Rennes : «Je crois qu'il est mort»... Les accusés livrent « leur vérité » trois ans après le décès de Dorian Guémené

MEURTRE Six hommes sont jugés depuis lundi pour avoir battu à mort un jeune barman à la sortie de la discothèque L’Espace, à Rennes

Camille Allain
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Six hommes sont accusés d'être impliqués dans la mort de Dorian Guémené, barman de 24 ans roué de coups à la sortie d'une discothèque en juillet 2018 à Rennes.
Six hommes sont accusés d'être impliqués dans la mort de Dorian Guémené, barman de 24 ans roué de coups à la sortie d'une discothèque en juillet 2018 à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le procès aux assises des six agresseurs présumés de Dorian Guémené, battu à mort à la sortie d'une discothèque de Rennes en 2018, se tient depuis lundi.
  • Six hommes, répartis en deux groupes d'amis qui ne se connaissaient pas, sont impliqués dans cette bagarre.
  • Après avoir menti à plusieurs reprises au fil de l'enquête, les accusés tentent chacun de livrer leur vérité. 

Trois groupes d’amis qui passaient la soirée en discothèque, quelques heures après une victoire de l’Equipe de France en Coupe du monde. Avant que tout bascule, pour une bête altercation toujours pas expliquée. Nous sommes le 6 juillet 2018, à Rennes. A la sortie de la discothèque L’Espace, Dorian Guémené gît dans son sang devant la porte de l’établissement. Il décédera le lendemain dans les murs de l’hôpital Pontchaillou, succombant à la violence des coups de pied et de poing portés. Pour la famille du jeune barman du Kenland, tout l’enjeu du procès aux assises qui s’est ouvert lundi est de savoir qui a porté les derniers coups ayant entraîné la mort. Sur le banc des accusés, les six hommes tentent de se dédouaner. Chacun tente tour à tour de faire entendre sa vérité.

Celui sur qui pèsent les plus lourds soupçons se nomme Sacha. Ce soir-là, il est sorti avec son père, son frère, et deux amis. A la sortie de la boîte, il veut rejoindre la petite amie de son frère Stanislas, qui travaille à L’Espace. Il croise alors le chemin de Dorian Guémené et de son ami Kévin, en train de s’embrouiller avec deux jeunes étudiants sans histoire. Pour une raison encore indéterminée, les deux petits groupes s’unissent pour rosser Kévin et Dorian. L’un s’en sortira avec des bleus et réussira à courir jusqu’à la discothèque pour chercher de l’aide. Dorian, garçon sans histoire de 24 ans n’aura pas la même chance et y laisser la vie. Toute la journée de mercredi, la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine a tenté de démêler le vrai du faux. Après leur interpellation, les quatre premiers accusés avaient inventé une version bidon. « On n’y croyait même pas ». Mais tous la livreront en garde à vue, avant que chacun ne précise son rôle.

Un des prévenus déjà condamné pour des violences du même type

Parmi les six accusés, seul un n’est pas jugé pour meurtre. Alexandre était un peu à l’écart au moment des faits. Il n’a pas vu les derniers coups portés à Dorian. Mais il a vu ceux qui étaient autour de lui à ce moment-là, excluant de fait leur implication dans la mort du jeune barman. Son témoignage accable Sacha, un homme déjà impliqué dans des violences du même type quelques années auparavant.

« Je l’ai vu revenir du boulevard. Il avait du sang sur sa veste. C’était une grosse tache de sang. A ce moment, on ne peut pas imaginer tout ce qu’il s’est passé. Il était énervé. Il n’a rien dit et s’est dirigé vers son frère ».

Les quatre hommes prendront la voiture pour rentrer à Chantepie, où réside l’un d’entre eux. Dans le véhicule, Sacha aurait prononcé quelques mots. « Il est devenu tout pâle, à la limite de pleurer et a avoué l’avoir laissé gisant sur le sol », assure celui qui était alors son ami. Un autre corrobore. « Il était livide. A l’angle de la rue, il m’a dit : je crois qu’il est mort. J’ai passé ma tête furtivement et j’ai vu le corps », a fait savoir Thomas.

C’est l’ensemble des violences qui ont coûté la vie au jeune barman

Peu de temps après, Sacha lui explique avoir porté « deux coups de pied à la tête » à Dorian. « Je sais que Sacha y était. Tant que lui ne voudra pas assumer le fait qu’il y était, on n’avancera pas », ajoute-t-il.

Les parents de Dorian Guémené espèrent que le procès leur apportera des réponses.
Les parents de Dorian Guémené espèrent que le procès leur apportera des réponses. - J. Gicquel / 20 Minutes

Sacha était-il seul ? La question était au cœur du débat de fin de journée mercredi. Son frère Stanislas jure qu’il n’a pas porté un seul coup à Dorian mais uniquement à son ami Kévin. Tout comme Thomas. L’enjeu des coups portés ou non est grand. D’après le médecin légiste, c’est l’ensemble des violences qui ont coûté la vie au jeune barman. Alexis, jeune étudiant sans histoire s’est-il associé à Sacha pour porter des coups qui se sont révélés mortels, alors que les deux hommes ne se connaissaient pas ? Son ami Guillaume semble penser que non. « Ce que j’espère de ce procès, c’est de savoir qui a porté le dernier coup. C’est aux quatre de le dire. Que cette vérité sorte pour la famille ». « Sortira-t-elle des débats ? », interroge le président. « Je ne pense pas », répond celui qui avait tout juste 18 ans.

« J’ai voulu faire passer la loyauté avant la vérité »

La question de la vérité a été sérieusement mise à mal tout au long de l’enquête. D’abord parce que tous les protagonistes avaient élaboré de faux témoignages chacun de leur côté. Et que plusieurs vêtements susceptibles d’être tachés de sang ont disparu. Ou encore parce que bon nombre d’entre eux ont fait évoluer leur version au fil des auditions devant le juge d’instruction.

« Oui j’ai menti. On savait tous que Sacha avait porté des coups, il fallait taire le fait qu’il était sur le boulevard de la Tour-d’Auvergne. J’ai voulu faire passer la loyauté des amis avant la vérité », a révélé Thomas. Les auditions se poursuivront jusque tard dans la nuit ce mercredi. Le témoignage de Sacha, principal mis en cause, sera très attendu.