Allemagne : Deux ministères perquisitionnés dans une affaire de blanchiment de plusieurs millions d’euros

ENQUETE Les perquisitions interviennent à quelques jours des élections qui doivent désigner le successeur d’Angela Merkel à la chancellerie

M.F avec AFP
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Des locaux du ministère allemand des Finances, dirigé par Olaf Scholz, chef de file des sociaux-démocrates (SPD) aux législatives du 26 septembre, ont été perquisitionnés dans el cadre d'une enquête concernant un blanchiment d'argent présumé.
Des locaux du ministère allemand des Finances, dirigé par Olaf Scholz, chef de file des sociaux-démocrates (SPD) aux législatives du 26 septembre, ont été perquisitionnés dans el cadre d'une enquête concernant un blanchiment d'argent présumé. — Markus Schreiber/AP/SIPA

De la fraude au gouvernement allemand ? Les locaux des ministères allemands de la Justice et des Finances ont été perquisitionnés ce jeudi à Berlin, dans le cadre d’une enquête sur « des soupçons de blanchiment d’argent se chiffrant en millions d’euros » n’ayant « pas été transmis à la police et à la justice », a annoncé le parquet d’Osnabrück.

Des investigations sont actuellement menées en Allemagne depuis février 2020 et vise l’Office central d’enquêtes sur les transactions financières (FIU). Basé à Cologne, il est chargé de lutter contre le blanchiment d’argent et est placé sous la tutelle du ministère des Finances.

Une affaire sur fond de trafic d’armes et de drogues

En 2020, le FIU reçoit une « déclaration d’activité suspecte faite par une banque (…) sur des paiements à destination de l’Afrique d’un montant supérieur à un million d’euros ». Or ce rapport n’a « pas été transmis aux autorités judiciaires », ce qui a empêché « l’arrêt de ce paiement », selon le parquet.

Or, cette transaction « avait pour toile de fond du trafic d’armes et de drogues ainsi que du financement de terrorisme », indiquait la banque dans son rapport. La justice souhaite « vérifier si et, le cas échéant, dans quelle mesure, la direction et les responsables des ministères (…) ont été impliqués dans les décisions de la FIU ».

Mauvais timing pour le numéro deux du gouvernement

Dans un communiqué, le ministère des Finances a indiqué « soutenir pleinement les autorités », affirmant que ces soupçons « ne sont pas expressément dirigés contre (ses) agents ». Le ministère est dirrigé par Olaf Scholz, le numéro deux du gouvernement actuellement en tête des sondages pour les élections législatives du 26 septembre qui doivent désigner le successeur d’Angela Merkel à la chancellerie. Visiblement irrité par les persquitions, Olaf Scholz a commenté l’opération en disant que les procureurs « auraient pu lui poser (leurs questions, ndlr) par écrit », selon Die Welt.

Les partis d’opposition se sont saisis de l’affaire pour critiquer Olaf Scholz. « Le chaos qui règne au FIU existe depuis que le ministère des Finances en a pris la responsabilité », ont accusé élus écologistes Lisa Paus et Irene Mihalic dans un communiqué commun. Eckhardt Rehberg, du parti conservateur CDU d’Angela Merkel, a déclaré au portail d’information t-online qu’Olaf Scholz et Christine Lambrecht, ministre SPD de la Justice, « portent la responsabilité politique de ces événements ».

Déjà l’an dernier, les carences du système allemand de régulation financière, placé sous la direction de son ministère, avaient été mises en cause dans l’affaire Wirecard. Cette société de paiements en ligne avait dû avouer en juin 2020 qu’1,9 milliard d’euros inscrits dans ses comptes n’existaient pas, entraînant l’un des plus grand scandales financiers de l’histoire récente du pays.