« Bugaled Breizh » : Le commandant d’un sous-marin anglais provoque la colère des familles des marins

NAUFRAGE Depuis l’accident survenu en 2004 et qui a coûté la vie à cinq marins, les familles des victimes pensent qu’un sous-marin a accroché le chalutier breton

C.A. avec AFP
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Des gendarmes devant l'épave du Bugaled Breizh, un chalutier breton coulé au large des côtes anglaises en 2004.
Des gendarmes devant l'épave du Bugaled Breizh, un chalutier breton coulé au large des côtes anglaises en 2004. — Maisonneuve / SIPA

Son audition était très attendue des familles des victimes du Bugaled Breizh. Sans surprise, elle s’est révélée fade et n’apporte rien au dossier étudié par la Haute cour de Londres depuis une semaine. Mardi, Andrew Coles a maintenu sa version. Non, le Turbulent, le sous-marin qu’il commandait à cette époque, n’était pas dans la zone où pêchait le chalutier breton avant que ce dernier ne sombre en seulement 37 secondes. « Nous n’étions absolument pas impliqués. Nous étions à quai à Devonport [sud-ouest de l’Angleterre] le 15 janvier 2004 », a-t-il affirmé.

Ces 37 secondes, un temps anormalement court pour un tel naufrage, constituent pourtant la base des convictions des familles des victimes. Depuis la mort des cinq marins, ces dernières estiment que seul un sous-marin a pu crocheter le chalutier et l’entraîner au fond en si peu de temps, broyant la coque sous la pression. A ce jour, seuls trois des cinq corps des marins ont été retrouvés. Ces dernières déclarations de la part du commandant ont provoqué la colère des familles des marins.

Selon l’ancien membre de la Royal Navy anglaise, le Turbulent devait prendre part à des exercices de l’Otan prévus dans la zone à partir du 16 janvier, mais n’a pu le faire en raison d’une avarie. Le sous-marin, qui était stationné pour maintenance depuis le mois de novembre précédent, n’a repris sa navigation que le 19 janvier. Les familles aimeraient des photos satellites pour appuyer ce témoignage, contesté par un militaire français qui se trouvait dans un autre sous-marin. A la sortie de l’audience devant la Haute cour britannique, ce témoignage a été sérieusement mis en doute par les familles des victimes. « Ce ne tient pas debout. Il y a encore plein d’éléments qui ne sont pas éclaircis », a regretté Thierry Lemétayer, le fils d’une victime. « C’est là qu’on voit que la justice n’avance pas. »

« Ce n’est pas aujourd’hui qu’il a choisi de faire la paix avec sa conscience »

« Il n’y a eu aucun moment de vérité aujourd’hui », a dénoncé son avocat, Dominique Tricaud. « Ce n’est pas aujourd’hui qu’il a choisi de faire la paix avec sa conscience », a-t-il ajouté à propos du commandant Coles : « le fait que le Bugaled Breizh a été coulé par un sous-marin est une certitude acquise par tous les gens sérieux ».

A la fin de l’audience, l’ancien commandant a serré la main de Thierry Lemétayer, se disant « désolé » et espérant qu’il trouverait des « réponses ». Plus tôt mardi, deux autres haut gradés de la Royal Navy avaient assuré que le Turbulent était à quai le jour du naufrage.

Communications officielles à l’appui, l’un d’eux, le commandant Daniel Simmonds, un responsable des opérations sous-marines de la Marine, a répété que seuls trois sous-marins se trouvaient en mer quand le Bugaled Breizh a sombré (l’allemand U22, le néerlandais Dolfijn et le britannique Torbay), et aucun à proximité immédiate. Il a aussi jugé « impensable » qu’un sous-marin militaire allié ait pu se trouver dans la zone assignée aux exercices de l’Otan sans avoir signalé sa présence. Plusieurs secouristes présents sur les lieux du naufrage avaient pourtant évoqué la présence d'un sous-marin à proximité du lieu du drame. Les auditions se poursuivront jusqu’au 22 octobre à Londres.