Grenoble : Quinze ans de prison pour les meurtriers d’Adrien Perez, tué en 2018 à la sortie d’une boîte

PROCES La mort d’Adrien Perez avait créé une forte émotion à Grenoble et plus largement, en 2018

20 Minutes avec AFP
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Devant la salle de cour d'assise de Grenoble. (archives)
Devant la salle de cour d'assise de Grenoble. (archives) — JEFF PACHOUD / AFP

C’était le procès d’une violence aussi gratuite qu’incompréhensible : il s’est achevé vendredi à Grenoble sur la condamnation de deux frères à quinze ans de réclusion pour la mort d’un autre jeune, tué dans un déchaînement de coups à la sortie d’une discothèque en 2018. Yanis et Younes El Habib, 22 et 23 ans, ont écouté dans un calme apparent la présidente les déclarant coupables de coups mortels aggravés. Tous deux avaient été renvoyés devant les assises de l’Isère pour le meurtre d’Adrien Perez, tentative de meurtre sur l’un de ses amis et violences aggravées.

A propos des deux principaux accusés, les témoins ont pourtant évoqué une enfance tranquille : des garçons gentils, des adolescents généreux. Younes avait « une très belle personnalité, très touchante » avec « de l’intelligence, de l’humour, de la finesse », témoigne une enseignante chargée de suivre les deux garçons. « C’est un coup de cœur dans une carrière d’enseignant », admet-elle, très émue à la barre.

Départ du foyer familial dès 18 ans

A leur majorité et face aux violences de leur père, les deux frères quittent le domicile familial sans diplôme, vivent de petits boulots et se rendent presque chaque week-end au Phoenix, boîte de nuit de Meylan, la banlieue cossue de Grenoble. A l’audience, Yanis, le cadet, reconnaît à demi-mot un tempérament « impulsif ». A la suite d’une agression, une tante avait conseillé à l’aîné, Younes, de porter un couteau en permanence. Il le fera, jusqu’au petit matin du 29 juillet 2018.

Dans la salle d’audience apparaît la mise en place de la terrible mécanique qui a amené au drame, grâce aux vidéos. Celle du videur, où l’on voit les frères rentrer dans la discothèque sans passer par un détecteur de métaux. Celle de la rue, qui montre les frères sortir de la boîte de nuit après une altercation dans le sas avec un ami d’Adrien Perez qui laissera Yanis griffé au cou et dans une colère noire.

Les jurés n’ont pas retenu l’intention d’homicide dans leur verdict

Yanis avance devant d’un pas pressé, son frère le suit. Le troisième accusé, condamné à deux ans de prison avec sursis, se prépare à une bagarre. Celle, terrible, des quarante secondes d’une violence inouïe sur un carrefour désert autour de 05h28. Les enquêteurs ont procédé à des zooms, à des ralentis, sans permettre d’affirmer avec une certitude absolue le rôle de chacun. Dans la mêlée, tant étudiée, c’est une pluie de coups. Younes a un couteau en main. Il assure s’être débattu, d’avoir visé les jambes avec sa lame. Il touchera le thorax d’Adrien Perez. Son cadet lui donnera, avant de partir et de crier victoire, un coup que certains estiment fatal.

Younes se débarrasse du couteau, les deux se rendront aux gendarmes quelques dizaines d’heures plus tard. A l’issue de deux semaines de procès et près de dix heures de délibérations, la cour d’assises de l’Isère n’a pas retenu l’intention homicide, contrairement à ce qu’avait plaidé l’accusation pour réclamer vingt ans de réclusion criminelle. « C’est une décision qui me paraît absolument juste », a réagi Guillaume Faure, l’avocat de Younes El Habib. L’avocat du troisième condamné, Bernard Ripert, a aussitôt fait part de son intention de faire appel. L’avocat général Jacques Dallest n’avait requis qu’un an avec sursis à l’encontre de son client.