Affaire Benalla : « Je ne regrette absolument pas ce que j’ai fait », clame l’ex-chargé de mission de l’Elysée

PROCES Alexandre Benalla s’est félicité, mercredi, d’avoir interpellé un manifestant qui était soupçonné d’avoir lancé des pierres sur les forces de l’ordre le 1er mai 2018

Thibaut Chevillard
— 
Les prévenus sont jugés à Paris jusqu’au 1er octobre
Les prévenus sont jugés à Paris jusqu’au 1er octobre — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Alexandre Benalla, 30 ans, est jugé depuis lundi pour avoir violenté et interpellé des manifestants, le 1er mai 2018, alors qu’il suivait la police en tant qu’observateur.
  • Il est aussi accusé d’avoir détenu illégalement une arme à feu qu’il a exhibée sur une photo révélée dans la presse, et pour avoir continué à voyager avec des passeports diplomatiques plusieurs mois après son licenciement. Il encourt jusqu’à sept ans de prison et 100.000 euros d’amende.
  • Ce mercredi, Alexandre Benalla s’est félicité d’avoir appréhendé, dans le jardin des plantes, un manifestant qui était soupçonné d’avoir lancé des pierres sur les forces de l’ordre.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Les trois hommes ne s’étaient pas revus depuis le 1er mai 2018. Ce jour-là, Alexandre Benalla et Vincent Crase suivaient les policiers qui étaient mobilisés en nombre pour prévenir les agissements des blacks blocs dont la présence avait été annoncée par les services de renseignement. Venus en tant qu’observateurs, les deux hommes se sont illustrés dans l’après-midi lorsqu’ils ont participé à l’interpellation violente de Khélifa M., un jeune homme soupçonné d’avoir lancé des pierres sur les forces de l’ordre. « Je ne regrette absolument pas ce que j’ai fait ce jour-là, pour moi c’est une fierté d’avoir contribué à l’arrestation d’un agresseur de policier », explique à la barre l'ex-chargé de mission de l'Elysée.

L’un des magistrats qui l’interroge ce mercredi, le juge Edmond Brunaud, se demande si le duo n’a pas effectué le travail de policiers en agissant ainsi. « Je n’ai procédé à aucun travail de police, je ne l’ai pas palpé, je n’ai pas pris son identité », insiste Benalla. Pourtant, plusieurs éléments du dossier laissent supposer le contraire.

L’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron assure notamment qu’il ne portait pas de brassard police au bras lorsqu’il est rentré dans le Jardin des plantes. Mais sur les vidéos filmées par des témoins et relayées plus tard dans la presse, on aperçoit bien une tache orange sur son bras. Son équipement comprenait aussi une radio branchée sur les ondes de la police, et un casque qu’il a retiré à la demande des policiers qui voulaient être « discrets » pour procéder aux interpellations de casseurs.

« Embarquez-le »

Crase et Benalla devaient rester près du major de la préfecture de police qu’ils accompagnaient. Mais lorsque la situation s’est tendue, ils lui ont faussé compagnie et sont partis en direction du jardin des plantes. « Face à la place Valhubert, des gens lançaient des projectiles sur les CRS. Dans mon souvenir, Khélifa M. met un coup de pied à l’un d’eux qui tombe » et prend la fuite, raconte Benalla. « Personne ne s’est présenté comme victime », souligne pourtant l’avocate de Khélifa M..

Le jeune homme, dont les cheveux et la barbe ont poussé depuis les faits, a une toute autre version. Il est rentré dans le Jardin des plantes pour se mettre à l’abri, après un mouvement de foule. Deux hommes sont venus vers lui. L’un d’eux, Vincent Crase, lui a mis un coup de matraque dans le tibia. Il s’est enfui dans un nuage de gaz lacrymogène.

Khélifa M. se retrouve au sol, les yeux qui brûlent sous l’effet du gaz. Après avoir été relevé, un homme lui tord le bras droit tandis qu’un autre agrippe son bras gauche. Un policier est venu pour lui proposer de nettoyer ses yeux avec du sérum. Mais les deux hommes qui le tiennent refusent. L’un d’eux lance alors à un agent : « embarquez-le. » Dans son esprit, il ne pouvait s’agir que de policiers. Ce n’est que bien plus tard, en découvrant les photos et vidéos dans la presse, qu’il a compris qu’il s’agissait d’Alexandre Benalla et Vincent Crase, et a porté plainte.

« Je trouve que ce que j’ai fait était légitime »

Le tribunal projette une photo du jeune homme, fermement tenu par les deux prévenus, qui semble crier. « En voyant la photo, on se dit qu’il a mal le mec », estime le juge Edmond Brunaud. « Je n’ai jamais porté de coup de matraque » à Khélifa M., jure Crase qui reconnaît néanmoins qu’il en tenait une dans la main. Réserviste dans la gendarmerie, il assure qu’elle lui a été remise par Alexandre Benalla, ce que ce dernier dément.

Crase aussi ne comprend pas ce qu’on lui reproche. « Je ne pense pas avoir été complètement en dehors de la loi », clame-t-il, évoquant « un acte réflexe de citoyen ». Son coprévenu insiste : « En général, je trouve que ce que j’ai fait était légitime. » Alexandre Benalla d’ajouter : « Moi je suis malheureux et désolé quand je vois des gens se faire agresser dans le métro […] et personne pour intervenir et leur prêter main-forte. L’article 73 dit que n’importe quel citoyen peut appréhender l’auteur d’un crime ou d’un délit flagrant. »

Le juge demande à Maxence Creusat son avis sur les faits du Jardin des plantes. « Dans les deux vidéos qu’on a vues avant, ils semblent participer à l’action de police », estime le commissaire de la DOPC, lui aussi prévenu. « Ils ne sont pas policiers, ils n’ont pas à faire une action de police, ajoute-t-il. C’est un coup de canif dans le contrat social qui rejaillit sur la confiance des citoyens ». Alexandre Benalla doit durer jusqu’au 1er octobre. Il encourt jusqu’à sept ans de prison et 100.000 euros d’amende.

Suivez le procès en direct sur le compte twitter de notre journaliste @TiboChevillard