Toulouse : Relaxe de l’imam de la mosquée d’Empalot qui avait prononcé un prêche controversé

JUSTICE Mohamed Tataiat, l’imam d’Empalot qui avait prononcé un prêche jugé antisémite en décembre 2017, a été relaxé ce jeudi de « provocation à la haine raciale »

Béatrice Colin
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La grande mosquée de Toulouse, à Empalot.
La grande mosquée de Toulouse, à Empalot. — ERIC CABANIS / AFP
  • En décembre 2017, un imam toulousain prononçait un prêche utilisant un hadith jugé antisémite.
  • Après une vague d’indignation, et une mise en examen, Mohamed Tataiat avait été jugé en juin dernier « provocation à la haine raciale » et six mois avec sursis avait été requis contre lui.
  • Ce mardi, le tribunal judiciaire de Toulouse a relaxé l’imam d’Empalot.

Fin 2017, Mohamed Tataiat, l'imam de la mosquée d'Empalot, à Toulouse, prononçait un prêche devant 3.000 fidèles, diffusé par la suite sur les réseaux sociaux. Celui-ci utilisait un vieux hadith, un texte qui dit : « Il y a un Juif derrière moi, viens et tue-le ». Une citation qui a soulevé une vague d’indignation et l’a conduit devant le tribunal judiciaire à répondre d’une accusation de «  provocation à la haine raciale et la violence en raison de l’origine » en juin. Ce mardi, les juges toulousains l’ont relaxé, estimant qu’il n’y avait « pas une volonté de provocation » et « pas une pensée à connotation discriminante » chez l’imam.

« Rappel du principe de laïcité »

« Le tribunal a rendu une décision équitable. Il a retenu la personnalité de Mohamed Tataiat considéré comme quelqu’un de modéré et œcuménique. C’est une décision forte qui rappelle le principe de laïcité et une non-immixtion de l’Etat dans le fait religieux », estime son avocat, Jean Iglésis.

Lors de l’audience, en juin dernier, la représentante du parquet avait requis six mois de prison avec sursis. « L’exhortation elle est là, elle est explicite quoi qu’en dise M. Tataiat. Le hadith est une entrée en matière, le prêche s’est poursuivi par des propos au champ lexical guerrier, violent, concernant les Juifs et même le Juif, et non les Israéliens. Il a stigmatisé la communauté juive, fait des allusions au contrôle de l’argent, j’en passe et des meilleurs sur les stéréotypes antisémites », avait relaté Alix-Marie Cabot-Chaumeton, la procureure adjoint de la République de Toulouse. Pour elle, il ne s’agissait pas d’un débat politique ou religieux, « mais du droit ».

L’avocat de la Licra, Michaël Bendavid, qui s’était porté partie civile dans ce dossier, avait insisté sur le rôle d’un prêche. « Il n’a pas fait que répondre à des questions des fidèles, il a délibérément fait le choix du texte, de l’angle de son prêche. Et il ne dit pas prenez garde, faites attention, il y a une absence de distance avec les mots et les personnes auxquels on se réfère », avait-il plaidé.

Ce mardi, Abdallah Zekri, président de l’Observatoire national contre l’islamophobie, a relevé pour sa part que Mohamed Tataiat « n’a pas écrit le hadith, qui date de quatorze siècles, il l’a expliqué. Il s’est excusé. Cette décision est un coup de pied aux intégristes et islamistes. S’il avait été condamné, ces derniers auraient applaudi et dit " voyez, vous qui prônez la paix" », assure ce membre du conseil français du culte musulman.