Insultes antisémites envers Miss Provence : « Pardonner sera difficile », lance April Benayoum aux internautes jugés

COMPTE-RENDU Une peine de deux mois de prison avec sursis a été requise à l’encontre des huit internautes poursuivis pour des injures antisémites visant Miss Provence

Hélène Sergent
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Des peines de deux mois de prison avec sursis ont été requises à l'encontre de 8 internautes jugés pour des injures contre Miss Provence.
Des peines de deux mois de prison avec sursis ont été requises à l'encontre de 8 internautes jugés pour des injures contre Miss Provence. — Gabrielle CEZARD/SIPA
  • Quatre hommes et quatre femmes âgés de 20 à 58 ans étaient jugés ce mercredi devant la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris.
  • Ils étaient poursuivis pour des messages postés en décembre 2020 sur Twitter à l’encontre de Miss Provence le soir de l’élection de Miss France.
  • Tous ont reconnu être les auteurs des messages incriminés, mais aucun n’a reconnu le caractère antisémite des tweets visés.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Depuis plusieurs mois, les mêmes dialogues tendent à se répéter devant la 17e chambre du tribunal judiciaire. D’un côté, il y a ces prévenus – jeunes pour l’immense majorité – penauds et « honteux ». Et de l’autre côté, une cour, des magistrats et des avocats qui s’interrogent face à la violence de leurs propos tweetés depuis des comptes qui, bien souvent, ne portent pas leur véritable identité. Ce mercredi, la scène s’est une nouvelle fois jouée devant cette chambre.

Huit internautes – quatre hommes et quatre femmes – étaient jugés pour « injure aggravée » après avoir posté des tweets visant April Benayoum le soir du concours Miss France. Un caractère raciste qu’aucun des prévenus n’a reconnu à la barre. Le 19 décembre dernier, la jeune femme qui porte les couleurs de la Provence évoque à l’antenne sa passion pour la géographie. Un intérêt qu’elle justifie par ses origines cosmopolites : citoyenne française, de mère serbo-croate et de père italo-israélien. L’évocation de cet état du Moyen-Orient déclenchera sur Twitter une vague de messages haineux et antisémites.

Le conflit israélo-palestinien en toile de fond

Neuf mois après son tweet, Jasmine B., 23 ans assume. Certes, elle concède avoir « réagi à vif » le soir de l’émission. Mais quand elle a entendu le mot « Israël » dans le cadre du concours, elle dit avoir été « surprise ». « Le fait de promouvoir Israël, qui est un pays qui ne respecte pas les droits de l’Homme […] ça allait à l’inverse de mes convictions politiques », justifie cette podologue. Sur son compte, la jeune femme avait écrit : « Miss Provence, je boycotte en fait, t’es fou, Israël ??». Des origines, qui selon la prévenue, April Benayoum n’aurait « pas dû revendiquer » avant d’ajouter : « J’aurais fait la même chose pour l’Arabie saoudite ou le Qatar qui sont des pays musulmans […] je ne souhaitais pas m’en prendre à une personne. »

À la barre, elle n’est pas la seule à évoquer le conflit israélo-palestinien pour se défendre. Julien H., 33 ans, licencié d’histoire et père de deux enfants a lui fait part de son incompréhension : « J’ai vu sur Twitter des personnalités de confession juive aborder le conflit géopolitique alors qu’on est dans un concours de beauté ». Parmi ces personnalités, explique-t-il, se trouve Bernard Henri-Lévy. Julien H. tweete alors : « #AprilBenayoum le mur des lamentations en direct sur Twitter. La Licra, les grands juifs de ce monde, BHMerde et j’en passe, tous en train de pleurer pour changer ». Sa réaction qu’il juge « maladroite » n’a « visiblement pas été comprise », estime-t-il. Une autre jeune femme, née en Bosnie-Herzégovine a, elle, expliqué viser les origines serbo-croates et non israéliennes d’April Benayoum pour justifier le tweet suivant : « Miss Provence a perdu 1000 points avec ses origines maxi bitch ».

« Pardonner sera plus difficile »

Assis à quelques mètres d’April Benayoum, présente à l’audience, la plupart des prévenus ont tenu à « s’excuser » et ont dit « regretter » leurs messages. Parmi eux, Ahmet I., poursuivi pour avoir qualifié la jeune femme de « chienne », bafouille, paralysé par le stress : « J’ai honte d’être ici, on me voit comme un antisémite ou un raciste, je m’excuse de Mme Benayoum d’avoir tenu des propos comme ça ». Plus à l’aise, Rayanne M., à la tête d’une communauté de 4.000 abonnés sur Twitter, a plaidé l'« humour », le « trolling », et le « millième degré » après avoir appelé à « voter contre la juive ». « C’est totalement débile […] être assimilé à un antisémite alors que c’est tout ce que je combats, j’ai honte qu’on ait cette image de moi », analyse-t-il aujourd’hui.

Après leurs interrogatoires, la jeune femme qui a écopé de 12 jours d’incapacité totale de travail après son sacre de Première dauphine, a tenu à témoigner. « Je me suis sentie extrêmement mal […] J’accepte les excuses, par contre pardonner sera plus difficile, c’est quelque chose qui m’a beaucoup marquée et qui a gâché une aventure exceptionnelle », a-t-elle confié. Pour son avocate Fanny Attal, le préjudice lié au caractère indélébile des tweets est « impossible » à mesurer. « Les tweets sont là, ils le seront toujours et compte tenu des algorithmes, ils ne disparaîtront jamais […] April Benayoum sera associée à ces messages haineux ». Chargée de porter les réquisitions, la magistrate du parquet a toutefois tenté de « trouver la juste peine » au regard des faits et de la personnalité des prévenus, tous primo-délinquants. À l’encontre des huit prévenus, deux mois de prison avec sursis ont été demandés. La décision du tribunal sera rendue le 3 novembre à 13h30.