Viol : Condamné pour meurtre puis innocenté, Marc Machin à nouveau devant les assises

PROCES Innocenté après avoir passé six ans en prison pour un meurtre qu’il n’a pas commis, Marc Machin est jugé à partir de lundi pour un viol précédé d’un cambriolage. Il a reconnu les faits pendant la procédure

Caroline Politi
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Marc Machin après son acquittement, en 2012, à l'issue d'un procès en révision. Il est jugé à partir de ce lundi pour viol
Marc Machin après son acquittement, en 2012, à l'issue d'un procès en révision. Il est jugé à partir de ce lundi pour viol — PIERRE VERDY / AFP
  • En 2012, Marc Machin a été officiellement reconnu victime d’une erreur judiciaire qui l’a conduit en prison pendant plus de six ans pour un meurtre qu’il n’a jamais commis.
  • Il est jugé à partir de lundi pour un viol commis dans le 11e arrondissement de Paris.
  • Il encourt 20 ans de réclusion criminelle

Comme une impossible réhabilitation, une plongée vers les enfers dans laquelle il entraîne ceux qui croisent, de près ou de loin, son chemin. Neuf ans après avoir été officiellement reconnu victime d’une erreur judiciaire, qui l’a conduit à passer six ans et demi derrière les barreaux pour un meurtre qu’il n’a pas commis, Marc Machin est de retour ce lundi devant la cour d’assises de Paris, jugé pour un viol précédé d’un cambriolage, survenu en avril 2018 dans le 11e arrondissement. Et cette fois, le spectre d’une méprise est mince.

Interpellé près d’un mois après les faits, l’homme, aujourd’hui âgé de 39 ans, a avoué lors de sa garde à vue, être l’auteur du crime, livrant une version similaire à celle de la victime. Ce soir-là, explique-t-il, il errait dans la rue Saint-Maur, à la recherche d’un endroit où dormir, lui qui a pourtant une chambre dans un hôtel social de la rue. Vers 4 heures du matin, il repère un jeune couple – en réalité, des collègues de travail – qui s’engouffre dans un immeuble. Il les suit, s’endort dans la cage d’escalier avant d’être réveillé, au petit matin, par une porte qui claque. D’où il est, il aperçoit le jeune homme dissimuler ses clés sous le paillasson puis l’entend s’adresser à son amie : « Je mets le trousseau de clés pour que mon pote puisse entrer. » Quelques instants plus tard, il dérobe les clés dans l’intention de commettre un cambriolage puis se rend chez lui pour récupérer une cagoule et des gants.

De l’ADN sur les vêtements de la victime

Lors de ses auditions, il a affirmé être persuadé que la jeune femme, alors âgée de 22 ans, s’était éclipsée pendant ce laps de temps. Pourtant, lorsqu’il pénètre dans l’appartement, il l’aperçoit endormie. Il ne rebrousse pas chemin pour autant, fouille sur la pointe des pieds la pièce principale. Tout juste éveillée, cette employée d’un grand magasin de streetwear se rend dans la salle de bain. C’est là, qu’elle tombe nez à nez avec Marc Machin le visage dissimulé sous une cagoule, un couteau à la main. Il lui impose une fellation puis l’oblige à prendre une douche et se laver les dents. Les enquêteurs en sont persuadés, il cherchait à faire disparaître ses traces. Avant de partir, il s’empare de la carte bleue de sa victime.

En 2001, déjà, lors de son interpellation après le meurtre de Marie-Agnès Bedot, sur le pont de Neuilly, Marc Machin avait reconnu, lors de sa garde à vue, le crime avant de se rétracter. Lors de son procès en révision, en 2012, il avait expliqué que ses aveux avaient été obtenus sous la pression des policiers mais également de son père. Cette fois, cependant, outre les détails qu’il a livrés, son ADN a été isolé sur les vêtements de la victime, un de ses tatouages était également visible sur les images de vidéosurveillance du distributeur automatique dans lequel il s’est rendu avec la carte bancaire de la jeune femme.

« Son parcours est synonyme de l’échec des institutions »

Au cours de l’instruction, Marc Machin a évoqué une « pulsion » sous l’emprise de l’alcool et de la cocaïne, martelant être entré dans l’appartement pour un « simple » cambriolage. Quid des 663.000 euros d’indemnisation perçus après son procès en révision ? Dilapidé en voyages, stupéfiants, prostituées ou hôtels en quelques mois. « Son parcours est synonyme de l’échec des institutions, depuis son placement en famille d’accueil où il a été violé par un autre ado jusqu’à sa sortie de prison », estime l’une de ses avocates, Me Elise Arfi, qui le défend au côté d’Adrien Gabaud. Et celle qui espère que le procès permettra de comprendre les racines du passage à l’acte d’insister : « Comment penser qu’une personne démunie, détruite par une incarcération injuste, à qui on donne beaucoup d’argent et qu’on envoie sur les plateaux de télé va s’en sortir ? »

Depuis sa libération en 2009 – après qu’un SDF a avoué être le véritable auteur du meurtre du pont de Neuilly –, Marc Machin n’est jamais resté bien longtemps loin du système judiciaire et carcéral. Six mois après avoir été remis en liberté, il agresse sexuellement trois jeunes femmes, dont deux mineures, puis suivent des condamnations pour violences, recel, outrage ou port d’arme blanche… La dernière en date : deux mois avec sursis pour des violences conjugales. Cette fois, il encourt 20 ans de réclusion criminelle.