Bugaled Breizh : Des secouristes évoquent la présence d’un sous-marin près du lieu du naufrage

MYSTERE La justice britannique se penche pendant trois semaines sur le naufrage du chalutier breton qui avait coûté la vie à cinq marins pêcheurs en 2004

J.G. avec AFP
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L'épave du Bugaled Breizh remorquée jusqu'au port de Brest le 13 juillet 2004.
L'épave du Bugaled Breizh remorquée jusqu'au port de Brest le 13 juillet 2004. — Fred Tanneau/AFP
  • La justice britannique examine jusqu’au 22 octobre le naufrage du Bugaled Breizh qui a coûté la vie à cinq marins pêcheurs le 15 janvier 2004 au large de l’Angleterre.
  • Les familles des victimes sont persuadées que c’est un sous-marin qui a causé le drame.
  • Cette thèse a été corroborée jeudi par le témoignage de secouristes britanniques

Pourquoi le Bugaled Breizh a-t-il sombré le 15 janvier 2004 au large de l’Angleterre, emportant avec lui cinq marins pêcheurs ? C’est ce mystère que tente de percer depuis lundi la Hante Cour de Londres qui examine pendant trois semaines le naufrage du chalutier breton. Pour les familles des victimes, il ne fait aucun doute que c’est un sous-marin qui est à l’origine du drame.

Cette thèse a été corroborée jeudi par des secouristes de la Royal Navy qui ont raconté avoir aperçu un sous-marin néerlandais près du lieu du naufrage. « Il y avait un sous-marin en surface », a expliqué l’ancien capitaine Peter McLelland, qui pilotait un hélicoptère de sauvetage envoyé sur la zone. « C’était inhabituel de voir un sous-marin » durant une opération de sauvetage, a-t-il poursuivi, expliquant avoir appris par la suite qu’il s’agissait d’un submersible de classe Walrus, en service dans la Marine néerlandaise.

La présence du sous-marin pas signalée par un supérieur

Après la mission de sauvetage, alors qu’il voulait signaler aux garde-côtes la présence de ce sous-marin « sans insinuer qu'(il) avait causé l’accident », son commandant David Cunningham a estimé que ce n’était pas nécessaire. Ce que j’ai trouvé « un peu bizarre », s’est-il souvenu. Mais « je n’étais pas trop inquiet. Je pensais seulement que c’était une erreur de jugement ». Quand Peter McLelland lui en a reparlé quelques jours plus tard, son supérieur lui a assuré qu’il le mentionnerait aux garde-côtes. L’a-t-il fait ? « Je ne sais pas », a-t-il ajouté.

Selon le plongeur présent dans l’hélicoptère, Daren Hall, qui a aidé à repêcher les corps de deux des cinq marins décédés, le sous-marin était présent « en surface durant les quatre heures qu’a duré notre mission de sauvetage ». Il n’était pas « à l’aise » avec la décision de son supérieur de ne pas le signaler, a-t-il précisé, tout en ajoutant n’avoir jamais reçu pour instruction de ne pas en faire part.

Au moment du naufrage au large du Cap Lizard, le Bugaled Breizh se trouvait dans une zone où se déroulaient des exercices militaires de l’Otan et de la Royal Navy. Selon le juge Nigel Lickley, trois sous-marins y opéraient au moment du naufrage : le sous-marin néerlandais Dolfijn, remonté en surface et le plus proche lors du premier appel de détresse à 12h25, l’allemand U22, également en surface, et un britannique.

Seulement « 10 à 20 % » des enregistrements subsistent

A l’audience, l’enregistrement d’un sous-marin néerlandais proposant de prêter assistance aux garde-côtes a été diffusé, et un responsable de la marine néerlandaise devrait témoigner lundi par visioconférence. Mais seuls subsistent « 10 à 20 % » des enregistrements audio reçus par les garde-côtes britanniques de Falmouth le jour du naufrage, a expliqué jeudi James Instance, le responsable du centre de coordination et de sauvetage des gardes-côtes dans cette ville des Cornouailles.

Il n’a pu dire si cette proportion concernait la totalité des communications relatives au naufrage ou celles qui avaient été conservées par la suite pour les besoins de l’enquête. Certaines d’entre elles avaient toutefois été retranscrites. James Instance a évoqué notamment des problèmes techniques d’accès à ces documents sonores, les CDRom sur lesquels ils ont été conservés étant illisibles.

Quant à savoir si certains de ces enregistrements avaient été écartés pour des raisons de sécurité nationale, il a répondu : « non, rien du tout ». Côté français, le Cross (du cap Gris-Nez avait subi une panne d’enregistrement des communications pendant plusieurs heures, immédiatement après le naufrage.