Bordeaux : « Mouf », baron présumé du cannabis en France, condamné à 16 ans de prison

STUPEFIANTS Moufide Bouchibi, 41 ans, a été condamné jeudi à Bordeaux à 16 ans de prison pour une série de « go fast » en 2011 portant sur plusieurs tonnes de cannabis

M.B. avec AFP
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Le tribunal de Bordeaux
Le tribunal de Bordeaux — Mickaël Bosredon/20 Minutes

Il est dépeint comme l’un des plus importants trafiquants de drogue français. Moufide Bouchibi, 41 ans, a été condamné jeudi à Bordeaux à 16 ans de prison pour une série de « go fast » en 2011 portant sur plusieurs tonnes de cannabis.

Le tribunal correctionnel a assorti cette peine d’une période de sûreté des deux tiers, d’une amende de 4 millions d’euros et d’une amende douanière de 2 millions d’euros. A l’audience la semaine dernière, le représentant du ministère public avait requis 18 ans de prison contre le Franco-Algérien qui avait été condamné en son absence en 2015 par ce même tribunal à 20 ans de prison et à 1 million d’euros d’amende, lors d’un premier procès.

Guérilla procédurale

Son interpellation en mars à Dubaï, après neuf ans de cavale, puis son transfert en France, que la défense a toujours dénoncé comme une « extradition déguisée », avait débouché sur ce nouveau procès à Bordeaux, marqué par une guérilla procédurale, avec des demandes de nullité de la part de la défense.

Devant ses juges, le prévenu, surnommé « Mouf », avait contesté être derrière le trafic et mis en cause les écoutes téléphoniques, au cœur de la procédure, estimant qu'« un seul enquêteur (l)'identifiait ».

« En capacité d’envoyer des quantités astronomiques de résine de cannabis »

Dans son réquisitoire, le vice-procureur Mathieu Fohlen avait souligné que lors d’une audition Moufide Bouchibi avait demandé s’il pouvait « payer l’amende [du premier procès] en cash » et que son avocat s’était empressé de dire que son client « plaisantait ». Décortiquant le contenu d’interceptions téléphoniques, il s’était attaché à démontrer « la maîtrise » et « l’ampleur » du trafic de Moufide Bouchibi, qui « était en capacité logistique d’envoyer en simultané des convois différents sur des itinéraires différents, avec des quantités astronomiques de résine de cannabis ».

L’un des avocats de « Mouf », Me Thomas Bidnic, avait demandé aux juges « de constater qu’en l’absence d’extradition, il ne peut être jugé ». A défaut d’une annulation de procédure, il avait demandé la relaxe, les invitant à résister à la « pression manifeste du ministère public » qui voulait « accrocher la tête de Moufide Bouchibi ».

Dans cette affaire, « le droit a été haché menu, passé à la moulinette »

« C’est une violation systématique non seulement des textes mais aussi des principes d’un état de droit. Ce jugement n’a aucune rigueur. Mon client était condamné d’avance et la démonstration vient d’en être faite », a réagi Me Bidnic, qui a affirmé son intention de faire appel.

Dans cette affaire, « le droit a été haché menu, passé à la moulinette », a-t-il ajouté, très remonté. « La convention d’extradition a été violée, et ça n’a aucune importance. Tout a été comme ça dans ce procès… ».