuis environ deux ans avec cet homme condamné en 1999 pour avoir tiré sur un rival amoureux. « C’était une arme de dissuasion. Je voulais (…) m’enfuir avec mes enfants », avait ajouté l’accusée qui avait dit « regretter tout ce qui s’est passé ».

« Même en prison, je dormais mieux qu’à côté de lui »

Selon son récit, son conjoint avait commencé à boire du whisky dès le matin avant de l’insulter et d’être une nouvelle fois violent avec elle. L’accusée était venue prévenir son conjoint de l’arrivée de son ex-compagne qui souhaitait évoquer les vacances de leurs enfants.

Face à cet homme, elle « est terrifiée », « elle n’en peut plus », a ajouté Me Dekimpe qui ne « s’interdit pas » de plaider l’acquittement. « Même en prison, je dormais mieux qu’à côté de lui. Personne ne me frappait », avait déclaré à la barre Alexandra Richard qui comparaissait alors libre mais avait fait de la détention provisoire.

Pour l’avocate des parents de la victime, Me Rose-Marie Capitaine, « on est sur le terrain de l’homicide volontaire. Il n’y a pas légitime défense. Il n’y a pas une agression au moment précis où elle tire ». « Et il faut que la riposte soit proportionnée à l’agression », a poursuivi le conseil. Alexandra Richard, dont le casier judiciaire était vierge avant cette première condamnation, encourt la perpétuité pour homicide volontaire. Pour violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner, la peine maximale est 20 ans de réclusion.