Procès de l’OAS : Le chef du groupuscule d’ultradroite condamné à 9 ans de prison ferme pour des projets d’attentats

JUGEMENT Logan Nisin était poursuivi à Paris pour des projets d’attentats contre des mosquées ou des personnalités politiques

M.F avec AFP
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Le procès du groupe d'ultra droite OAS 'est déroulé mi-septembre au tribunal de Clichy, à Paris.
Le procès du groupe d'ultra droite OAS 'est déroulé mi-septembre au tribunal de Clichy, à Paris. — ACCORSINI JEANNE/SIPA

Le tribunal judiciaire de Paris a rendu son jugement dans le procès du groupuscule d’ultradroite OAS ce mardi. Il a condamné son chef Logan Nisin, à neuf ans de prison ferme avec maintien en détention. C’est un an de moins que la peine requise par le parquet la semaine dernière à l’issue du procès du jeune homme de 25 ans accusé d’avoir planifié des attaques terroristes afin d'« enclencher la "remigration" basée sur la terreur ». Leurs cibles envisagées : des personnes musulmanes, arabes, noires… Ou encore Christophe Castaner, alors porte-parole du gouvernement macroniste, et Jean-Luc Mélenchon, chef de file de la France insoumise.

Cinq autres hommes, tous d’anciens membres de l’OAS aujourd’hui âgés de 23 à 33 ans étaient également poursuivis dans cette affaire. Une peine de huit ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt a été prononcée pour Thomas Annequin, le numéro 2 du groupuscule Organisation des Armées sociales.

« Une armée de défense prête à déstabiliser les institutions »

« Loin d’un projet politique fantasmé », la « nouvelle OAS » a été conçue en « calquant la structure de l’Organisation armée secrète de 1961 », groupe politico-militaire responsable d’une répression sanglante dans les années 60 contre l’indépendance de l’Algérie, a estimé le président de la chambre en lisant son jugement. Dans ce dossier, « tout atteste de l’imminence du passage à l’acte », « l’OAS a été créée comme une armée de défense prête le cas échéant à déstabiliser les institutions », « à fracturer le corps social », a poursuivi le magistrat, en rappelant ses « appels à la rébellion », ses « incitations à tuer » ou ses projets de racket d’entreprises pour financer des armes.

Tout au long des deux semaines du procès, les membres du groupe ont assuré qu’ils ne seraient jamais passés à l’acte, en renvoyant la responsabilité à son fondateur Logan Nisin. « Leur responsabilité personnelle ne saurait être diluée dans une stratégie globale désincarnée : ils ont tous, et collectivement, incarné l’OAS », a jugé le tribunal, les reconnaissant tous coupables.

Un « jugement sévère »

La décision du tribunal correctionnel de Paris était très attendue : le dossier OAS est le premier à être jugé sur les sept enquêtes ouvertes par le parquet antiterroriste depuis 2017 concernant des projets d’attentats d’ultradroite. Dans son réquisitoire, la procureure avait exhorté le tribunal à mesurer la « portée significative » de son jugement, qu’elle voulait exemplaire pour contrer la « montée en puissance exceptionnelle de la menace portée par la mouvance d’ultradroite ».

Depuis 2017, 48 personnes ont été mises en examen par le parquet antiterroriste dans des projets d’attentats imputés à l’ultradroite. Un terrorisme que la procureure avait comparé au terrorisme islamiste, décrivant « deux faces d’une même pièce fanatique ».

Me Gabriel Dumenil, qui défend Romain Pugin condamné mardi à cinq ans de prison, a décrit un « jugement sévère ». « La qualification juridique, notamment de terrorisme, n’apparaît pas du tout aussi claire. Il s’agit d’un jugement qui a été rendu pour marquer une position jurisprudentielle s’agissant de procès à venir », a-t-il estimé. Les condamnés et le parquet ont dix jours pour faire appel.