Lille : La justice va-t-elle annuler le projet du quartier Saint-Sauveur ?

URBANISATION Le tribunal administratif doit se prononcer sur la validité d’un projet de nouveau quartier à Lille

Gilles Durand
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Une partie de la friche Saint-Sauveur, en août 2018.
Une partie de la friche Saint-Sauveur, en août 2018. — G. Durand / 20 Minutes
  • Ce jeudi se tenait, au tribunal administratif (TA) de Lille, une audience concernant le projet d’urbanisation de la friche Saint-Sauveur, à Lille.
  • En 2014, la ville avait annoncé vouloir faire de cette ancienne gare SNCF de marchandises un nouveau quartier.
  • Le rapporteur public a demandé l’annulation des délibérations sur « l’intérêt général » du projet.

C’est un dossier qui date, et qui traîne. Ce jeudi se tenait, au tribunal administratif (TA) de Lille, une audience concernant le projet d’urbanisation de la friche Saint-Sauveur, à Lille. En 2014, la ville avait annoncé vouloir faire de cette ancienne gare SNCF de marchandises un nouveau quartier.

Sauf que le rapporteur public a demandé l’annulation des délibérations sur « l’intérêt général » du projet. Si son avis est suivi par le juge, l’aménagement de la friche risque donc d’être stoppé. La décision doit être prise le 14 octobre.

Eco-quartier contre zone verte

Voilà sept ans que les opposants à ce projet d’aménagement font entendre leur voix, considérant que cette friche industrielle de 23 ha (environ 46 terrains de foot) doit rester un coin de nature en pleine ville. Deux associations, ASPI et Parc, mènent ainsi le combat sur le terrain judiciaire. Eco-quartier contre zone verte, les deux projets de société s’affrontent et la justice va devoir trancher.

Pour comprendre les enjeux, il faut rembobiner. En 2018, la ville et la métropole de Lille – qui portent conjointement ce projet depuis la décision d’y installer une piscine olympique – organisent une enquête publique. Il s’agit d’informer la population du projet qui prévoit entre 2.000 et 2.400 logements, des commerces, un gymnase, un parc de 3,4 ha et un complexe nautique.

Or, quelques mois plus tard, à la suite d’un premier recours des associations, le tribunal administratif suspend le projet, en référé. A l’époque, la justice reproche à la ville une enquête publique un peu bâclée, et surtout de n’avoir mené aucune étude à propos de l’incidence sur la qualité de l’air.

« L’irrégularité de la procédure »

Qu’importe, une seconde enquête publique complémentaire est lancée en 2019. Nouveau recours des assos qui estiment toujours que le projet aggraverait notamment la pollution de l’air dans le quartier. Cette fois, il est reproché à la métropole de Lille d’avoir voulu gagner du temps avec cette enquête complémentaire. Pire, le rapporteur public dénonce « l’irrégularité de la procédure » et « des études d’impact sur l’environnement incomplètes ». Il estime que « ces insuffisances ont nui à l’information complète de la population ».

Par exemple, la fosse de plongée de 40 m du bassin olympique n’est jamais mentionnée, alors que l’équipement risque d’avoir une incidence sur la nappe phréatique.

L’intérêt général au cœur du débat

« Il y a eu une volonté de tenir l’information loin du public, soutient Me Muriel Ruef, avocate des deux associations. On ne peut pas apprécier l’intérêt général d’un projet s’il manque des éléments. » Pour l’avocat de la MEL, Thibault Soleilhac, « l’intérêt général du projet reste au cœur du débat ». « Le rapporteur public s’est prononcé sur l’irrégularité de la procédure, mais pas sur la teneur de l’intérêt général », note-t-il.

Toujours est-il que cet avis du rapporteur public favorable aux assos est accueilli avec satisfaction par ces dernières. « Nous attendons sereinement la décision du juge », estiment-elles, dans un communiqué.