Justice : Laure Beccuau, première femme à la tête du parquet de Paris

NOMINATION Cette magistrate qui exerçait auparavant à Créteil prend la tête du plus important parquet de France

Caroline Politi
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Laure Beccuau, la nouvelle procureure de la République de Paris
Laure Beccuau, la nouvelle procureure de la République de Paris — Thomas SAMSON / AFP

Elle rompt « une longue lignée exclusivement masculine », selon les mots de Stéphane Noël, le président du tribunal judiciaire de Paris. Ce vendredi, Laure Beccuau a officiellement pris la tête du parquet de la plus grande juridiction de France, devenant ainsi la 70e procureure de la République de Paris et la première femme, donc. Une magistrate connue pour « son goût du dialogue et sa capacité d’analyse », selon Jean-François Ricard, son homologue du parquet national antiterroriste​, « une femme passionnée par l’action publique », selon celui du parquet national financier, Jean-François Bonhert.

A 61 ans, Laure Beccuau a déjà une carrière d’envergure. De ses débuts à Rouen comme substitute, en passant par Chalon-sur-Saône, Lille ou Versailles comme vice-procureur, puis Bobigny comme procureure adjointe. En 2013, elle prend la tête du parquet de Nîmes, puis trois ans plus tard celui de Créteil, l’un des plus gros de France avec 35 magistrats. Bien loin cependant des 130 que compte le parquet de Paris. Dans cette juridiction, « tout se chiffre en millier », insiste Stéphane Noël : 15.000 majeurs déférés chaque année, auxquels s’ajoutent 4.300 mineurs, 5.000 comparutions immédiates….

Magistrate de « terrain »

Lors de son discours d’installation, ce vendredi, Laure Beccuau a confié son souhait de rester une « magistrate de terrain », condition, selon elle, sine qua non pour lutter efficacement contre la délinquance. « Il nous appartient d’être aux côtés des victimes, à l’écoute de nos concitoyens et proches de toutes les sources susceptibles de favoriser cette circulation de l’information », a-t-elle souligné. Si le parquet de Paris, qui compte plusieurs pôles spécialisés, est régulièrement amené à traiter de phénomènes de délinquance d’une « grande complexité », la nouvelle procureure entend lutter avec la même « vigilance » contre les phénomènes de proximité, à l’instar des violences conjugales, des rixes ou de sujets typiquement parisiens comme le crack.

Dans ce domaine, Laure Beccuau s’inscrit dans la lignée de son prédécesseur, Remi Heitz, en recherchant systématiquement les complices des trafiquants, notamment ceux qui les hébergent ou en proposant une réinsertion « spécifique » pour les consommateurs de cette drogue, particulièrement addictive. Affichant son ambition d’une « justice restauratrice du lien social et de la confiance », elle a également fait part de sa volonté de favoriser l’action entre les services pour lutter plus efficacement contre certaines thématiques émergentes : les phénomènes de bandes, les fraudes, la délinquance visant les personnes âgées.