Rennes : Jusqu’à 100.000 euros le kilo… Un trafic international d’ivoire et de cornes de rhinocéros

BRACONNAGE Neuf prévenus chinois, vietnamien et irlandais sont jugés à partir de lundi

C.A. avec AFP
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Illustration d'un rhinocéros, ici en Afrique du Sud.
Illustration d'un rhinocéros, ici en Afrique du Sud. — S. Etsebeth/SIPA

Les investigations menées par les douaniers français avaient débouché sur la découverte de plusieurs ateliers de transformation de cornes de rhinocéros et de défenses d'éléphants. Un moyen de les dissimuler en poudre, copeaux, en billes ou en pointes afin de les vendre plus facilement en Chine. Pendant trois jours, les murs du tribunal correctionnel de Rennes vont abriter un important procès de trafic de cornes et d’ivoire qui a sans doute coûté la vie à plusieurs dizaines d’animaux en Afrique. Neuf prévenus chinois, vietnamien et irlandais sont jugés à partir de lundi devant la Juridiction interrégionale spécialisée de Rennes (Ille-et-Vilaine). Parmi les prévenus, on trouve plusieurs membres des « Rathkeale Rovers », un groupe criminel issu de la communauté irlandaise des gens du voyage.

L’affaire avait commencé en 2015 par un simple contrôle douanier dans la Vienne. A bord du véhicule, quatre défenses d’éléphant d’Afrique issues du braconnage et 32.800 euros en espèces. Les passagers, qui se disent brocanteurs, se révèlent être des membres d’un groupe de délinquance itinérante connu sous le nom de « Rathkeale Rovers » (les vagabonds de Rathkeale), du nom du village irlandais du comté de Limerick. Ces derniers sont régulièrement poursuivis pour vols et trafic de cornes de rhinocéros, qu’ils dissimulent derrière des activités de goudronnage ou de rénovation de toitures.

Jusqu’à 100.000 euros le kilo à la revente !

A partir des arrestations de 2015, les douaniers français vont mettre au jour deux réseaux de trafic international d’ivoire brut et de corne, tous deux en relation avec les « Rathkeale Rovers ». Une première filière franco-vietnamienne était organisée autour de David Ta, un chef d’entreprise de 51 ans spécialisé dans l’exportation d’antiquités et de parfums vers l’Asie, selon les enquêteurs. Gros acquéreur de défenses brutes d’éléphant, il avait une influence directe sur les prix du marché français. Selon l’association Robin des Bois, partie civile au procès, le prix de la corne de rhinocéros s’est envolé jusqu’à 100.000 euros le kilo au détail en Asie ces dernières années.

Au total, les enquêteurs ont dénombré 62 défenses ayant transité par son entreprise en six mois. Placé sept mois en détention provisoire, il est sous contrôle judiciaire depuis décembre 2016. « C’est un amateur », assure son avocat Me Martin Mechin.

Le second réseau est une filière franco-chinoise évoluant notamment autour de Ching Kit Ha, alias « Le boss » du restaurant Le Dragon à Creil, au nord de Paris, du guide touristique Quing Jia et du « docteur Yang » Daosheng. Ce dernier « est un collectionneur d’ivoire », assure son avocat Me William Pineau, qui conteste toute participation à un trafic.

Le rhinocéros noir d’Afrique et l’éléphant de forêt d’Afrique sont en danger critique d'extinction​, selon la liste rouge des espèces menacées de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature.