Annemasse : une cliente du Carrefour condamnée à 6 mois de détention à domicile pour injures racistes et vol

VERDICT Déjà connue défavorablement des services de police, elle avait insulté le mois dernier une caissière noire

M.F avec AFP
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Une aide-soignante condamnée six mois de détention à domicile sous surveillance électronique pour vol et injures racistes à l'encontre d'une caissière.
Une aide-soignante condamnée six mois de détention à domicile sous surveillance électronique pour vol et injures racistes à l'encontre d'une caissière. — NomeVisualizzato / Pixabay

La scène filmée avait fait le tour des réseaux sociaux le mois dernier. L’aide-soignante qui avait proféré des insultes racistes à l’encontre d’une caissière noire d’un magasin Carrefour d’Annemasse, près de Genève, a été condamnée ce lundi. Le tribunal correctionnel de Thonon-les-Bains ( Haute-Savoie) a retenu contre Lilia Hafsi une peine de six mois de détention à domicile sous surveillance électronique. Le procureur Bruno Badré avait requis à son encontre dix mois de prison, dont six fermes, afin de punir « des propos qui abîment le vivre-ensemble, qui fragilisent le pacte social qui fonde notre société ».

La femme de 34 ans a reconnu les insultes capturées sur la vidéo de vingt-neuf secondes, où on peut l’entendre lancer à la caissière en sortant des caisses automatiques du supermarché : « Sale négresse va, sale Noire ! Y a que les Noirs pour faire ça. Tu vois les Africains comme toi, ça donne envie de les tuer ».

« Une habituée de ce comportement »

A la barre, baskets bariolées et vêtements noirs, la prévenue s’excuse, assure que ses mots « ont dépassé (ses) pensées » et prétend avoir répondu à des insultes qu’aurait proférées la caissière, qui s’inquiétait d’un possible vol à la caisse automatique – vol dont le tribunal l’a finalement jugée coupable. « Elle m’a agressée comme je l’ai agressée », a-t-elle assuré à la présidente.

« Madame Hafsi est une habituée de ce comportement », lui a répondu le procureur, lui rappelant ses onze condamnations inscrites au casier judiciaire, dont une dernière en 2020 pour vol et menace de mort sur le vigile d’un magasin de Grenoble. « En dépit des mois, elle n’a pas fait évoluer son comportement », a-t-il regretté dans ses réquisitions.

« Je tremblais, je ne pouvais plus bouger »

« Elle nous a humiliés », s’est remémoré le vigile à la barre, qui avait filmé la scène en vidéo. « Nous, nous sommes fiers d’être Noirs », a-t-il ajouté. « Je me suis sentie humiliée, rabaissée… J’ai même pas les mots pour vous le dire, a témoigné la caissière de 49 ans, je tremblais ; je ne savais pas quoi faire ; je ne pouvais plus bouger ». Depuis ce 3 juin, placée en accident du travail, elle n’est pas retournée travailler : « J’ai peur de reprendre. »

Dénonçant « la chronique banale du racisme ordinaire », son avocat Emmanuel Daoud a dénoncé un acte « attentatoire à la dignité humaine ». Ces insultes sont « comme une balle » dont « il faut du temps pour cicatriser », a-t-il plaidé. Sa place « n’est pas en détention pour un événement pareil », avait de son côté avancé David Metaxas, l’avocat de Lilia Hafsi.