Naufrage du Bugaled Breizh : Pourquoi les familles des victimes penchent pour la thèse du sous-marin

NAUFRAGE La justice anglaise examinera jusqu’au 22 octobre les conditions du naufrage du chalutier breton, qui avait coûté la mort à cinq marins pêcheurs 

Camille Allain
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L'épave du Bugaled Breizh remorquée jusqu'au port de Brest le 13 juillet 2004.
L'épave du Bugaled Breizh remorquée jusqu'au port de Brest le 13 juillet 2004. — FRED TANNEAU FILES
  • Du 4 au 22 octobre, la justice britannique examine le naufrage du Bugaled Breizh, un chalutier breton qui a coulé en trente-sept secondes le 15 janvier 2004 au large de l’Angleterre.
  • Les familles des cinq marins morts dans le naufrage espèrent obtenir la vérité sur cet accident et croient fermement à la thèse d’un sous-marin.
  • Plusieurs appareils étaient présents dans le secteur mais les autorités se rangent derrière le secret-défense pour garder des zones d’ombre.

Ils s’appelaient Yves Gloaguen, Georges Lemétayer, Pascal Le Floch, Patrick Gloaguen et Eric Guillamet. Depuis le naufrage de leur navire le 15 janvier 2004, les cinq hommes sont au cœur d’un vaste mystère. Qu’est-il arrivé au Bugaled Breizh (Enfants de Bretagne en français), ce chalutier de Loctudy (Finistère) qui les a emportés au fond de l’eau en quelques secondes ? Comment ce robuste navire de pêche qui fonctionnait parfaitement a pu sombrer si rapidement au large du cap Lizard, au sud-ouest de l’Angleterre ?

Toutes ces questions seront au cœur de l’enquête publique ouverte ce lundi par la Haute cour britannique et qui sera réunie jusqu’au 22 octobre pour tenter de faire éclater la vérité. Près de dix-huit ans après le drame, les familles des victimes n’ont pas pu totalement faire le deuil des marins disparus, faute d’éléments probants expliquant le naufrage. Elles sont même persuadées qu’on ne leur dit pas tout et que c’est bien un sous-marin qui a entraîné le Bugaled Breizh au fond de l’eau. Une thèse loin d’être farfelue.

Trente-sept secondes. C’est le temps anormalement court qu’il a fallu au chalutier pour sombrer. Trente-sept secondes qui ont tué cinq hommes. Et broyé autant de familles. « Jamais l’espoir des familles, qui n’ont jamais baissé les bras, n’a été aussi grand », confiait Dominique Tricaud, avocat des enfants de Georges Lemétayer, avant l’audience. Le crochetage du filet du Bugaled Breizh par un sous-marin expliquerait pourquoi les marins n’ont pas eu le temps de mettre un gilet de sauvetage ou de jeter un radeau à l’eau. Et pourquoi l’une des funes (câble du train de pêche) a été étirée de 140 mètres de plus que l’autre.

Pendant ces trois semaines, une quarantaine de témoignages sont attendus. Parmi ces témoins, certains savent-ils des choses qu’ils n’ont jamais osé dire ? En 2016, un militaire français qui manœuvrait à bord du sous-marin français Le Rubis avait semé le doute. « Nous devions effectuer des manœuvres avec l’un des sous-marins anglais. Au moment du petit-déjeuner, un message est arrivé à bord, nous informant que l’exercice était annulé à la suite d’une avarie de notre partenaire du jour. Ce dernier avait déjà pris le cap de son port d’attache afin de procéder aux réparations. Le Rubis n’est pas impliqué, mais j’ai de gros doutes sur notre ami anglais », avait-il déclaré.

Des photos pour lever les doutes ?

Le sous-marin en question s’appelle le Turbulent et devait effectuer des manœuvres dans la zone. Questionné à maintes reprises, son commandant Andrew Coles a toujours juré que son bâtiment était à quai le jour du drame. Une version contestée par plusieurs témoins, qui ont affirmé que l’engin nucléaire d’attaque n’était pas présent ce jour-là. Et qu’il serait même revenu légèrement abîmé. Son témoignage attendu le 12 octobre sera scruté de près. Les parties civiles espèrent que la production des images satellites du port de Devonport réalisées le 15 janvier 2004 pourra infirmer la thèse du commandant. A moins qu’elles ne mettent hors de cause le sous-marin de la Royal Navy pour de bon.

Dans cette affaire, les avocats des familles françaises se heurtent bien souvent à la problématique du secret-défense. Le sous-marin anglais HMS Turbulent a par exemple produit les enregistrements des messages reçus à bord le 16 janvier 2004. Mais pas ceux de la veille, jour du naufrage ! Son argument ? Secret-défense. Un silence qui renforce légitimement la théorie du complot aux yeux des familles. En France, la procédure judiciaire avait débouché sur un non-lieu frustrant pour les familles.

Un autre témoignage sera écouté avec attention. Le 7 octobre, un pilote d’hélicoptère sera entendu. Lors d’une précédente audience, Peter Culdrose avait expliqué qu’il ne fallait « pas mentionner la présence d’un sous-marin » dans la zone du naufrage  comme le rappelle Le Télégramme. Un aveu clair d’une vérité qu’il vaudrait mieux étouffer ? Ce sera à la justice anglaise de trancher.