Affaire Benalla : L’ex-chargé de mission de l’Elysée confronté à ses mensonges par la juge

PROCES Au deuxième jour de son procès, Alexandre Benalla a été mis en difficulté par la juge qui l’interrogeait sur la disparition troublante de son téléphone portable avant son placement en garde à vue

Thibaut Chevillard
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Alexandre Benalla a répondu pendant environ 3 heures aux questions de la présidente
Alexandre Benalla a répondu pendant environ 3 heures aux questions de la présidente — CréditBENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Alexandre Benalla, 30 ans, est jugé depuis lundi pour avoir violenté et interpellé des manifestants, le 1er mai 2018, alors qu’il suivait la police en tant qu’observateur.
  • Il est aussi accusé d’avoir détenu illégalement une arme à feu qu’il a exhibée sur une photo révélée dans la presse, et pour avoir continué à voyager avec des passeports diplomatiques plusieurs mois après son licenciement. Il encourt jusqu’à sept ans de prison et 100.000 euros d’amende.
  • Ce mardi, la présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Desprez, a tenté de comprendre quel rôle jouait le prévenu au sein de l’Elysée et n’a pas hésité à le confronter à ses mensonges lors de l’instruction.

Au tribunal judiciaire de Paris,

« C’est un peu comme si vous creusiez le trou pour vous mettre dedans. » Les questions de la présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Desprez, ont mis en difficulté Alexandre Benalla ce mardi. Jugé notamment pour avoir violenté des manifestants le 1er mai 2018, l’ex-chargé de mission de l’Elysée, pourtant très sûr de lui depuis le début de son procès, s’est « vexé » lorsque la magistrate a sous-entendu qu’il mentait concernant certains éléments du dossier. Et tout particulièrement concernant la disparition du téléphone portable qu’il a utilisé pour prévenir le chef de l’Etat qu’une vidéo de lui circulait sur Internet.

Le prévenu avait en effet expliqué aux enquêteurs qu’il avait perdu l’appareil. « Je l’ai retrouvé en sortant de garde à vue. Ce n’est pas une question de mentir », assure aujourd’hui Benalla, costume sombre et cravate claire. « Chacun à sa conception du mensonge », rétorque la présidente qui le pousse dans ses retranchements. Et cette dernière, peu « convaincue » par ses explications, d’ajouter : « Ici on peut mentir, mais quand ça coince, ça coince. »

« Il apporte quoi ce téléphone ? »

Pour elle, il est logique de penser, à la lecture du dossier, qu’il a « dissimulé ce téléphone portable, son contenu dans le cadre de cette enquête ». Le prévenu, qui estime ce volet du dossier « accessoire », s’énerve. « Il apporte quoi, ce téléphone ? » Réponse sèche d’Isabelle Prévost-Desprez : « On ne débat pas, je vous interroge. » Alexandre Benalla se reprend, dit qu’il ne « comprend pas le rapport entre le téléphone et la manifestation de la vérité ». « C’est comme le coffre-fort, ça n’a aucun intérêt. »

Benalla explique qu’il a donné une copie de la sauvegarde de ce téléphone au juge d’instruction… mais qu’en février 2019, observe la présente. « Vous allez sortir les SMS qui vous intéressent, parce qu’il y en a d’autres que vous ne voulez pas qu’on voie », subodore la présidente. L’avocate du prévenu, Me Jacqueline Laffont, vient à sa rescousse et explique qu’il avait peur, à l’époque, que des messages confidentiels ne se retrouvent dans la presse.

Benalla a utilisé ce téléphone pour alerter Emmanuel Macron qui se trouvait alors en déplacement en Australie. Pourquoi n’a-t-il pas averti, plutôt, son supérieur hiérarchique de l’incident du 1er mai ? « Je ne voyais pas de nécessité [de le faire] à partir du moment où j’avais prévenu le principal concerné », à savoir le président de la République. Une histoire de « loyauté ». « Vous vous fichez de la hiérarchie, c’est vous qui décidez », estime au contraire la juge.

« Un grand joueur entre les lignes »

La présidente a essayé, en début d’après-midi, de comprendre quel rôle jouait le prévenu au sein de l’Elysée. Et malgré les explications du principal intéressé, un flou demeure. Une chose est certaine, selon lui : « Je n’avais aucune fonction de sécurité du président de la république au sein de l’Elysée », « je n’étais pas le garde du corps du président de la République, ce n’était pas ma fonction ».

Il se présente plutôt comme un « chef d’orchestre » lors des déplacements du président, l’un des points de contact privilégiés de la préfecture de police avec le Palais, un « facilitateur ». Le commissaire Maxence Creusat, également prévenu, l’explique mieux que le principal intéressé : « Dans ces fonctions c’est la place que vous occupez qui compte. Il faut savoir jouer entre les lignes. Monsieur Benalla était un grand joueur entre les lignes. » Le procès d’Alexandre Benalla doit durer jusqu’au 1er octobre. Il encourt jusqu’à sept ans de prison et 100.000 euros d’amende.

Suivez le procès en direct sur le compte twitter de notre journaliste @TiboChevillard