Procès Benalla : « J’ai toujours voulu bien faire… » L’ex-chargé de mission de l’Elysée reconnaît une « erreur de jugement »

AUDIENCE Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 5 novembre à l'issue du procès d'Alexandre Benalla, jugé pendant trois semaines à Paris, entre autres pour ses agissements lors de la manifestation du 1er mai 2018

Thibaut Chevillard
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Alexandre Benalla et son avocate, Me Jacqueline Laffont
Alexandre Benalla et son avocate, Me Jacqueline Laffont — THOMAS COEX / AFP
  • Alexandre Benalla, 30 ans, est jugé depuis trois semaines pour avoir violenté et interpellé des manifestants, le 1er mai 2018, alors qu’il suivait la police en tant qu’observateur.
  • Il est aussi accusé d’avoir détenu illégalement une arme à feu qu’il a exhibée sur une photo révélée dans la presse, et pour avoir continué à voyager avec des passeports diplomatiques plusieurs mois après son licenciement. 
  • Le parquet a requis jeudi 18 mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende à l’encontre de l’ancien chargé de mission de l’Elysée. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 5 novembre

Au tribunal judiciaire de Paris,

Il aura fallu attendre le dernier jour du procès pour qu' Alexandre Benalla fasse cet « aveu » à la présidente. Visiblement ému, l’ex-chargé de mission de l’Elysée confie n’avoir jamais perdu le téléphone portable que lui demandaient les enquêteurs, comme il le jurait encore il y a quelques jours à la barre. Invité à prendre la parole une dernière fois, l’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron, qui est jugé entre autres pour ses agissements lors de la manifestation du 1er mai 2018, a plaidé, vendredi, « l’erreur de jugement ».

« J’ai toujours voulu bien faire, j’ai eu une volonté de rendre service, d’être au service », assure-t-il, tout en reconnaissant qu’il aurait dû « rester à sa place ». Il espère que les parties civiles « pourront rebondir assez rapidement », et s’excuse auprès de la « trentaine de personnes qui se sont échouées dans le naufrage Benalla ».

Jeudi, le ministère public avait requis à son encontre 18 mois de prison avec sursis, dix ans d’interdiction de port d’arme, cinq ans d’interdiction d’exercer une fonction publique et 500 euros d’amende. Son avocate, Me Jacqueline Laffont a plaidé aujourd’hui, durant près de quatre heures, la relaxe pour toutes les poursuites, à l’exception de l’utilisation, reconnue, des passeports diplomatiques par le prévenu après son limogeage de l’Elysée. « On a essayé de construire un personnage, de le faire passer pour ce qu’il n’est pas, assure-t-elle. Je ne dis pas qu’il est parfait, qu’il n’avait pas une forme de jeunesse, de fougue. Il était formidable pour tout un tas de choses, beaucoup de gens l’ont dit. »

« Il a cru bien faire »

« On a essayé d’additionner des petits cailloux pour en faire un gros », soutient la pénaliste. A la présidente, Isabelle Prévost-Desprez et aux deux assesseurs, elle demande de ne pas « juger un symbole », et de s’en tenir aux « faits ». « La réalité, c’est qu'il n'y a aucune violence volontaire de la part d’Alexandre Benalla » le 1er mai 2018, aussi bien dans le Jardin des plantes que place de la Contrescarpe.

« Il a cru bien faire » en essayant d’aider les forces de l’ordre débordées «  pour deux interpellations », comme l’article 73 du code de procédure pénale l’autorise selon elle. Sa présence en tant qu’observateur n’avait rien de secret. A la préfecture de police de Paris, tout le monde « était informé de sa présence ».

Concernant l’affaire du selfie, Me Jacqueline Laffont rappelle « la position » de son client : sur cette photo, c'est une arme factice pointée sur la tête d’une serveuse qui travaille dans un restaurant de Poitiers où l’équipe du candidat Macron avait passé la soirée. Certes, Alexandre Benalla détenait, à l’époque, des Glock « de façon tout à fait régulière depuis longtemps ». Mais les personnes présentes ce soir-là n’ont « jamais vu Alexandre Benalla avec une arme ».

D’ailleurs, souligne l’avocate, il n’aurait pas pu la transporter car il prenait l’avion ou le train pour se déplacer durant la campagne du candidat de LREM. D’où sort-elle alors, cette arme ? Le mystère demeure. Enfin, Me Laffont a tenté de convaincre les magistrats qu’Alexandre Benalla n’avait pas rédigé de faux document pour obtenir un passeport de service.

« Une parenthèse » dans un « parcours de 45 ans exemplaire »

Un peu plus tôt dans l’après-midi, l’avocat de Vincent Crase, Me Christian Saint-Palais, a plaidé pour son client la relaxe sur l’ensemble des faits, sauf pour avoir porté une arme le 1er mai 2018. « Cette faute pénale n’est qu’une parenthèse de quelques minutes » dans un « parcours de 45 ans exemplaire et de qualité », observe le pénaliste qui décrit un homme « rigoureux », « en qui on peut avoir confiance ». Et qui n'a jamais violenté de manifestant, donc. 

Les conseils des deux derniers prévenus, ont eux aussi plaidé la relaxe. Maxence Creusat, 34 ans, est un « jeune commissaire pris malgré lui dans le tourbillon de ce qu’on a appelé l’affaire Benalla », explique Me Pauline Ragot. Dès le lendemain, il a d’ailleurs signalé sa « connerie », rappelle l’avocate qui affirme que son client a obéi à un « ordre ». Il pensait qu’Alexandre Benalla était une « personne habilitée » à consulter les images issues des caméras de surveillance, ajoute Me Thibault de Montbrial, son deuxième conseil.

Me Maisonneuve, l’avocat de Laurent Simonin, a lui affirmé que le policier « n’avait pas connaissance » de l’origine des images que contenait le CD-ROM remis à Alexandre Benalla le 18 juillet 2018. « Il n’existe aucun document, mail, SMS ou témoignage » qui le prouve. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 5 novembre.