Procès de l’OAS : La progressive dérive xénophobe et nationaliste des accusés

PROCES Les idées racistes des membres d'un groupuscule d'ultra droite, jugés à Paris pour association de malfaiteur terroriste, ont germé alors qu'ils n'étaient que des adolescents

Thibaut Chevillard
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Tribunal Judiciaire de Paris. (Illustration)
Tribunal Judiciaire de Paris. (Illustration) — CELINE BREGAND/SIPA
  • Le procès inédit de six anciens membres du groupuscule d’ultradroite OAS, jugés pendant deux semaines pour des projets d’attaques terroristes, a débuté mardi à Paris.
  • Poursuivis pour « association de malfaiteurs terroriste », les six hommes, âgés de 23 à 33 ans, encourent jusqu’à dix ans d’emprisonnement.
  • Le tribunal les a interrogés sur leur parcours, de la découverte des idées racistes à l’adolescence au projet d’attentat déjoué en 2017.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Logan Nisin a davantage la dégaine d’un informaticien que d’un skinhead. C’est pourtant un jeune homme aux idées solidement ancrées à l’extrême droite que doit juger le tribunal correctionnel de Paris depuis ce mardi. Agé de 25 ans, il est accusé d’avoir été le chef de l’OAS, un groupuscule qui projetait, courant 2017, de commettre des attentats afin de « lutter contre l’islamisation de la France » et « provoquer la remigration par la terreur », rappelle le président du tribunal. Chemise bleu turquoise, lunettes fines, visage d’ado timoré, l’ancien chaudronnier est seul dans le box vitré. Les cinq autres prévenus jugés comme lui pour « association de malfaiteurs terroriste », âgés aujourd’hui de 23 à 29 ans, comparaissent libres.

« Mon parcours de vie personnel m’a rendu comme ça, il y a des choses qui ont pu me rendre xénophobe », raconte Nisin, mains croisées devant lui. Au premier jour du procès, il revient sur sa scolarité, le harcèlement dont il était victime de la part « d’enfants maghrébins ». « Ça laisse des traces. » A 13 ans, alors que d’autres adolescents jouent au foot ou aux jeux vidéo, il commence à s’intéresser au néonazisme grâce à un copain. « J’y suis resté six mois avant de m’éloigner car tout ne me plaisait pas », poursuit-il. Mais quelques années plus tard, il adhère aux Jeunesses nationalistes, « avec ce sentiment de trouver des gens qui ont les mêmes idées ». Condamné pour avoir dégradé un radar, il en est renvoyé.

« Velléités xénophobes »

Puisque les autres groupes ne veulent pas de lui, Nisin va en créer un. En 2014, il fonde le MPNA, le Mouvement populaire nouvelle aurore, en référence au parti politique Grec d’extrême droite, Aube dorée. « Mais le groupe a été créé avant qu’Aube dorée commette des actions violentes en Grèce », tient-il à préciser. En un an et demi d’existence, le MPNA s’est illustré une fois, lors de la marche des fiertés LGBT à Marseille. Ses membres avaient accroché une banderole sur laquelle était inscrit « MPNA contre l’exhibition », avaient scandé des slogans de la Manif pour tous, avant d’en venir aux mains avec un groupe d’antifas. « On n’avait rien contre les homos mais on n’acceptait pas que ça soit manifeste… »

A l’entendre, le MPNA n’était « pas forcément » raciste, même si plusieurs membres avaient des « velléités xénophobes ». Le groupe finit par se séparer, une partie rejoignant l’Action française, l’autre le Parti de la France. « Les gens de ces organisations pensent tous plus ou moins la même chose », souffle-t-il. Il participe à la création de deux autres groupes, dont un « écovillage communautaire a tendance survivaliste ». « On voulait prendre uniquement des gens qui avaient des valeurs nationalistes, de droite voire d’extrême droite. » Les attentats du 13-Novembre constituent un tournant. Dans sa tête germe l’idée de recréer un groupuscule, l’OAS pour « Organisation des armées sociales ».

Blog néonazi

L’acronyme rappelle délibérément celui de l’Organisation armée secrète, responsable d’une campagne sanglante contre l’indépendance de l’Algérie dans les années 1960. Logan Nisin propose alors à d’autres garçons, à la xénophobie décomplexée, de le rejoindre. L’un explique à la barre avoir assuré « la sécurité rapprochée de Jean-Marie Le Pen » et avoir été condamné pour des tags antisémites. Un autre, qui a aussi été adhérent au FN, explique avoir été séduit par l’OAS, « une alternative à la montée de l’islamisation de la France ». Un troisième reconnaît avoir animé un blog néonazi à l’âge de 14 ans. « La plupart d’entre nous étaient des militants, d’extrême droite, mais pas tous », assure celui qui est présenté comme leur chef.

A l’époque, le groupe envisage de s’en prendre à tous ceux qu’ils désignent comme les ennemis de la France : des gérants de kebab, des dealers, Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de la France Insoumise, ou Christophe Castaner, alors porte-parole du gouvernement… Sauf que les autorités surveillent attentivement Logan Nisin qui tient une page Facebook consacrée au terroriste norvégien Anders Breivik. Il l’ignore, mais le jeune homme fait l’objet d’une fiche S. En mai 2017, les gendarmes débarquent chez lui, à Vitrolles. Ils découvrent des armes, des gilets pare-balles, et une esquisse de projet terroriste. Placé en détention provisoire, Logan Nisin a continué à inciter ses partenaires, pas encore arrêtés, à détruire des preuves et à continuer l’activité de l’OAS.

Regrets

Mais aujourd’hui, les autres prévenus jurent qu’ils regrettent cette période de leur vie. « Avec le recul des années, je peux comprendre que mes propos racistes sont moralement condamnables et je regrette tout ce qui s’est passé », déclare ainsi Romain, 33 ans. « J’ai prôné beaucoup de choses, mais je ne les pensais pas toutes », complète Thomas, considéré comme le numéro 2 de l’OAS, citant des « propos homophobes » alors qu’il est « lui-même homosexuel ». « Il est évident que je ne serais jamais passé à l’acte », ajoute l’homme de 23 ans, lunettes et chemise à carreaux. Les six hommes encourent jusqu’à dix ans d’emprisonnement.