Corse : Un des condamnés pour l'assassinat du préfet Erignac obtient une semi-liberté

CORSE Le parquet a cependant tout de suite suspendu cette décision et fait appel

M.F avec AFP
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Emmanuel Macron lors de la Cérémonie en hommage au préfet  Claude Erignac, le 6 février 2018 à Ajaccio, en Corse, a l'occasion des 20 ans de son assassinat.
Emmanuel Macron lors de la Cérémonie en hommage au préfet Claude Erignac, le 6 février 2018 à Ajaccio, en Corse, a l'occasion des 20 ans de son assassinat. — HAMILTON -POOL/SIPA

Pierre Alessandri, l’un des condamnés à perpétuité pour l'assassinat du préfet Erignac en Corse, a bien failli quitter sa prison. A la suite d’une audience tenue le 28 juin, le tribunal d’application des peines antiterroriste (Tapat) avait décidé de le placer Pierre Alessandri, actuellement détenu en région parisienne, en semi-liberté probatoire à la prison de Borgo en Hautes-Corse à compter du 20 d’août.

Cependant, « le parquet national antiterroriste (Pnat) a immédiatement fait appel suspensif » de cette décision, a déclaré Me Eric Barbolosi, l’avocat de Pierre Alessandri, confirmant une information de l’hebdomadaire Le Point. Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a confirmé cet appel, qui suspend le placement en semi-liberté de l’intéressé. Le tribunal a également accordé une libération conditionnelle à compter du 20 août 2023, a confirmé le Pnat.

« Vengeance d’Etat »

« L’appel étant suspensif, il ne se passera rien tant qu’il ne sera pas étudié par la cour d’appel de Paris », a précisé une source judiciaire. « La décision du Tapat est parfaitement justifiée et motivée en droit et en fait au regard du parcours de Pierre Alessandri. Nous espérons qu’elle sera confirmée », a déclaré Me Barbolosi, précisant que la cour d’appel avait « deux mois pour audiencer » le recours.

Pierre Alessandri, 62 ans, arrêté avec Alain Ferrandi en 1999, a été condamné en 2003 à la réclusion criminelle à perpétuité, comme Yvan Colonna, pour l’assassinat du préfet Claude Erignac le 6 février 1998. Depuis plusieurs années, lui et Ferrandi contestent le refus de leur rapprochement dans une prison corse qu’ils jugent « discriminatoire » et synonyme de « vengeance d’Etat ».

Le peuple corse appelé « à se tenir prêt à se mobiliser »

Mercredi, Gilles Simeoni, le président autonomiste du conseil exécutif de Corse a qualifié sur Twitter le délibéré du Tapat de « décision juridique » et l’appel du parquet antiterroriste de « décision politique », « qui fait primer l’esprit de vengeance sur l’exigence de justice ». L’association de défense des prisonniers corses Sulidarita a « dénoncé la poursuite d’une vengeance d’état systématique contre les prisonniers politiques corses » et appelle dans un communiqué « le peuple corse à se tenir prêt à se mobiliser, afin d’exiger du gouvernement français une véritable solution politique ».

La levée de leur statut de détenu particulièrement signalé (DPS) est nécessaire pour tout rapprochement dans l’île qui ne compte aucune prison apte à accueillir ce type de détenus. En mars 2020, la commission pénitentiaire locale de Poissy (Yvelines), où ils sont détenus, avait émis un avis favorable à cette levée mais le Premier ministre Jean Castex l’avait refusée le 21 décembre. Trois jours avant, il avait écarté le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti de toute décision relative « aux conditions d’exécution des peines et au régime pénitentiaire » des détenus impliqués dans des dossiers que l’ancien avocat, qui a défendu Yvan Colonna, aurait eus à traiter.