Procès des attentats du 13-Novembre : « On a visé la France », revendique Salah Abdeslam

COMPTE-RENDU Salah Abdeslam a justifié ce mercredi les attentats par l'intervention française contre le groupe Etat islamique en Syrie

Hélène Sergent
— 
Dessin de Salah Abdeslam au premier jour du procès des attentats du 13-Novembre, le 8 septembre 2021.
Dessin de Salah Abdeslam au premier jour du procès des attentats du 13-Novembre, le 8 septembre 2021. — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Le procès des attaques terroristes du 13 novembre 2015 s’est ouvert pour neuf mois, mercredi 8 septembre 2021, devant la cour d’assises spécialement composée de Paris.
  • Vingt personnes sont accusées dans ce dossier, mais quatorze seulement sont jugées en leur présence.
  • Pour la première fois, les 14 accusés présents au procès ont pu s’exprimer sur les faits qui leur sont reprochés.

À la cour d'assises spécialement composée de Paris,

Leurs voix ne devraient plus résonner dans le prétoire avant le mois de novembre. Une semaine après l’ouverture du procès des attentats du 13 novembre 2015, la cour d’assises spécialement composée a donné la parole aux 14 accusés présents à l’audience. Pour la première fois, ils ont pu livrer leur position sur les faits qui leur sont reprochés.

Un tour de parole qui s’est conclu par une longue intervention de Salah Abdeslam, dernier survivant des commandos djihadistes. Le ton posé, le Franco-Belge n’a pas hésité à reprendre à son compte des éléments de propagande de Daesh, justifiant les attentats de Paris et Saint-Denis par l’intervention militaire engagée par la coalition internationale en Irak et en Syrie. Une sortie particulièrement « violente » pour les parties civiles.

Une propagande assumée

« On s’est toujours demandé ce qu’il avait dans la tête, maintenant on le sait », lâche, amer, David Fritz, rescapé du Bataclan. Dernier accusé à prendre la parole, Salah Abdeslam a revendiqué sans détour les attentats qui ont visé la France le soir du 13-Novembre. « Par quoi commencer ? », a-t-il lancé en guise d’introduction. En référence aux mots employés la veille par la juge d’instruction belge chargée du dossier à Bruxelles pour qualifier ses comparses – des « terroristes djihadistes » – Salah Abdeslam rétorque : « Ces terroristes, ces radicaux, ce sont des musulmans. » Mettant sur le même plan « djihadisme » et « islam authentique », il a longuement justifié les attentats dans lequel son frère a péri à l’automne 2015.

« On a visé la population, des civils, mais on n’a rien de personnel à leur égard. On a visé la France (…) parce que les avions français qui bombardent l’Etat islamique ne font pas de distinctions entre les hommes, les femmes, les enfants, ils détruisent tout sur leur passage », a-t-il lancé à la cour. Des mots qui ont surpris David Fritz par leur violence « décomplexée » : « Ça me met en colère. Je me révolte facilement parce que je suis vivant et qu’il y a des gens qui ne sont plus là aujourd’hui pour le faire. C’est une banalisation de la violence, de l’acte de terrorisme. Franchement j’ai pas les mots », a-t-il confié à la suspension d’audience.

Taiseux ou innocents

Mais ce qui semble plus insoutenable encore pour Sophie, autre survivante de l’attaque du Bataclan, c’est la promesse de « vérité » faite aux victimes par Abdeslam. « Je pense que le minimum qu’on peut leur donner, c’est de leur dire la vérité, a assuré l’accusé. On dit souvent de moi que je suis provocateur mais ce que je veux, c’est être sincère avec ces gens-là. » Un simple « show », balaye Sophie, qui explique ne croire à « aucun moment » à la « sincérité » de l’accusé.

Avec ce positionnement, Salah Abdeslam s’est une fois encore distingué de ses coaccusés. À l’exception de quelques taiseux, comme le suédois Osama Krayem ou le compagnon de cavale d’Abdeslam Sofien Ayari, tous les autres ont fermement nié leur participation aux attentats du 13-Novembre. « J’ai à cœur de m’expliquer, je suis prêt à répondre à toutes vos questions, je suis innocent », a déclaré Yassine Atar, frère cadet du commanditaire des attaques, Oussama Atar.

La voix mal assurée et le regard baissé, le belgo-marocain Farid Kharkhach a expliqué qu’il « n’aurait jamais cru que les faux papiers » pour lesquels il comparaît aujourd’hui « puissent amener à ce massacre », ajoutant « qu’il ne savai[t] pas » et n’était « pas au courant » des projets d’attentats de la cellule dirigée par Abdelhamid Abaaoud. Visiblement ému, le quadragénaire Abdellah Chouaa, qui comparait libre, s’est dit « choqué » par les attaques menées en France et en Belgique. « Je suis devenu malade suite à toutes ces accusations contre moi. Ça a rendu malade ma famille, mes enfants. J’espère que justice sera faite car je suis totalement innocent », a-t-il conclu.