Pas-de-Calais : Le meurtre d’un mari violent, tué dans des conditions floues, jugé aux assises

VIOLENCES CONJUGALES Le procès d’une femme accusée d’avoir tué son mari violent doit se tenir aux assises du Pas-de-Calais, dans un climat d’incertitudes concernant les faits

20 Minutes avec AFP
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Le tribunal de Saint-Omer.
Le tribunal de Saint-Omer. — G. Durand / 20 Minutes

Elle assure l’avoir étranglé pour se défendre, après 26 ans de violences conjugales. Une quinquagénaire comparaît, mercredi, devant les assises du Pas-de-Calais, à Saint-Omer, pour le meurtre de son mari, dans des circonstances troubles. L’enquête n’a pas permis de déterminer clairement les causes du décès.

Le 3 avril 2015, le corps de Reynald S., 49 ans, est découvert allongé sur son lit, dans l’appartement qu’il partage avec son épouse. Mort depuis une quinzaine de jours, il se trouve en état de putréfaction.

Etranglé avec la rallonge du fer à repasser ?

Sa femme Laurence S., 47 ans au moment des faits, est restée cloîtrée au domicile depuis le drame. Elle explique rapidement aux enquêteurs qu’au cours d’une violente dispute, elle a étranglé son mari avec la rallonge du fer à repasser, alors qu’il venait d’essayer de l’étouffer avec un oreiller. Il ne s’est pas défendu, assure-t-elle, lui prêtant au fil des interrogatoires des intentions suicidaires.

Coups, insultes, menaces, selon ses déclarations, étayées par les témoignages de l’entourage du couple, Laurence S. était victime de violences physiques et psychologiques depuis 26 ans. Son époux, atteint de troubles bipolaires et qui l’accusait d’une relation extraconjugale, était devenu de plus en plus agressif au fil des années, alors que s’accentuaient leurs difficultés financières.

Autoritaire et dépressif

Caissière dans une grande surface, Laurence S. assure avoir été contrainte par son époux de voler dans la caisse. « Quand l’employeur s’en est aperçu, il était tellement au courant de ce qu’elle subissait qu’il lui a demandé de démissionner, mais n’a pas déposé plainte pour les détournements d’argent, qui représentaient près de 20.000 euros au total », commente l’avocate de l’accusée, Me Emmanuelle Mauro.

Des proches et voisins, interrogés au cours de l’enquête, ont décrit la victime comme un homme colérique, autoritaire et dépressif. Il était suivi depuis une quinzaine d’années par un psychiatre à la suite de deux tentatives de suicide. Ni la fille de Reynald S. ni aucun de ses proches ne se sont porté partie civile. En mai, lors d’une première journée de procès, finalement reporté à la suite du malaise d’un membre de la cour, aucun proche de la victime n’était présent.

« Faux souvenirs ? »

Derrière la question de la légitime défense, une autre va se poser concernant les causes du décès. Car selon le rapport d’autopsie, les constatations scientifiques ne sont « pas compatibles » avec une strangulation à l’aide d’un câble ou d’un lien.

« L’une des pistes que je soumets à la cour, c’est "Est-ce que Madame ne se serait pas convaincue d’avoir tué son mari ?" […] On peut légitimement se demander quel était son état de santé mentale, et si finalement elle ne peut pas s’être convaincue d’avoir donné la mort », créant ensuite « de faux souvenirs », avance Me Mauro.

Lors du procès avorté en mai, « j’ai posé la question à l’expert psychiatre, de savoir si des faux souvenirs, ça existait dans la littérature scientifique », poursuit-elle. « Il a répondu que c’était une notion connue. Et sans être totalement explicite, […] il a dit, : "Pourquoi pas". »